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Le président cubain Miguel Diaz-Canel Bermudez et le président russe Vladimir Poutine inaugurent un monument à la mémoire du défunt leader cubain Fidel Castro à Moscou, le 22 novembre 2022.
Le président cubain Miguel Diaz-Canel Bermudez et le président russe Vladimir Poutine inaugurent un monument à la mémoire du défunt leader cubain Fidel Castro à Moscou, le 22 novembre 2022.
©SERGEI GUNEYEV / SPUTNIK / AFP

Dictature castriste

Une statue ubuesque de Fidel Castro à Moscou, inaugurée en pleine guerre par Miguel Díaz-Canel et Vladimir Poutine

Cela peut paraître incongru : une statue de Fidel Castro, six ans après sa mort le 25 novembre 2022, inaugurée à Moscou en pleine guerre contre l’Ukraine, conjointement par le président cubain désigné par Raúl Castro, le bureaucrate pâlot Miguel Díaz-Canel, et le maître du Kremlin en personne, Vladimir Poutine.

Jacobo Machover

Jacobo Machover

Jacobo Machover est un écrivain cubain exilé en France. Il a publié en 2019 aux éditions Buchet Castel Mon oncle David. D'Auschwitz à Cuba, une famille dans les tourments de l'Histoire. Il est également l'auteur de : La face cachée du Che (Armand Colin), Castro est mort ! Cuba libre !? (Éditions François Bourin) et Cuba de Batista à Castro - Une contre histoire (éditions Buchet - Chastel).

 

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  C’est pourtant hautement symbolique de la gratitude de Poutine envers la dictature castriste. Cuba est en effet l’un des rares pays, avec le Venezuela du castro-chaviste Nicolás Maduro, le Nicaragua du sandiniste Daniel Ortega, la Syrie de Bachar el Assad, la Corée du nord de Kim Jong-un, l’Érythrée, à voter presque systématiquement à l’Assemblée générale des Nations Unies contre les résolutions condamnant l’agression russe (parfois, ils s’abstiennent sur certains scrutins, ce qui revient pratiquement au même). 

     Officiellement, la visite est empreinte d’une certaine normalité. Díaz-Canel, accompagné de sa femme, Lis Cuesta, dépose une gerbe de fleurs devant le monument au soldat inconnu en face du Kremlin et se réunit avec l’ex vice-Président puis Président Dmitri Medvedev, sans oublier Zhiouganov, le vieux dirigeant du Parti communiste, auquel il transmet les salutations chaleureuses de Raúl Castro. Soulignons que l’actuel dirigeant fantoche de l’île est également premier secrétaire du Parti communiste de Cuba, dans la plus pure tradition soviétique. C’est justement cette tradition que tentent de faire revivre les deux frères idéologiques, récupérer les restes du monde disparu avec la chute du mur de Berlin et l’implosion de l’URSS. 

     L’histoire révolutionnaire de Cuba est intimement liée à la protection du « grand frère » soviétique, son tuteur pendant plus de trois décennies. La « crise des missiles » d’octobre-novembre 1962 en a été le point culminant. Il n’est guère étonnant, d’ailleurs, que nombre d’analystes, pour mettre en perspective les menaces nucléaires russes, aient fait référence à ces treize jours qui ont vu s’affronter Khrouchtchev et Kennedy et ont placé la terre entière au bord de la guerre atomique., 

     Comme toujours, le régime castriste se range de ce côté de l’histoire, contre l’ « impérialisme », américain bien sûr -les Soviétiques et les Russes n’ont pour lui jamais eu d’ambitions de cet ordre, même pas en Angola ou en Éthiopie, où Cubains, Soviétiques et Allemands de l’est ont combattu côté à côte. Il l’a fait lors de la guerre en ex-Yougoslavie, de même que lors de celle d’Irak. Mais pas seulement en se rangeant du côté de ce camp militaire. En réprimant à l’intérieur aussi, ce qui est une des modalités de sa guerre contre les opposants. Ainsi, les procès iniques contre les manifestants du 11 juillet 2021 se poursuivent-ils, ainsi que ceux contre des citoyens protestant récemment contre les interminables coupures de courant et les pénuries de toutes sortes, et en laissant mourir un prisonnier des suites d’une grève de la faim de 56 jours. En même temps, il organise des scrutins évidemment truqués, un référendum portant sur un nouveau Code de la famille, légalisant aujourd’hui le mariage homosexuel alors qu’autrefois, les homosexuels étaient parqués dans de véritables camps de concentration, les Unités militaires d’aide à la production (UMAP), ou des « élections » municipales avec des listes concoctées par le pouvoir. C’est curieusement à cela que s’intéressent le plus les médias de nos sociétés démocratiques. Les Cubains, eux, tout comme les Russes qui fuient la « mobilisation partielle » décrétée par Poutine, votent avec leurs pieds. Ils sont plus de deux cent mille à avoir quitté clandestinement l’île en moins d’un an, certains d’entre eux payant de leur vie ces tentatives de fuite, comme cette famille décimée en pleine mer par un garde-côtes cubain qui a embouti leur embarcation.

     Malgré tout, la révolution castriste continue de jouir d’une aura incompréhensible de la part d’une partie de l’opinion publique internationale, y compris en France, et de certains États d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. La prochaine étape de la tournée de Díaz-Canel, c’est la Chine. Les deux anciennes -ou toujours vivantes par bien des aspects- puissances tutélaires du communisme. 

     Il ne faudrait pas croire que l’île des Caraïbes n’est que du menu fretin. En échange de pétrole, de fertilisants que le pays va mendier auprès de la Russie (on se demande bien comment celle-ci va faire pour livrer tout cela, en contournant l’embargo), l’ancienne patrie du socialisme espère profiter de l’influence cubaine toujours importante au sein des pays émergents pour amoindrir à l’avenir les condamnations massives à l’ONU. 

     Pour les dissidents et les exilés, dans leur immense majorité, la lutte des Ukrainiens libres contre la Russie post-communiste est exemplaire. Nous nous reconnaissons en elle, en cette volonté farouche de défendre la démocratie contre la volonté de recréer une Union Soviétique caricaturale, avec les mêmes ressorts propagandistes, la même cruauté dans la répression et la peur comme système de gouvernement. Sa victoire ne sera pas seulement militaire. Elle aura valeur de symbole pour tous ceux qui veulent en finir avec ce passé tyrannique, symbolisé par l’ubuesque statue de Fidel Castro à Moscou, un exemple à suivre par les Cubains libres.  

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