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Des véhicules militaires russes sont chargés sur des plateformes de train à environ 50 km de la frontière avec la République populaire autoproclamée de Donetsk, le 23 février 2022.
Des véhicules militaires russes sont chargés sur des plateformes de train à environ 50 km de la frontière avec la République populaire autoproclamée de Donetsk, le 23 février 2022.
©STRINGER / AFP

L'Europe impuissante

Ukraine : le Blitzkrieg russe et la bulle des illusions européennes

Le Blitzkrieg se déroule comme prévu, sous les yeux d’une Europe occidentale qui feint la surprise - ou bien alors, dont les dirigeants sont d’un aveuglement sans bornes.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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La date de l’attaque ? Dès le 18 février, le site des milices du Donbass la donnait gentiment - en anglais en prime, que chacun puisse bien lire - 22 février 2022 : en voilà la capture d’écran :

Comme écrit dans Atlantico le 16 février, les dispositifs russes de guerre électronique ont paralysé les systèmes anti-aériens et drones ukrainiens, ensuite détruits par des missiles de précision. Selon des sources de terrain, l’Ukraine n’a plus de défense anti-aérienne, sauf des « Manpads » portatifs.

Sur le terrain, les chars lourds russes restent près des frontières du Donbass, l’attaque mobilisant plutôt des hélicoptères de combat et des troupes aéroportées - ayant notamment capturé le 24/02 un aéroport stratégique voisin de Kiev.

À présent, disent ces sources, des commandos, dont l’unité tchétchène Vostok de Ramzan Kadyrov, infiltrent les villes d’Ukraine, pour y éliminer ceux que le renseignement russe a ciblé. Poutine lui-même a prévenu : « Nous vous connaissons tous et vous êtes dans notre viseur ». Ambiance.

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Sous un déluge de feu (missiles de croisière, air-sol, mer-sol, etc.) les bases militaires et le dispositif défensif ukrainien sont en cours de « neutralisation », jusqu’aux abords de la Pologne. Preuve : de multiples vidéos montrent des avions et hélicoptères russes survolant l’Ukraine à basse altitude - voire en rase-mottes - signe que les systèmes sol-air et les drones du pays ont été éliminés.

Cet « étouffement » des drones d’espionnage se voit notamment sur les radars et sites de l’aviation civile, aisément consultables. Deux cas récents et éloquents :

• Un drone-espion ukrainien (de fabrication turque) sous fausse signalétique, se disant sur les écrans de contrôle « avion de ligne » parti du Liban pour la Corée du sud (KPO), reflue aux approches du Donbass (perte de contrôle, systèmes de navigation perturbés),

• Un drone espion (américain, de reconnaissance à haute altitude Global Hawk), zigzague en lisière du Donbass, incapable d’accéder à la région de Donetsk.

Au soir du jeudi 24 février, des experts occidentaux estiment en privé que Kiev serait sous contrôle russe vers lundi 28 février, les autorités ukrainiennes étant évacuées vers Lviv. Pour ces mêmes experts, le présent Blitzkrieg, soigneusement orchestré, se prépare depuis au moins trois ans. Or en août 2021, le Pentagone révélait l’outil de perception des risques nommé GIDE (Global Information Dominance Experiment), lui permettant (citation) de « prédire les actions de tout ennemi potentiel » et, grâce à l’intelligence artificielle, « de connaître ses prochains mouvements ». On ne sait si GIDE servi en Ukraine ; si oui, pour le dire en énarque, on peut parler de « résultats contrastés ».

Et la bulle ? Celle qui a crevé au début du Blitzkrieg se nomme « préparation de l’Europe à la haute intensité ». En Allemagne, le chef d’état-major de l’armée déclare froidement celle-ci « à sec » et peu capable d’aider l’OTAN ; en France, deux parlementaires auteurs d’un récent rapport d’information sur « La France et la haute-intensité » estiment que, côté munitions de tous ordres, notre armée risquerait de se trouver « à poil » en quelques jours.

Certes douloureuse et affreuse, la guerre reste l’ultime test de réalité. « El momento de la Verdad », dit-on lors des corridas : seul face à la bête. À trop fantasmer ou dénigrer, on risque à la fin de se trouver face aux commandos Vostok tchétchènes qui, selon les vidéos circulant en Crimée avant leur saut sur l’Ukraine, n’avaient pas spécialement l’air « à sec », ni « à poil ».

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