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Valérie Pécresse lors d'un discours prononcé au conseil national du parti Les Centristes à Paris, le 22 janvier 2022.
Valérie Pécresse lors d'un discours prononcé au conseil national du parti Les Centristes à Paris, le 22 janvier 2022.
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette

Valérie Pécresse face aux centristes : alerte aux risques d’explosion (d’image)

La candidate LR assistait ce samedi au Conseil national des Centristes et se rend au Conseil national de l’UDI ce dimanche. Les LR ne peuvent pas ni se passer de leurs alliés historiques de centre-droit, ni les faire fuir chez LREM. Mais pas non plus avoir l’air d’être trop proches d’Emmanuel Macron. Comment tenir la ligne de crête ?

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est essayiste et auteur de nombreux ouvrages historiques, dont Histoire des présidents de la République Perrin 2013, et  André Tardieu, l'Incompris, Perrin 2019. 

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Atlantico : La candidate LR assistait ce samedi au Conseil national des Centristes et se rend au Conseil national de l’UDI aujourd’hui (dimanche). Les LR semblent ne pas pouvoir se passer de leurs alliés historiques de centre-droit, ni de les faire fuir chez LREM, mais pas non plus avoir l’air d’être trop proches d’Emmanuel Macron. Comment est-il possible de tenir la ligne de crête pour la candidate Pécresse ? 

Maxime Tandonnet : Cette démarche fait partie des figures obligées pour elle. Comment espérer être élue si elle abandonne à M. Macron le centre-droit non LR ? Pour elle, l’enjeu essentiel, à ce stade, est d’être présente au second tour. Ensuite au second tour, les sondages actuels qui donnent M. Macron légèrement devant elle n’ont plus grand sens et tout peut basculer très vite. Or, Valérie Pécresse sait qu’elle ne convaincra pas au premier tour la grande masse de l’électorat de la droite dite « antisystème » (Mme le Pen ou M. Zemmour) qui votera majoritairement pour ses champions. Certes au titre du vote utile, une partie du vote antisystème peut se porter sur Valérie Pécresse, mais sans doute à la marge.  Dès lors, au-delà du vote LR stricto sensu qui ne dépasse pas les 15%, sa principale réserve de voix potentielle au premier tour est de toute évidence au centre et au centre-droit hors LR qui hésite entre elle et M. Macron. C’est sans doute là que se joue en grande partie sa capacité à franchir la barrière du premier tour. 

Valérie Pécresse peut-elle dépasser les clivages ? 

Derrière le paravent des sondages, nous vivons une nouvelle phase de l’explosion de la vie politique. La droite « antisystème » se déchire entre le RN et la candidature d’Eric Zemmour. La gauche s’effondre dans le wokisme, l’émiettement des candidatures et une confusion aggravée par les prises de position de Fabien Roussel. Dans un contexte de néant moral et intellectuel, dominé par la terreur du covid 19 et la course au despotisme sanitaire, Mme Pécresse et M. Macron vont se disputer le vaste marais central. A ce stade de nihilisme et d’anéantissement du débat d’idées, la clé du succès passe davantage par la séduction que par l’argumentation. L’élection présidentielle – devenue la quintessence de l’abrutissement politique – se joue sur l’image, le coup médiatique, le bon slogan, le bon gadget, une sensation, une émotion collective... Pour l’instant, M. Macron semble dominer ses adversaires à ce jeu, grâce à son positionnement de « chef » d’un pays tétanisé par la frousse. Mais cela ne va pas forcément durer jusqu’au bout quand il devra descendre dans l’arène…Même si Mme Pécresse n’a pas encore elle-même trouvé complétement le bon ton. Peut-être a-t-elle manqué une belle occasion sur le passe-vaccinal de se présenter en protectrice des libertés et de la solidarité. Il y en aura d’autres… 

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Après l’élection présidentielle, la question des législatives va se poser assez rapidement si Valérie Pécresse est élue. Quel équilibre LR pourra trouver pour sa future majorité avec les centristes ? Comment pourra-t-il gérer les députés UDI impliqués dans des alliances locales avec les macronistes ? 

Il est en effet essentiel de poser la question des élections législatives. Le matraquage médiatique quotidien autour de la présidentielle a pour effet d’écraser l’élection de l’Assemblée nationale. En vérité, sur le plan constitutionnel, le chef de l’Etat ne dispose quasiment pas de pouvoirs en propre (sauf la dissolution sous certaines conditions). La réalité des compétences appartient au parlement qui vote les lois et au gouvernement qui les applique. L’apparente toute-puissance du chef de l’Etat procède de son élection au suffrage universel puis de l’élection dans la foulée d’une majorité « godillot ». En cas de réélection par défaut de M. Macron dans le contexte de la grande frousse, il n’est pas impossible que le pays sorte de la servitude au moment des législatives et soit alors tenté de reprendre la main sur son destin en refusant de lui signer un nouveau chèque en blanc. Quant à l’hypothèse d’une victoire de Valérie Pécresse, elle se trouverait alors face à une majorité composite reflétant la diversité de la droite et du centre (souverainistes, sécuritaires, libéraux, centristes) et elle devrait donc renouer avec un mode d’exercice du pouvoir respectueux de l’Etat de droit et des équilibres de la démocratie parlementaire. L’expérience montre que l’efficacité ou l’autorité authentique, fondée sur la confiance, s’accommode davantage de la démocratie que de l’autocratie. 

Des élus de banlieues centristes sont pointés du doigt sur les questions communautaires comme Jean Christophe Lagarde, comment LR doit-il réagir face à cela sans écorner son image ? L’alliance avec les centristes pourrait-elle peser contre la candidate Pécresse ? 

Comme je le disais au début, l’alliance avec les centristes est rigoureusement indispensable pour avoir une chance de passer le premier tour et d’être présent au second où dès lors, tout devient possible. Laisser se reconstituer un large mouvement centriste avec le Modem et l’UDI en soutien à Macron eût été complétement suicidaire… Ils représentent la frange centrale de l’opinion, celle qui fait basculer les résultats d’un côté ou d’un autre. Alors bien entendu l’attitude des élus centristes sur les questions communautaires soulève des questions en termes d’image personnelle. Mais ils ne sont pas les seuls et les reproches peuvent s’adresser à de nombreux élus de tout bord dans les quartiers sensibles. Valérie Pécresse devra compenser cette source de fragilité par un discours de grande fermeté sur l’indivisibilité de la Nation et sur la maîtrise de l’immigration. Dans ces conditions, l’alliance avec les centristes – qui ont tout intérêt à la soutenir sur ces points – ne peut que lui être favorable. 

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