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"On ne peut actuellement produire que quelques millilitres de sang, alors que nous avons besoin de 3 millions de don de sang par an".
"On ne peut actuellement produire que quelques millilitres de sang, alors que nous avons besoin de 3 millions de don de sang par an".
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Journée mondiale du don du sang

« Le sang artificiel ne remplacera pas le don »

La France a besoin de 3 millions de litres de dons de sang chaque année. Avec un stock critique de 12 jours d'avance seulement et des besoins toujours grandissants en raison de la croissance de l'espérance de vie, la synthèse artificielle de globules rouges peut apparaître comme la solution miracle. Mais si les progrès sont réels, la révolution n'est pas prévue pour demain.

Bernard David

Bernard David

Bernard David est chargé de mission aux affaires internationales à l'Etablissement Français du Sang (EFS)

 

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Atlantico : Est-on aujourd'hui en mesure de produire du sang artificiel ?

Bernard David : Cela dépend ce que l'on appelle le sang artificiel. Il n'y a pas actuellement de substitut complet et définitif du sang, permettant de remplacer la transfusion des globules rouges, qui transportent l'oxygène.

Actuellement, deux voies sont expérimentées.

La recherche de substituts synthétiques, c'est à dire de molécules qui vont mimer les transports d'oxygène et remplacer la fonction des globules rouges, est explorée depuis maintenant 25 ans, et n'a toujours pas abouti, malgré des programmes de recherche massifs à coups de millions de dollars. Cela ne marche pas car cela ne dure pas longtemps, et c'est toxique, autant à court qu'à moyen terme.

La deuxième voie, qui explorée depuis environ dix ans, ne vise pas à créer du sang artificiellement, mais à produire des globules rouges avec les biotechnologies : on prend des précurseurs de globules rouges dans la moelle osseuse, on les fait se multiplier en laboratoires, et on fait produire des globules rouges. C'est une voie très prometteuse, mais qui reste au niveau expérimental, mais pas industriel. C'est un problème de complexité, de sécurité, mais surtout d'ampleur de la production : on ne peut actuellement produire que quelques millilitres de sang, alors que nous avons besoin de trois millions de don de sang par an.

Cette voie ne verra donc le jour que dans un horizon de cinq à dix ans, et en se cantonnant à des objectifs très précis, comme par exemple les groupes sanguins extrêmement rares, pour lesquels nous n'avons pas besoin de très grandes quantités. L’Établissement Français du Sang (EFS) est très impliqué : notre équipe, dirigée par Luc Douay, est l'une des deux seules au monde maîtrisant cette technique.

On peut toujours rêver d'avoir des révolutions technologiques permettant une exploitation massive de cette technique, mais pour le moment, cela ne débouche absolument pas sur un remplacement de la transfusion, qui reste un outil médical imparable : on travaille d'ailleurs beaucoup sur de nouveaux moyens de sécuriser les dons de sang. On ne va pas attendre 10 ans une révolution qui ne viendra peut-être jamais. Le don du sang, au moins, il est sûr !

Quels sont les autres progrès technologiques en cours ?

Des techniques d'inactivation des produits sanguins existent déjà. Il s'agit de traitements physiques et chimiques qui éliminent tous les risques de transmission de pathologies. Cette technologie est disponible pour tous les médicaments dérivés du plasma, et désormais pour le plasma lui-même, c'est à dire le sang offert par les donneurs, qui est désormais intégralement traité grâce ces procédés.

En revanche, ces procédés ne sont pas encore applicables à l'intérieur des cellules sanguines, car elles les détruisent. Mais ça progresse, et on a de bons espoirs de trouver des méthodes d'inactivation des agents pathogènes dans cinq à dix ans.

Il n'y a pas de révolution pour demain. Dans les cinq ans à venir au minimum, on a donc des besoins en dons de sang toujours croissants, avec l'augmentation de l'espérance de vie. Quand l'âge augmente, on consomme plus de produits sanguins, mais on en donne moins !

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