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Jean-Louis Harouel  : "Si les musulmans de France avaient subi ne fût-ce qu’un dixième de ce qu’ont subi les catholiques de la part de la République, ils seraient assurément en droit de se plaindre"
©Reuters

Interview

Jean-Louis Harouel : "Si les musulmans de France avaient subi ne fût-ce qu’un dixième de ce qu’ont subi les catholiques de la part de la République, ils seraient assurément en droit de se plaindre"

A l'occasion de la sortie de son livre “Les droits de l’homme contre le peuple”, l'universitaire Jean-Louis Harouel revient sur la façon dont l'actuelle existence d'une religion des droits de l'homme en France handicape dangereusement le pays dans sa confrontation avec l’islam.

Jean-Louis  Harouel

Jean-Louis Harouel

Jean-Louis Harouel est agrégé des Facultés de droit, professeur émérite à l’Université Paris II. Il est auteur prolifique d’ouvrages de droit, d’économie, d’histoire et notamment de Culture et contre-culture (1994). Il a également publié Le vrai génie du christianismeLes droits de l’homme contre le peuple (DDB), et Revenir à la nation (J.-C. Godefroy)

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Atlantico : Dans votre ouvrage, vous estimez que "nous devons impérativement renoncer à la religion millénariste des droits de l'homme". Leur mise en avant permanente sur tous les sujets est pourtant critiquée par des intellectuels aussi variés que Marcel Gauchet, Pierre-André Taguieff, Eric Zemmour, Jean-Claude Michéa, Régis Debray, ou encore Pierre Manent, ainsi que par des hommes politiques comme Nicolas Sarkozy et Jean-Pierre Chevènement. Ont-ils réellement aujourd'hui ce statut sacré que vous leur prêtez ? Pourquoi estimez-vous que "la France se trouve mortellement handicapée" par son culte des Droits de l'homme dans "sa confrontation avec l'islam de masse installé sur son sol" ?

Jean-Louis Harouel  : L’actuelle existence d’une religion des droits de l’homme – qualifiée selon les cas de religion civile ou de religion séculière – est un fait avéré qui a été mis en évidence par de nombreux auteurs tels Régis Debray,  François Furet, Élie Wisel ou le très grand juriste que fut le doyen Jean Carbonnier. Avatar de la religion de l’humanité, la religion des droits de l’homme a remplacé le communisme dans son rôle d’utopie de nature religieuse censée instaurer le règne du bien sur la terre.

Ce sont les droits de l’homme qui sont désormais en charge de la promesse du royaume de Dieu sur la terre, en charge du projet d’une humanité réconciliée grâce à l’instauration d’une société parfaite, au moyen de la mutation du monde ancien en un monde nouveau entièrement cosmopolite et fondé exclusivement sur les droits des individus.

Dans un livre récent – The last Utopia (2010) –, l’historien américain Samuel Moyn a confirmé que l’hégémonie de l’idéologie des droits de l’homme depuis les dernières décennies du XXe siècle s’est édifiée sur les ruines des idéologies révolutionnaires. C’est de l’implosion des utopies antérieures qu’est née la "dernière utopie" que sont les droits de l’homme comme norme suprême instauratrice d’un monde meilleur. Aussi bien cet auteur marque-t-il bien la différence entre d’une part l’actuelle conception des droits de l’homme qui est inspirée par une compassion cosmique indifférente aux États et aux nations, et d’autre part la conception classique les droits de l’homme, celle des déclarations américaines et française de la fin du XVIIIe siècles qui établissaient avant tout les droits individuels des citoyens au sein d’États-nations démocratiques en formation. Il observe d’ailleurs que ces deux conceptions ont été exprimées en langue anglaise par des appellations différentes : rights of man pour les droits individuels reconnus aux citoyens en 1776 et 1789 ; et, pour les droits de l’homme tels qu’ils se sont imposés dans le second XXe siècle, human rights, terme apparu seulement au cours des années 1940 dans la langue anglaise.

Il est bien évident que la religion des droits de l’homme handicape très dangereusement la France dans sa confrontation avec l’islam de masse installé sur son sol, dès lors qu’elle lui interdit de l’envisager et d’y faire face d’un point de vue politique.

Selon vous, "l'islam rejette l'idée de la disjonction du politique et du religieux, principe d'origine chrétienne né du fameux : "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu" qui a mis des siècles à accoucher de ce qu'on appelle aujourd'hui la laïcité. Le fait que l'islam soit significativement présent dans notre pays depuis quelques décennies seulement n'explique-t-il pas les difficultés que rencontre encore cette religion en la matière ?

Si les musulmans de France avaient subi ne fût-ce qu’un dixième de ce qu’ont subi les catholiques de la part de la République, ils seraient assurément en droit de se plaindre. L’islam comme religion de masse n’est certes présent en France que depuis quelques décennies, mais il y a été traité avec une bienveillance, une sympathie et des ménagements qui tranchent absolument avec l’hostilité, la brutalité et la dureté dont l’État a fait longtemps preuve envers la religion catholique.  

Vous écrivez que "bien des personnes de confession ou d'origine musulmane ne se sentent nullement ennemies de la France, mais l'islam en tant que corps de doctrine l'est bel et bien". L'intégration des musulmans passe-t-elle par un abandon de leur religion ? Sinon, quelle alternative imaginez-vous ?

La condition pour que l’islam ne nuise pas trop gravement à la France est qu’il soit ressenti et pratiqué d’une manière conforme à la conception de la religion ayant cours dans notre pays et plus généralement en Europe occidentale : une croyance transcendante donnant lieu à un culte, et non pas un code de droit civil et pénal s’accompagnant de l’étalage identitaire d’une civilisation antagoniste. Cela implique qu’en France l’islam renonce à sa prétention de régir l’ensemble de la vie sociale et se borne à la sphère privée. Qu’il cesse de vouloir imposer à la France l’affichage identitaire de la civilisation arabo-musulmane. Qu’il mette de coté son arsenal de règles juridiques et de normes sociales, alimentaires, vestimentaires et autres.

Vous estimez que "notre système juridique des droits de l'homme, avec son obsession de la non-discrimination dont profitent abondamment les musulmans, prépare paradoxalement la domination d'un système juridico-divin fondé sur les discriminations". A quoi tiendrait ce paradoxe selon vous ?

Dans la mesure où ils favorisent le succès des revendications musulmanes, les droits de l’homme contribuent à la montée en puissance de l’islam en France. Or l’islam est structurellement ultra-discriminatoire. Dans le code de droit que contient la Charia, figure une triple discrimination : discrimination à l’encontre des non-musulmans ; discrimination à l’encontre des femmes ; discrimination à l’encontre des non-libres, du fait de la légalité de l’esclavage. C’est ainsi que l’obsession de la non-discrimination qui inspire la religion des droits de l’homme joue paradoxalement en faveur de la progression d’un système juridico-religieux instituant des discriminations sans commune mesure avec celles que traque furieusement le politiquement correct se réclamant des droits de l’homme.

Comme Malika Sorel-Sutter, vous plaidez pour une réduction maximale des flux migratoires extra-européens.  La maîtrise des frontières est-elle encore possible dans le cadre de l'Union européenne et de la mondialisation ? Par ailleurs, que vous inspire le concept de "remigration" ? 

Il est vital pour la France et les autres pays européens de revaloriser l’idée de frontière. On ne peut pas faire comme si l’humanité était politiquement unifiée. Si la maîtrise des frontières est impossible dans le cadre de l’Union européenne, elle se réalisera au niveau national. C’est d’ailleurs ce qui est en train de commencer à se produire en réaction au déferlement de l’immense mouvement d’immigration encouragé par la réaction irréfléchie de l’actuelle chancelière d’Allemagne.

Mais l’essentiel est de mettre fin à l’appel d’air permanent qui attire en Europe par millions les immigrants d’origine extra-européenne. Pour cela, il faut résister à la religion des droits de l’homme et restaurer la discrimination fondatrice de l’idée de cité : celle qui traite différemment le citoyen et le non-citoyen, les nationaux et les étrangers. Il faudrait idéalement qu’il n’existe plus d’avantage matériel à pénétrer ou à s’incruster de manière illégale sur le territoire français.

Une réduction importante des flux migratoires n’est envisageable qu’à condition de répudier la notion relativement récente de droits fondamentaux, imposée par la religion des droits de l’homme et dont les grands bénéficiaires sont les étrangers. La survie de la France passe par la renonciation au délire anti-discriminatoire de la religion des droits de l’homme, et par un retour aux droits de l’homme conçus comme protecteurs des citoyens contre le pouvoir, c’est-à-dire aux libertés publiques – centrées sur les seuls nationaux – qui sont notre patrimoine juridique.    

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