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Internet peut-il devenir vraiment mondial ?
Internet peut-il devenir vraiment mondial ?
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Un monde avec du réseau partout, c'est possible ?

Aujourd'hui, la technique permet à une grande partie de la planète d'avoir accès à Internet, avec notamment le développement du réseau WIFI. Mais les freins d'accès au réseau ne sont aujourd'hui plus d'ordre technologique : ils tiennent à la capacité de financer un tel accès, inégal entre les pays.

Joël Gaget

Joël Gaget

Joël Gaget est consultant spécialisé dans le domaine du WiFi et plus généralement des communications sans fil au sein de la société SYRTEL - Il est également dirigeant de la société Global-TIC Consulting, spécialiste des TIC pour les seniors et les personnes fragilisées.

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Atlantico : Si la majorité des habitants de la planète ont la possibilité d'accéder à Internet, cela ne passe pas forcément par le WiFi. Quelle est la couverture globale de la planète ?

Joël Gaget : Aujourd’hui, 40% de la population mondiale accède à Internet, avec de fortes disparités à travers la planète : 78% en moyenne dans les pays développés à comparer à 32% dans les pays en développement. Je parle bien de l’accès réel, à ne pas confondre avec l’accès potentiel lié à la présence d’un réseau. Car d’autres facteurs que la technologie peuvent être limitants : liberté d’usage, réelle ou ressentie, intérêt pour Internet, capacité financière à payer le service ou les équipements, absence d’électricité au foyer,  illettrisme ou tout simplement incapacité des usagers à utiliser les équipements. Je ne m’attarderai pas ici sur ce point qui mérite à lui tout seul un exposé complet. 

Pour revenir aux réseaux, la disparité est bien réelle selon les capacités économiques des nations. Les réseaux téléphoniques fixes des pays développés ont permis d’y faire circuler le trafic Internet et d’en développer l’usage mais les coûts d’infrastructure élevés ont pénalisé les pays moins aptes à les financer. Par exemple, si globalement 44% des ménages dans le monde disposent d’un accès Internet fixe, ce pourcentage baisse à 11% du nombre de foyers en Afrique et s’élève à 80% en Europe.

L’apparition de l’Internet mobile permet de compenser partiellement ce retard et de doubler en 5 ans le nombre d’internautes dans les pays en développement. Le fossé est encore large : on estime qu’environ 85% de la population mondiale est desservie par un réseau 2G ou 2,5G dont le débit est extrêmement limité. 60% de la population est desservie par un réseau 3G mais ce sont essentiellement les pays développés qui en bénéficient.

Les opérateurs mobiles prévoient que la couverture globale en réseaux 3G ou 4G passera de 20% en 2014 à 50% en 2017. L’évolution rapide vers une plus forte capacité est importante car si le nombre d’abonnements croit considérablement, le trafic ne va pas de même. Les chiffres fournis par Cisco sont révélateurs : en 2013, l’Internet mobile ne représentait que 3% du volume de données contre 56% pour l’Internet fixe et 41% pour l’accès WiFi. Les prévisions du constructeur montrent une évolution très favorable à l’Internet mobile et au WiFi qui devraient représenter respectivement 12% et 49% du trafic en 2018 pour « seulement » 41% passant par les accès fixes.

Technologiquement, avons-nous aujourd'hui les moyens de mettre à disposition un réseau WiFi sur l'ensemble de la surface de notre planète ?

La  technologie WiFi est de plus en plus performante en termes de capacité de couverture et de sécurité. Elle permet de couvrir des zones importantes, de s’adapter aux caractéristiques des lieux et de garantir un débit élevé.

Je cite volontiers le projet Hélim Zone de Togo Télécom qui a démarré la couverture opérationnelle de la capitale, Lomé, et prévoit de déployer des réseaux similaires sur le reste du pays. C’est un projet remarquable que je suivrai avec attention car il prévoit de couvrir également les zones rurales.

La difficulté essentielle pour ces zones rurales ne réside pas dans la mise en œuvre de la technologie WiFi, parfaitement opérationnelle et adaptable comme je le disais précédemment, mais dans le raccordement au réseau Internet mondial.

Il est fréquent que ces zones soient tellement éloignées d’un réseau haut-débit (fibre optique) et que le seul moyen d’accéder à Internet passe par une liaison satellite. Cette liaison est alors établie à partir du nœud de raccordement qui concentre toutes les communications du village.

Cela ne pose pas de difficulté particulière si ce n’est la disponibilité d’un débit suffisant sur le satellite pour que chacun puisse surfer dans de bonnes conditions. Et si l’on veut couvrir ainsi toutes les zones difficiles à pourvoir en moyens terrestres, j’ai peur qu’il ne faille mettre beaucoup de satellites en orbite!

Quelles ont été les opérations les plus périlleuses, ou les plus impressionnantes dans le développement des couvertures de réseau dans le monde ces dernières années ?

Je pense que les efforts importants pour faciliter l’accès à Internet doivent être salués, comme par exemple celui du Togo.

Dans le même esprit et pour revenir au début de cette interview, où je parle des facteurs limitants non technologiques, je cite volontiers un effort particulier fait en France  pour la mise en place de cyber-bases, espaces publics numériques mis à disposition par les collectivités pour faciliter l’accès de tous à l’informatique et à Internet.

J’ai pu en visiter récemment en Martinique. Ce département compte 44 cyber-bases soit une pour 9 000 habitants. Elles sont accueillantes, faciles d’accès, remarquablement équipées et le personnel y est compétent et accueillant. Tout y est fait pour que chacun puisse venir et se sentir à l’aise dans un environnement informatique et pour accéder à Internet quelle que soit sa motivation : apprentissage, travail, lien social avec l’entourage, formalités, loisirs...

Dans ce département bien équipé en matière de télécommunications et d’accès à Internet, les élus locaux ont compris que la fracture numérique pouvait ne pas être due uniquement à l’absence de réseau et que la mise en place d’un environnement favorable pouvait vaincre les réticences éventuelles à l’utilisation de technologies peu familières

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