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Adam McKay prend la parole sur scène lors de la première mondiale de "Don't Look Up" le 05 décembre 2021 à New York.
Adam McKay prend la parole sur scène lors de la première mondiale de "Don't Look Up" le 05 décembre 2021 à New York.
©DIMITRIOS KAMBOURIS / GETTY IMAGES AMÉRIQUE DU NORD / GETTY IMAGES VIA AFP

Atlantico Green

#DontLookUp : le film événement de Netflix reflète-t-il vraiment l’attitude des gouvernements face au dérèglement climatique ?

Dans ce film, des astronomes essaient désespérément d’alerter les gouvernements et la population contre l’arrivée d’une comète meurtrière, sans parvenir à se faire entendre. Nombre de militants écologistes se sont emparés du hashtag pour en faire une métaphore de notre inertie face à la menace climatique.

Kako Naït Ali

Le Dr Kako Naït Ali est ingénieur et docteur en chimie des matériaux.

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Atlantico : Le film Don't Look up de Netflix est devenu un mot clé de ralliement des militants écologistes sur les réseaux sociaux (#Dontlookup) pour dénoncer l’inaction climatique. Existe-t-il actuellement, à l’image de ce qui est décrit dans le film, une tendance de nos gouvernements à ignorer le potentiel désastre causé par le dérèglement climatique ? Dans quelle mesure nos dirigeants font-ils ou non la stratégie de l’autruche ?

Kako Naït Ali : Ce film est une satire qui s’inspire fortement de la réalité : les scientifiques sont écoutés mais leurs propos ne sont pas complètement assimilés. Les conséquences paraissent lointaines et les préoccupations de nos gouvernements sont courtermistes. Ils sont dans le déni de leur responsabilité dans la gestion de cette crise climatique. Les climatologues alertent les politiques et les médias depuis de nombreuses années, mais ce n’est que depuis peu que la population en entend parler, probablement parce que les conséquences du dérèglement climatique commencent à être visibles.

Bien qu’il y ait consensus sur la nécessité d’agir rapidement et des engagements internationaux pris, les réponses à l’urgence sont apportées tardivement et déployées avec lenteur. Comme présenté dans le film, les gouvernements sont influencés par leurs propres idéologies et intérêts politiques, mais il serait simpliste de considérer ces seules raisons. La réalité est plus complexe que cela.

Jusqu'où le film décrit-il la réalité de la difficulté du combat scientifique ? Quelle est la part d’excès ?

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Il est très juste sur ce point. La formation scientifique ne prépare pas à ce genre de situation, notamment dans la sensibilisation du public et la vulgarisation de sujets complexes dans les médias. Les personnages principaux, Kate Dibiasky et Randall Mindy, reflètent bien ce à quoi les scientifiques peuvent être confrontés lorsqu’ils sont mis sur le devant de la scène : trouver un équilibre entre l’expression factuelle des évènements qui vont mener à la fin de l’humanité et l’émotion qui y est associée. On y retrouve leur impréparation, la tentation du simplisme pour être plus audible et leur instrumentalisation par des politiques ou des groupes d’intérêt.

Mais le film montre aussi que si les scientifiques ne prennent pas cette place dans la sensibilisation du public, d’autres le feront à leur place pour des intérêts qui leurs sont propres et non pour l’intérêt général. C’est donc un espace qu’ils doivent prendre et surtout qu’il faut leur donner.

Dans quelle mesure la complexité du débat, de la balance des enjeux et de la difficulté de prendre des décisions difficiles est-il présent ou pas dans le film ?

Réagir face à une comète qui se dirige droit sur la Terre et agir contre le dérèglement climatique n’impliquent pas les mêmes leviers d’action. Dans le premier cas la réponse ne dépend finalement que de décisions politiques dans la mise en place de moyens. Dans le deuxième cas, la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne trouve pas de réponse uniquement dans la technologie. Cela nécessite de prendre des décisions qui auront des impacts sur notre société. C’est un point qui n’apparait pas dans le film et qui est pourtant majeur. L’assimilation des faits scientifiques et de leurs conséquences par la population est lente. Elle est également peu préparée aux solutions qui doivent être mises en place. Cela ne doit pas empêcher les actions politiques mais sur certaines d’entre elles, l’acceptabilité est un élément essentiel.

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Le jeu d’influences est assez binaire dans le film, en réalité il y a beaucoup plus d’acteurs à prendre en compte. Parmi eux, les commentateurs non experts, contredisant sans preuve le consensus scientifique, par idéologie ou opportunisme. Ils parasitent les prises de décision en influençant une partie de la population.

Peut-on estimer que, par la satire, le film puisse faire avancer le débat ou risque-t-il de cliver les positions ? 

Le sujet du dérèglement climatique refait surface avec le #DontLookUp, mais il n’est que cité. Le hashtag est d’ailleurs utilisé sur de nombreux autres sujets, repris en France par les candidats en lice pour la présidentielle 2022 et leurs soutiens.

Cette instrumentalisation du #DontLookUp sur les réseaux sociaux par des politiques pour des raisons électoralistes et idéologiques ou bien par des commentateurs pour des intérêts privés, correspond tout à fait à ce que le film dénonce. Quelle ironie !

Côté médias, il n’y a à ce jour aucune émission politique en France qui confronte la classe politique aux questions climatiques ou plus largement aux questions environnementales. Les interviews de politiques sur ces sujets sont de piètre qualité et on assiste à une polarisation des débats. La règle étant de se démarquer pour exister, au détriment de l’intérêt général.

Le succès du film permettra-t-il un sursaut ? Il faut l’espérer puisqu’il touche par l’humour et l’excès sur fond de vérité. Pour agir concrètement sur les conséquences du dérèglement climatique, il est essentiel de mobiliser très largement. Le sursaut est donc nécessaire, il n’est pas (encore) trop tard.

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