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Travail du dimanche : une législation incohérente en décalage avec les attentes des Français
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Jour du seigneur... et du bricolage

Travail du dimanche : une législation incohérente en décalage avec les attentes des Français

Plus d'un Français sur deux et 74% des Franciliens se déclarent favorables à l'ouverture des magasins de bricolage le dimanche, selon un sondage CSA pour la Fédération des magasins de bricolage et de l'aménagement de la maison.

Frédéric  Sambourg

Frédéric Sambourg

Frédéric Sambourg est président de la Fédération des magasins de bricolage et de l'aménagement de la maison.

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Atlantico : Vous déplorez que les magasins de bricolage n'aient pas l'autorisation d'ouvrir le dimanche alors que ceux d'ameublement et de jardinage l'ont. Comment expliquez-vous cette différence de traitement ?

Frédéric Sambourg : Le cadre réglementaire français en matière de travail dominical s'est constitué par empilement d'ajouts et de réformes depuis la loi initiale de 1906. Le consensus qui se dégage à l'issue d'une discussion particulièrement peu apaisée touchant à ce qui reste un tabou en France, on l'a vu en 2009 lors du vote de la loi Mallié, est malheureusement moins le reflet d'une rationalité que d'un rapport de forces à un instant donné. Ajouté à cela le fait que les enseignes ont fait évoluer leur assortiment, on débouche sur cette absurdité : alors que les magasins de bricolage réalisent plus de 50% de leur chiffre d'affaires en ameublement et en jardinerie, ils n'ont pas le droit d'ouvrir le dimanche sauf dérogation, contrairement aux magasins d'ameublement et de jardinerie qui le peuvent à volonté. On marche sur la tête ! Quand on sait que 20% de l'activité d'un magasin de bricolage est réalisée le dimanche, on imagine l'incroyable distorsion de concurrence que cela représente.

Le sondage que vous rendez public ce mercredi montre d'ailleurs que cette interdiction d'ouverture va à l'encontre des attentes d'une majorité de Français. Où se situent alors selon vous les principaux blocages ?

Le bricolage est le premier loisir des Français ; un loisir populaire dans tous les sens du terme : en ces temps de crise, il permet aux Français d'améliorer leur habitat à peu de frais. Or le mode de vie et les contraintes particulières des habitants de l'Ile-de-France leur laissent très peu de temps pour pratiquer ce loisir et se rendre dans les magasins correspondants : le temps de trajet domicile-travail et l'éloignement des magasins souvent situés en périphérie rendent impossible leur fréquentation en semaine (63% des Franciliens ont "l'impression de courir toute la semaine"). Le samedi est, quant à lui, dédié aux démarches indispensables et aux achats alimentaires (51% des Franciliens reconnaissent "ne pas avoir beaucoup de temps libre le samedi"). Il ne reste donc que le dimanche. Si les magasins sont fermés, cela les empêche de bricoler : 54% des Franciliens déclarent avoir déjà dû repousser une activité de bricolage à un autre jour parce que les magasins étaient fermés le dimanche.

En face de cette demande incontestable, la volonté des salariés eux-mêmes de pouvoir choisir de travailler le dimanche est indéniable (ils sont d'ailleurs payés double ce jour-là, et peuvent jouir de leurs jours de repos en semaine).

Le travail du dimanche se heurte malheureusement à toute une série de blocages : pusillanimité de nos dirigeants, opposition des centrales syndicales malgré la volonté de leur base, et surtout je pense pas mal de confusions autour de ce sujet : la question du travail dominical est différente de celles de la durée du travail (la durée est toujours 35h hebdomadaires) ou des horaires atypiques (il ne s'agit pas de travail de nuit). La question du travail dominical est simplement celle du déplacement du week-end sur d’autres jours de la semaine.

Etes-vous optimiste quant à votre capacité à faire évoluer la situation ? Par quels moyens ?

Je crois que la gravité de la situation économique va obliger nos dirigeants à une prise de conscience. Nous ne pouvons pas continuer à prétendre que tout est fait pour lutter contre le chômage et pour la croissance quand une mesure aussi simple que celle de l'élargissement des possibilités d'ouverture le dimanche dans certains cas et pour certains secteurs n'est pas appliquée. Des milliers d'emplois peuvent être créés ou maintenus. De plus, pour nombre de nos salariés, ne plus travailler le dimanche représenterait un baisse de 30% de leur revenus, ce qui constituerait une perte de pouvoir d'achat dramatique pour eux, et à l'inverse un gain appréciable pour ceux qui pourraient enfin y venir. Sans parler des étudiants qui financent leurs études grâce à ce travail le weed-end. Pour l'Etat, le gain est direct : la TVA reversée par les magasins de bricolage qui ont aujourd'hui le droit d'ouvrir le dimanche par dérogation s'élève, pour cette seule journée, à 100 millions d'euros par an. L'Etat a-t-il les moyens de s'en passer ? La France a-t-elle intérêt à limiter le travail et l'activité ? Difficile de le soutenir aujourd'hui.

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