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La candidate à la présidence du parti conservateur français Les Républicains (LR), Valérie Pecresse, prononce un discours lors d'un meeting de campagne, le 17 février 2022 à Mouilleron-le-Captif.
La candidate à la présidence du parti conservateur français Les Républicains (LR), Valérie Pecresse, prononce un discours lors d'un meeting de campagne, le 17 février 2022 à Mouilleron-le-Captif.
©LOIC VENANCE / AFP

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Tribune d’entrepreneurs en soutien au projet économique de Valérie Pécresse

Dans cette tribune Pierre Danon et 121 entrepreneurs et chefs d'entreprises affirment leur confiance au projet de Valérie Pécresse et dénonce la politique économique d'Emmanuel Macron.

Pierre Danon

Pierre Danon

Pierre Danon a été directeur de campagne adjoint de François Fillon. A 60 ans, il a dirigé Numericable-Completel, British Telecom Retail, et fut COO du groupe Capgemini. Il est aujourd'hui Chairman de Volia, en Ukraine, Vice Chairman de TDC / AS au Danemark, et vice-Président d'Agrogénération, en France.

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UN CHOC DE POUVOIR D’ACHAT PAR LE TRAVAIL

Un déficit commercial qui explose à 85 Md€ en 2021 et une dette qui approche les 3000 Md€, soit 116% du PIB, alors que l’Allemagne engrange près de 200 Md€ d’excédent commercial et limite son endettement à 70% du PIB, montrent à quel point le déclassement de notre économie s’est poursuivi, et même amplifié, depuis 2017. Même l’Italie enregistre également un solde commercial excédentaire. Aussi, contrairement aux proclamations du gouvernement, l’évolution du pouvoir d’achat durant le quinquennat qui s’achève ne résulte pas d’une amélioration des revenus d’activité et d’une incitation accrue au travail, mais de la distribution généralisée de revenus de transfert. En définitive, la croissance économique sous Emmanuel Macron est une croissance à crédit, fondée sur la distribution de droits à consommer sans contrepartie productive : en 2021, un tiers de la croissance du PIB est due à l’augmentation des dépenses publiques.

On ne dira jamais assez combien le COVID et son « quoi qu’il en coûte » ont pour vocation politique de masquer aux yeux des Français l’échec de la politique économique du gouvernement et de nombre de ses prédécesseurs, ni à quel point le clinquant de la communication vise à détourner le regard des Français de la pauvreté des résultats. Sur les 1000 milliards de dette ajoutés au cours des 10 dernières années, seuls 270 sont dûs au COVID.  

LE TRAVAIL AU COEUR DU MODÈLE D’ÉCONOMIE ET DE SOCIÉTÉ 

Après 40 ans de mythe de la réduction du temps de travail qui fait de notre pays le plus grand prestataire de transferts sociaux avec 5% du total mondial pour moins de 1% de la population, la France doit donc placer le travail productif au centre de son effort de redressement et de son modèle de société. Pour des raisons d’efficacité productive, mais surtout de dignité des personnes : les Français veulent vivre de leur travail, non d’assistanat destiné à acheter leur résignation et leur silence.

La première mesure doit porter sur l’allongement de la vie au travail afin de rejoindre la norme européenne à 65 ans. Le recul de l’âge de la retraite libérera les financements nécessaires pour un choc de pouvoir d’achat des revenus du travail : c’est lui qui fournira le financement des baisses de cotisations des salariés permettant une hausse de 3% du salaire net dès 2022, pour les rémunérations inférieures à 2,2 fois le SMIC (2800 €). Ceci constituera la première étape vers un objectif de 10% d’augmentation du salaire net, hors inflation, en fin de quinquennat.

La durée du travail doit aussi augmenter sur l’année : en 2019, les salariés français à temps complet ont travaillé 1680 heures contre 1834 heures pour les salariés allemands. Le cumul des RTT et des congés aboutit souvent à 7,5 semaines de congés, difficiles à prendre intégralement alors que les Français réclament une amélioration du pouvoir d’achat de leur travail. Le temps hebdomadaire de travail dans les entreprises appliquant les 35 heures pourra augmenter grâce à leur déblocage négocié et flexible : les entreprises pourront ainsi fixer librement, entre 35 et 40 heures hebdomadaires, la durée de travail adaptée à leur secteur et à leur cycle d’activité, dans le cadre d’un accord élaboré avec les partenaires sociaux ou éventuellement soumis à approbation par référendum. Par ailleurs, les entreprises seront autorisées à racheter des jours de RTT avec une majoration de 10%. Les rémunérations supplémentaires seront quant à elles entièrement désocialisées et défiscalisées pour les salariés et pour les employeurs exonérés, à ce titre, de toute cotisation patronale. Mais un grand nombre de Français ne bénéficient pas des RTT. Aussi, pour ces salariés, toutes les heures supplémentaires au-dessus de 35 heures seront entièrement désocialisées et défiscalisées pour les salariés. 

Ces deux mesures couvrant les salariés régis par les 35 heures et ceux qui n’en bénéficient pas s’inscrivent donc dans une perspective d’augmentation du salaire net à l’horizon 2027, avec un impact estimé à +3%.

Après le temps de travail, notre pays doit augmenter le nombre de personnes au travail, en luttant contre l’installation dans le chômage de longue durée, mais également par l’accompagnement des jeunes, en renforçant leurs moyens d’accès à la formation et à l’emploi.

Alors que les entreprises peinent à recruter – 1 million d’offres disponibles chez Pôle Emploi, 15% d’emplois non pourvus dans les services, 40% dans le bâtiment – il est indispensable d’accroître fortement la préférence pour le travail par rapport aux revenus d’assistance. C’est la raison pour laquelle, et en ce qui concerne l’assurance chômage, une dégressivité de 30% s’appliquera pour les salaires bruts supérieurs à 2500€, à partir de 6 mois pour les moins de 50 ans. Dans le même esprit, la loi sur les offres d’emplois sera appliquée avec fermeté, contrairement au laisser-aller actuel : les allocations seront supprimées pour les bénéficiaires ayant refusé deux offres d’emplois acceptables. En parallèle, le RSA devra poursuivre un objectif d’insertion, en étant subordonné à une activité d’intérêt général a minima de 15 heures hebdomadaires.

En complément, une économie fondée sur le travail doit favoriser l’accroissement du travail qualifié, nécessaire à la montée en gamme de nos entreprises et à la nécessité de relever les défis de l’innovation. La qualification étant une exigence sur l’ensemble de la vie professionnelle, insistons, entre autres mesures envisageables, sur le compte personnel de formation dont le succès devra être pérennisé et sera rattaché plus étroitement aux besoins liés à l’emploi.

Dans un pays qui compte un taux d’activité des jeunes inférieur de 12 points à celui des jeunes Allemands et 1,7 million de jeunes sans emploi et sans formation, il faut également mettre en œuvre les moyens nécessaires pour les accompagner dans l’accès à la formation en vue d’une insertion réussie sur le marché du travail. C’est la raison pour laquelle nous devons faire de l’apprentissage, une filière d’excellence professionnelle avec une ambition annuelle de 1.000.000 jeunes d’ici 2027. Les aides publiques existantes (8000 € par apprenti) devraient être pérennisées au moins jusqu’à fin 2022 et concentrées en direction des bacs+2 et des filières professionnelles pour aider ceux qui en ont le plus besoin.

LA FRANCE, TERRE DE TRAVAIL PRODUCTIF

Si la France a amélioré son attractivité, fortement ternie sous François Hollande, sa compétitivité reste très dégradée. Les entreprises françaises continuent à subir des niveaux de prélèvements bien supérieurs aux entreprises allemandes. En 2016, les prélèvements obligatoires sur les entreprises sur les entreprises industrielles atteignaient 28 % de la valeur ajoutée contre 17% en Allemagne ; nos entreprises supportent 80 Md€ d’impôts et 72 Md€ de cotisations de plus que les entreprises de la zone euro. Les salariés supportent également ce type de prélèvements ce qui conduit les entreprises à payer 3€ pour chaque euro qui se retrouve dans la poche des salariés. La débâcle de notre industrie, puisque nous avons perdu 40% de nos entreprises de ce secteur en 15 ans, a été révélée au grand jour par le COVID ; ce qui a contraint le gouvernement à réduire, en 2021, de 10 Md€ les impôts de production dont le montant atteignait avant cette mesure 109 Md€, soit 8 fois le montant des impôts de production allemands. Aussi, la reconstruction d’un tissu d’entreprises productives devrait envisager à moyen terme une ambition de 30 Md€ de baisse des impôts de production. 

L’exercice s’avère délicat puisque les collectivités locales, déjà privées de taxe d’habitation, sont les bénéficiaires principales des impôts de production et notamment de la CVAE. En tout état de cause, une baisse de 10 Md€ interviendra au début du quinquennat ; elle comprendra une réduction de 4,5 Md€ de la C3S et la suppression du forfait social au taux de 20% sur l’intéressement, la participation et l’actionnariat salarié, soit 5,5 Md€. Du coup, l’allègement de la fiscalité sur les entreprises aura aussi pour effet de réénergiser la participation et l’intéressement et donc de stimuler le pouvoir d’achat des salariés et ce, dans le droit fil de ce qu’avait voulu le Général de Gaulle, en y adjoignant le développement de l’actionnariat salarié.

La vitalité des grands groupes français dans le monde et des créateurs d’entreprise comme en témoignent les réussites de la French Tech, soulignent à quel point c’est la France comme site de production qui est en cause dans la liquidation de notre industrie depuis 20 ans. Limiter nos ambitions industrielles à l’investissement étranger en France marque davantage une France contrainte de solder ses déficits extérieurs qu’une France en phase de réindustrialisation. D’où l’ardente obligation de faire des PME et des ETI le fer de lance du nouvel impératif industriel français : des entreprises ancrées dans le local, capables de devenir des champions mondiaux. Une situation qui tient pour une large part à une France championne mondiale des normes qui n’en compte pas moins de 400 000, issues souvent d’une surtransposition de normes européennes. Pourquoi faut-il trois à quatre ans en France pour monter une usine contre un à deux ans en Allemagne ? Le prochain quinquennat devra ramener la France sur la norme de nos voisins européens et instaurer un véritable esprit de confiance avec les entreprises industrielles.

UNE EUROPE FONDÉE SUR UN LIBÉRALISME SOUVERAIN 

La façon dont la France et l’Europe organisent leur place dans la mondialisation doit se donner des moyens réels de répondre aux défis de la transition écologique et s’affranchir de toute naïveté avec des pays, notamment la Chine, devenue « rival systémique ». Dans cet esprit, la France devra prendre l’initiative d’instaurer aux frontières de l’UE, une véritable taxe carbone et non la version light actuellement en vigueur. Dans le même esprit, elle devra imposer une règle de stricte réciprocité pour l’accès aux marchés publics et renforcer ainsi la préférence européenne. Cette promesse non tenue d’Emmanuel Macron en 2017 devra être impérativement mise en œuvre sous le prochain quinquennat.

La France doit devenir l’aiguillon européen d’une souveraineté numérique véritable et pas seulement rhétorique. Nous sommes devenus entièrement dépendants des GAFAM pour le contrôle de nos données économiques, publiques et personnelles, et donc de l’Administration américaine en vertu de l’extraterritorialité du droit. 

La souveraineté numérique européenne devra donc être reconstruite en imposant nos normes sur le modèle du RGPD et par l’édification de champions numériques français et européens : il est indispensable de s’assurer que les données personnelles et professionnelles des Européens sont hébergées en Europe.

LA REPRISE DE CONTRÔLE DES COMPTES PUBLICS, CLÉ DE LA CROISSANCE

Jamais le sort des entreprises et de leurs salariés n’a, à ce point, dépendu de la reprise en mains de nos comptes publics. Avec un déficit public de 9% du PIB en 2020 et de 8% du PIB en 2021, un déficit structurel qui reste au-dessus de 5% du PIB, la France est dans une situation de Trafalgar financier : un désastre qui acte notre relégation dans la catégorie des pays du Sud de la zone euro. C’est d’ailleurs le sort de la monnaie unique qui est en jeu : la France est devenue (20% du PIB de la zone euro) son principal risque systémique. D’autant que le retour de l’inflation et la réduction des achats de dette publique par la BCE qui ont mis fin aux taux négatifs et amorcé leur remontée vont resserrer la pression sur les comptes publics: 1% de taux d’intérêt supplémentaire, c’est 64 milliards de dépense en plus sur le quinquennat qui s’annonce. 

La France ne doit donc pas s’enfermer dans le rôle permanent du mauvais élève qui se trouve des excuses. La restauration des comptes publics ne répond prioritairement pas aux injonctions de Bruxelles, mais elle est la condition fondamentale pour rétablir la compétitivité des entreprises : les dépenses d’aujourd’hui sont les dettes de demain et les impôts d’après-demain.

Voilà pourquoi la dépense publique ne favorise pas la croissance pérenne, mais la consommation à crédit, et entretient le cercle vicieux de la désindustrialisation et de la paupérisation des classes moyennes. Contrairement aux orientations d’Emmanuel Macron et aux déclarations de Bruno Le Maire, la France doit revenir au plus vite sous le seuil des 3% de PIB de déficit public et ramener la dette en-dessous de 100% du PIB. La réduction des dépenses et des déficits doit devenir un impératif du prochain quinquennat, alors que ces dépenses ont augmenté, hors soutien COVID, de 144 Md€ depuis 2017.

D’où l’importance de la réforme de l’État et des services publics dont le coût est supérieur de 84 Md€ à la moyenne européenne. Dans un contexte où l’État régalien (3,5% du PIB) paie le prix de l’abandon de ses missions au profit d’un État Providence obèse (32% du PIB contre 25% en Allemagne), qui exige de renforcer ses moyens en matière de sécurité, d’éducation et de santé, l’effort devra être d’autant plus important, grâce à la lutte contre la fraude sociale, à la décentralisation, à la suppression des doublons administratifs, au développement de l’administration numérique, et à l’alignement du temps de travail dans les administrations à au moins 35 heures, le tout pour aboutir à une réduction nette de 150.000 du nombre des 5,6 millions de fonctionnaires : baisse globale de 200.000 et 50.000 recrutements dans les fonctions régaliennes.

Un État qui aura remis « de l’ordre dans les comptes et dans la rue » permettra de refaire de la France une terre d’excellence du travail, d’industrie et d’entrepreneuriat.

Pierre Danon et 121 chefs d'entreprises et entrepreneurs français. 

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