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Les drones sont de plus en plus utilisés par la société.
Les drones sont de plus en plus utilisés par la société.
©Reuters

Pour les voyeurs, mais pas uniquement

Vous ne le savez peut-être pas encore mais les drones font d’ores et déjà partie de nos vies et voilà (tout) ce que ça change

Au cours de ce mois d'octobre, 7 centrales nucléaires ont été survolées par des drones, d'après une plainte déposée par EDF. Si les entreprises comme Amazon y voient un intérêt commercial pour le futur, les drones peuvent potentiellement séduire de plus en plus de particuliers. Un engouement qui exigera à terme une réponse solide de la part du corps législatif.

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.

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Atlantico : Récemment, plusieurs drones ont simultanément survolés des centrales nucléaires, illustrant l'incroyable accessibilité de ces objets volants dans la vie civile. Outre leur utilisation militaire, en quoi les drones sont-ils aujourd'hui utiles à la société, et qui est-ce qui les utilise ? 

Fabrice Epelboin : Les premières applications "utiles" à la société sont certainement à admirer dans l’audiovisuel. On peut aujourd’hui, pour un budget très modeste, réaliser des prises de vue qui nécessitaient hier de gigantesques grues ou un hélicoptère. L’arrivée des drones va rapidement se voir dans l’ensemble de la production audiovisuelle, du reportage d’actualité au documentaire, sans oublier le cinéma. Récemment, un jeune étudiant a réalisé une vidéo spectaculaire de Nancy, montrant à quel point cet outil ouvrait de nouveaux horizon pour de nombreux créatif. Son aventure s’est terminée par une amende, car il n’avait pas demandé la moindre autorisation pour faire cela, mais je doute que cela dissuade grand monde, tant les possibilités sont grisantes pour tout étudiants en cinéma.

A ce jour, l’usage le plus utile - pour ne pas dire vital - qui ait été imaginé pour des drones est aussi le plus terrifiant. L’université de Harvard travaille à la mise au point de drones susceptibles de remplacer les abeilles dans leur tâche de polénisation… au cas où les abeille viendraient à disparaitre. Greenpeace en a fait le thème d’une campagne choc, très efficace.

Les autres usages "utiles" restent à imaginer, mais il est plus que probable, notamment à la suite du survol par des drones de centrales nucléaires françaises, que le législateur mette des batons dans les roues de nombreux projets civils.

Quelle est justement l'attitude du législateur et des institutions judiciaires face à l'évolution des drones en France ?

Ce survol d’une centrale nucléaire par une petite flotte de drone non-identifiée est sans aucun doute le signal de départ donné au législateur pour revoir en profondeur le corpus juridique, et il est encore un peu tôt pour attendre d’eux une reflexion sur le sujet. Leur réaction ne devrait cependant pas tarder, car le problème est de taille.

Pour quelques centaines d’euros, un drone de loisir offre déjà des possibilités stupéfiante. Parrot - l’une des société iconique, si ce n’est synonyme des drones de loisir - vous permettra de surveiller en HD tout ce que vous voulez : une centrale nucléaire, ou votre voisine de palier sous sa douche, et ce type d’affaires ne devrait pas tarder à encombrer les tribunaux. Plus inquiétant, pour quelques milliers d’euro, d’autres drones - professionnels - peuvent transporter une charge utile de dix kilos. Initialement, ils sont censés transporter une caméra de cinéma, mais on imagine facilement remplacer celle-ci par une arme ou une chage explosive. Pour peu que l’on sache où tirer, il n’est pas impensable de provoquer des dégats colossaux à une installation nucléaire, ni même d’attaquer l’Elysée. Après avoir été pourchassés avec des drones depuis près d’une décénie, les terroristes pourraient bien faire un usage intensif des drones à leur tour. Cruelle ironie.

Récemment, c’est Angela Merkel qui a reçu la visite d’un drone, sous le regard terrifié de son service de protection. Il s’agissait d’une opération menée par des activistes qui voulaient ainsi protester contre la société de la surveillance qui se met aussi en place en Allemagne - où elle rencontre bien plus de résistance qu’en France. Le drone, qui a atteri au pieds de la chancelière ne contenait aucune charge explosive, mais - outre le fait de dénoncer l’usage probable des drones à des fins de surveillance, il illustre aussi le besoin d’une profonde remise en question de la façon dont on protège une personnalité.

Face à tout cela, le législateur ne peut que s’emparer du sujet, et il est à prévoir une refonte législative, qui devra encadrer sérieusement l’usage des drones, réglementer leur fabrication et leur vente, tout en permettant au drones grand public d’exister, sous peine de voir s’expatrier l’une des entreprises les plus prometeuses du secteur, Parrot. 

La petite entreprise, promise à un grand avenir, va devoir se montrer redoutablement efficace en termes de lobbying, si elle ne veut pas voir le pays qui l’a vu naitre mettre fin à l’aventure.

Au Etats-Unis, où le législateur a déja attaqué le sujet dans certains états, les lois mise en place protègent la vie privée des citoyens, y compris, dans certains états, de la surveillance de la police et du gouvernement. Il sera interessant de voir comment, en France, on va encadrer de façon distincte les usages civils et policiers des drones.

Et a contrario, en quoi est-ce qu'ils pourraient la rendre plus difficile ?

Il est évident que la vie privée va patir de ces drones. Filmer en vue rapprochée sa voisine sous sa douche est bien plus facile aujourd’hui, et les star hollywoodiennes sont les première a en avoir fait les frais, et il ne leur est plus possible de profiter de leur piscine sans craindre qu’un paparazzi-drone n’apparaisse à l’horizon. Mais ce n’est certainement pas ce qu’il se fera de pire pour ce qui est d’utiliser un drone.

La surveillance continue de banlieue difficile que rend possible les drones pose un problème autrement plus conséquent. Même en imaginant que de tels dispositifs améliorent certains aspects du problème, il en feront surgir d’autres, qui risquent d’être bien pires.

Rendre ainsi visible une omniprésence désincarnée de l’autorité aura forcément un impact sur le rapport à l’autorité en tant que tel, et les effets de bord pourrait être plus que regrettable. Dans une époque où la confiance envers l’autorité est au plus bas, le risque est évident.

Enfin, le risque terroriste est certain, c’est l’évidence qu’impose le survol par une flotte de drones de plusieurs installations nuclaires françaises. Il devient d’un coup bien plus facile de porter atteinte à la vie d’un chef d’Etat ou d’un ministre, en minimisant les risques qui plus est - le drone étant par nature piloté à distance, il est loin d’être évident de retrouver l’auteur d’un attentat, et il n’est pas vraiment envisageable de brouiller les ondes autour de chaque personnalité de façon à empêccher l’usage de drones. C’est un défit auquel il va falloir répondre rapidement en termes de sécurité.

De nombreuses entreprises utilisent l'effet drone comme opportunité de communication. On pense par exemple à Amazon qui avait déclaré en début d'année vouloir les utiliser pour les livraisons d'achats effectués sur son site. Finalement, n'a-t-on pas une vision fantasmée des drones ? De quel imaginaire les drônes relèvent-ils ?

Pour ce qui est de la livraison à domicile, on anticipe quelque peu les usages, c’est certain. A mon avis, les drones auront bien du mal à sortir de l’usage loisir et audiovisuel pour ce qui est des applications civiles, car, à l’image de ce qu’il se passe au USA, le législateur a toutes les chance d’encadrer très sévèrement l’usage des drones. Par contre, on trouve dans l’univers fantasmé autour des drones des descriptions qui devraient faire réflechir les législateurs sur l’avenir qu’ils façonnent chaque jour à travers la loi.

James Cameron, en 2000, avait largement développé l’imaginaire lié aux drônes dans une série télé d’anticipation, Dark Angel. Dans un territoire urbain régit par une dictature policière, les drônes, omniprésents, surveillent les moindres recoins de la ville. Cet imaginaire développé par Cameron, à la veille du 11 septembre 2001, était assez prémonitoire pour les Afghans, mais tout laisse croire que les forces de police en occident seront les prochains gros utilisateurs de drônes. Il ne faut pas être devin pour prédire aux banlieues un avenir où l’on pourra croiser un drone à chaque coin de rue, et où plutôt que de caillasser un car de police, les délinquant tireront sur des drones pour signifier leur refus de l’autorité. Si ces drones sont d’un cout raisonnable, cela ne devrait pas remettre en question leur déploiement.

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