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La statue de l'ancien Premier ministre britannique Winston Churchill a été vandalisée avec l'inscription (Churchill) "était un raciste" à Londres lors d'une manifestation Black Lives Matter, le 7 juin 2020.
La statue de l'ancien Premier ministre britannique Winston Churchill a été vandalisée avec l'inscription (Churchill) "était un raciste" à Londres lors d'une manifestation Black Lives Matter, le 7 juin 2020.
©ISABEL ENFANTS / AFP

Cancel culture

« Tout doit disparaître » de Nicolas De Pape : à la genèse du wokisme

Dans son ouvrage « Tout doit disparaître », Nicolas de Pape revient sur la genèse du wokisme et se livre à l’analyse de cette arme de destruction massive qui a pour cible la civilisation occidentale.

Tatiana Hachimi

Tatiana Hachimi

Tatiana Hachimi est journaliste. Elle publie de nombreux articles pour B-MAG.

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Oppression rebellion

Dans son ouvrage « Tout doit disparaître », Nicolas de Pape passe au scanner tous les pans de notre société gangrénée par le wokisme, cette déferlante prétendument « progressiste » – mais réellement néo-puritaniste – qui entend réformer non seulement nos faits et gestes, mais aussi notre mode pensée pour les conformer à une certaine idée du Bien. Tous les fronts ouverts par ces néo-croisés de la bonne cause et leurs apôtres de « la morale pour tous » y sont : du climat au genre en passant par la diversité, les migrations, le langage ou même l’architecture de nos institutions, rien ne manque dans cette grande offensive menée par toutes les minorités qui se sentent opprimées !

Ce livre offre une synthèse du changement de paradigme politique induit par l’émulation victimaire qui vient se substituer au classique clivage gauche-droite. Avant, on pouvait se contenter d’une perspective de domination économique. Aujourd’hui, l’oppression est mise à charge non seulement du riche, mais aussi du mâle, du blanc, de l’Occidental.

« Chaque génération veut faire table rase,  et mai 68 est là pour nous rappeler que changer le monde a  toujours été un sport national. Il y a toutefois aujourd’hui  une dimension supplémentaire, c’est le caractère massif et  digital de cette révolution et le fait qu’elle est adoubée par  l’ensemble de « l’Etat profond », terme qui rassemble les  lieux de pouvoir non soumis à la sanction démocratique  (lobbies, haute-administration, think-tanks, médias,  cinéma, publicité, enseignement, Union européenne,  Haute-Finance, complexe militaro-industriel, militants  comme George Soros) ».

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Le travail est impressionnant et le résultat passionnant. Grâce à sens aigu de l’analyse à l’instar d’Eric Zemmour et à des constats puissants et sans appel comme peuvent en délivrer Laurent Obertone ou David Engels, mais aussi à une approche équilibrée comme on en retrouve chez Christophe Guilluy, l’essai « Tout doit disparaître » est de ces livres que l’on lit d’une traite mais qui changent profondément notre appréhension du monde politique. Lorsqu’on le referme, on pose un autre regard sur le monde grâce à une grille de lecture qui apparaît alors soudainement comme évidente.

Le chantier ouvert par l’auteur est à la fois énorme par l’ampleur de l’exercice mais aussi par la profondeur de son analyse. A cela il faut ajouter une plume aussi légère qu’efficace, qui débouche sur un texte drôle, mais didactique, car sous-tendu par une implacable cohérence.

Ainsi, toute une série d’éléments qui nous apparaissent comme de futiles détails du quotidien prennent une toute autre dimension sous la plume de Nicolas de Pape qui, en les mettant bout à bout, finit par dresser la cartographie des écueils qui attendent notre civilisation au tournant. On mesure ainsi le véritable effacement de la polarisation « gauche-droite » au profit d’un archipel de revendications victimaires, toujours plus minoritaires : « A côté de la logique bloc contre bloc, on voit l’émergence  d’un bloc néo-progressiste radical à tendance nihiliste qu’on  aurait tendance à ranger dans le rayon du « populisme de  gauche ». Le sociologue Mathieu Bock-Côté l’appelle le  « progressisme diversitaire » explique l’auteur, avant de livrer non sans ironie qu’«  Aujourd’hui, on empêche des« progressistes modérés » comme François Hollande ou  Sylviane Agacinski de s’exprimer sur les campus  universitaires. Le dernier opus de l’ancien président de la  République a subi un « autodafé ». Agacinski est accusée  d’homophobie pour avoir critiqué la gestation pour autrui. » 

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La vaste constellation de la déconstruction

« Le diable est dans les détails ». Le wokisme aussi. Au détour de l’analyse de quelques subtilités du langage, Nicolas de Pape révèle des pans entiers de nos identités totalement déconstruits, au bord de l’effondrement en s’appuyant sur les travaux de linguistes.

Ainsi, Nicolas de Pape observe avec sagacité comment «  les « races » disparurent lentement de notre vocabulaire  au profit de termes subrogatoires comme « Sub-Sahariens »,  « Extra-Européens », « Moyen-Orientaux » voire des termes codés comme « Norvégiens »36à la place de Nord Africains.  Mais les fanatiques de l’indigénisme et du féminisme ont  réintroduit le concept racial à travers celui d’homme blanc  pour les uns, et white privilege pour les autres. »

Les évolutions du langage, qui semble avoir désormais pour mission première de gommer toutes les injustices inhérentes à la vie, s’ouvrent à l’inflation des euphémismes. Dans le monde anglo-saxon par exemple, le handicap mental se mue en un « challenge mental »…

Les termes employés pour décrire la guerre en Syrie sont aussi révélateurs du prisme politique qui pousse de nombreux organes de presse à décrire de façon laudative les rebelles sans se soucier de leur nature profondément terroriste.

Avec le terme « féminicide », on assiste à un changement de paradigme qui s’inscrit dans « (…) un grand courant qui consiste à nous faire croire que nous vivons dans une société en voie de « repatriarcatisation » alors que  ce n’est vrai que dans certains ghettos immigrés. Rappelons  que l’Europe de l’Ouest est le territoire le plus égalitaire  sexuel sur Terre. »

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Quant à la problématique du genre, elle conduit à la constitution de néologismes, comme celui de « cisgenre » (partiellement issu de termes réservés à la chimie) pour désigner l’individu non transgenre, c’est-à-dire l’écrasante majorité de la population dont le sexe administratif correspond au sexe biologique. Au-delà des mots, il y a bien entendu l’écueil du réel comme l’illustre l’arrivée des athlètes transgenres dans des compétitions sportives qui prennent doucement la forme de missions impossibles pour les femmes… cisgenres.

L’auteur ne fait pas non plus l’impasse sur les différentes formes de totalitarismes qui œuvrent avec zèle à la réduction de nos libertés, même les plus fondamentales. Nicolas de Pape montre ainsi comment les juges qui siègent à la CEDH, Greta Thunberg, le GIEC comme la nébuleuse d’associations arrosées par Soros, se chargent, chacun à leur manière, de la criminalisation progressive de nos faits et gestes. Sous leur emprise, chaque jour des entraves se dressent et nous empêchent tantôt de nommer les choses, tantôt d’éduquer nos enfants, voire de nous déplacer librement. Dans tous les cas, il s’agit de poursuivre un objectif des plus nobles : sauver des humains (pour peu qu’ils soient des migrants), sauver la planète… Sauve qui peut !

« Tout doit disparaître » est un ouvrage indispensable car il tient du manuel de survie pour toute personne qui croit que tout n’a pas disparu et qui refuse de se faire balayer sous l’effet de la multiplication des utopies victimaires de minorités toujours plus agressives. Il s’adresse aussi à l’électeur qui voudrait échapper au jeu malsain de la classe politique qui vit de ce morcellement sociétal qui a juré la perte de l’homme blanc. Enfin, il incite également l’internaute à prendre du recul par rapport aux GAFAM, véritables caisses de résonnance du wokisme qui a fait beaucoup d’émules parmi les Zuckerberg, Gates, et autre Bezos ces champions du capitalisme politiquement régulé, toujours du bon côté.

« Tout doit disparaître ». Certes. Mais tout n’est pas perdu !

Tatiana Hachimi

Tout doit disparaître, Nicolas de Pape, Edilivre, 266p, 20€ (4,99€ en version numérique)

Cet article a été initialement publié sur le site de B-MAG : cliquez ICI

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