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Le Bitcoin est une monnaie numérique.
Le Bitcoin est une monnaie numérique.
©Reuters

Le Nettoyeur

Bitcoin : est-il vraiment possible d'avoir une cryptomonnaie non-régulée ?

Mt Gox, un site japonais qui était la première place de marché de la monnaie virtuelle appelée Bitcoin (c'est-à-dire une place de marché où on peut échanger sa monnaie contre des Bitcoin et vice versa) a déclaré faillite.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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L'attrait du Bitcoin est que, fondé sur une technologie open source, il n'est contrôlé par personne. Cela plaît à certains utopiens et technolibertarians, mais ça a une vraie utilité technologique également, au moins en théorie, car ça permettrait de faire beaucoup d'opérations—par exemple, des micropaiements, ou encore des transferts d'argent en plusieurs devises—de manière beaucoup plus simple, et sans devoir passer par les fourches caudines d'un système bancaire ultrabureaucratisé et dont les coûts de transactions sont trop élevés.

Seulement voilà : aujourd'hui, le monde est en train de se rendre compte des limites du libertarianisme débridé. Mt Gox, un site japonais qui était la première place de marché de Bitcoin (c'est-à-dire une place de marché où on peut échanger sa monnaie contre des Bitcoin et vice versa) a déclaré faillite. Pourquoi ? Des hackers ont exploité le site et volé tous les Bitcoin de Mt Gox— à la fois ceux de l'entité Mt Gox et ceux des clients qui transigeaient sur la place de marché.

Pour expliquer comment c'est possible, il faut expliquer comment fonctionne le Bitcoin. L'innovation de Bitcoin a été de régler le problème de l'identité du détenteur du Bitcoin. Si vous voulez payer en ligne, il faut prendre en compte la transaction ; autrement dit, il faut bien écrire quelque part que A a payé X à B ; et pour cela, il faut une autorité centrale — une banque ou autre entreprise de paiement— qui puisse bien authentifier que, oui, A a payé X à B. Ce qui crée des problèmes de fraude, parce que des fraudeurs essayent de se faire passer pour A ou B, qui nécessitent non seulement une entité centrale pour régler la fraude, mais des frais de transaction, car la fraude a un coût.

Bitcoin court-circuite tout le problème : “Bitcoin” est en réalité un gigantesque grand-livre virtuel qui recense toutes les transactions effectuées sur le réseau. Chaque ordinateur logé sur le réseau Bitcoin sert également à héberger ce grand livre. Toutes les transactions étant publiques, notées et enregistrées dans un réseau complètement décentralisé, il ne peut plus y avoir de doute — ni de fraude — sur le fait qu'une transaction a été faite. La corollaire de ça, c'est que Bitcoin n'a plus d'identité. Bitcoin enregistre des transactions, mais pas l'identité des transactants — court-circuitant ainsi le problème d'identification et de fraude. C'est du cash virtuel. L'argent que vous avez dans votre compte en banque n'existe pas : c'est juste une ligne comptable sur un ordinateur. C'est pour ça qu'on ne peut pas vous voler de l'argent sur votre compte en banque en ligne. Tout au plus un hacker pourra-t-il voler des informations, mais pas de l'argent. Si j'arrive à prendre le contrôle des serveurs de ma banque et que je crédite mon compte de 15 milliards d'euros, j'ai commis une fraude criminelle, mais je n'ai pas, à proprement parler, volé quelque chose dans le sens où si je vous vole votre portefeuille vous n'avez plus de portefeuille et moi j'ai ce même portefeuille. Si une erreur informatique fait passer votre compte en banque à zéro, la banque peut lui rendre son solde originelle d'un trait de plume (ou plutôt d'un coup de clavier) et ça ne lui aura rien coûté, à proprement parler.

Par contre, un Bitcoin a une existence, sinon physique, du moins bel et bien réelle : chaque Bitcoin est une séquence de chiffres, unique, faite pour être reconnue par le réseau Bitcoin. Ce qui explique que, comme des billets dans le coffre d'une banque dans un Western, des hackers aient pu “voler” quelque chose qui n'a pas d'existence physique, en l’occurrence tous les Bitcoin de la place de marché Mt Gox.

Mais il y a une autre raison pour laquelle ce qui s'est produit avec Mt Gox ne peut pas se produire dans le système bancaire traditionnel : votre compte en banque est garanti par l'Etat. Comme on l'a vu, l'argent que vous avez en banque n'existe pas à proprement parler. Et si tout le monde essayait de retirer son argent en même temps, la banque s'effondrerait, car elle n'a pas assez de liquidités pour rembourser tous ses comptes en banques en même temps. C'est le principe même de la banque : l'argent que la banque reçoit, elle le loue, et c'est ça qui crée l'activité financière, le crédit, et donc la croissance. Sans crédit, nous retournons à l'âge de pierre. La garantie de l'Etat existe pour empêcher un effondrement en cascade des banques qui détruirait l'économie, comme ce fut le cas pendant la Grande dépression. Même si toute votre banque part en fumée, votre argent est toujours protégé. Par contre, les créditeurs de Mt Gox, très probablement, n'ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Mais la corollaire de tout ça est que, puisque l'Etat assure les banques, il doit les réglementer pour être sûr que cette assurance ne va pas juste pousser les banques à prendre trop de risques avec l'argent de ses clients (puisque cet argent est assuré de toute manière). Et cette réglementation a, à son tour, une ribambelle d'effet pervers.

Que va-t-il se passer maintenant pour Bitcoin ? Nous verrons bien.

Les fans de Bitcoin expliquent que la faillite de Mt Gox n'est qu'un contretemps, que la technologie continuera à évoluer. Peut-être. Mais il semble difficile que Monsieur et Madame Tout-le-monde veuillent confier leurs Bitcoin à une institution sans les garanties solides que promet le système bancaire traditionnel. Mais les partisans de Bitcoin ne veulent pas des réglementations qui vont avec la garantie d'Etat des dépôts — c'est tout l'intérêt du Bitcoin. Certains expliquent que l'assurance privée peut jouer ce rôle de garant. Peut être. Ca sera intéressant à voir.

Mais ceux qui expliquent que Bitcoin est supérieur au système traditionnel parce qu'il n'a pas de coûts de transaction ne peuvent pas également expliquer que Bitcoin peut être rendu sûr par l'assurance — puisque l'assurance, par définition, est un coût de transaction.

Est-ce que Bitcoin peut encore être une technologie utile ? Peut être. Mais nous vivons dans une vallée de larmes et l'utopie est impossible.

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