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Le stade français a connu des jours plus glorieux, comme ici en 2007.
Le stade français a connu des jours plus glorieux, comme ici en 2007.
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Stade Français en quête

La fin du Stade Français ?

Le Stade Français, menacé de relégation, doit trouver plusieurs millions d'euros pour combler son déficit. Les dirigeants du club ont porté plainte pour escroquerie visant son repreneur canadien.

Philippe Verneaux

Philippe Verneaux

Philippe Verneaux est journaliste sportif et auteur de L'argent dans le sport (2005, Flammarion). Il anime le blog sportmood.fr.

 

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Impensable. Aucun autre club de rugby en France, en Europe, voire dans le monde n’a suscité un tel engouement populaire ni fait autant saliver par ses audaces que le Stade Français. Et pourtant, le club parisien est passé en l’espace de quelques mois seulement de la gloire et de l’opulence à l’aumône. Depuis la subite faillite de sa régie publicitaire (Sportys) et la toute récente et rocambolesque affaire de sa recapitalisation, le Stade Français n’est rien moins qu’en virtuelle banqueroute.

Jeudi, en sortant d’un rendez-vous impromptu chez la ministre des Sports, Chantal Jouanno, Max Guazzini, le-très-catholique (il ne s’en cache pas), a confirmé l’incendie de la paroisse et sollicité explicitement la générosité publique pour sauver ce qui pouvait l’être : « Tout le monde peut venir aider le Stade Français… » Une posture qui reflète l’exceptionnelle gravité de la catastrophe.  Le président parisien sait en effet mieux que personne que les jours de son club sont peut-être comptés. Lundi, la pointilleuse et terrible DNCG, si elle ne reçoit pas les garanties formelles qu’elle exige, pourrait annoncer la pire des pires nouvelles, l’interdiction pour le club treize fois champion de France d’évoluer dans le monde professionnel…

Max Guazzini, tout le monde le reconnaît y compris au sein de ses contradicteurs les plus acharnés, a modifié le paysage du rugby français en le dépoussiérant de fond en comble. Au point que le modèle de fonctionnement parisien s’est étendu de tous côtés, multipliant à l’envi l’audience et les ressources financières d’un rugby qui était jusque-là retranché dans sa petite cuisine où il mitonnait son bon vieux « cassoulet ».

Guazzini a laissé les clés à Laporte !

Alors, comment l’avenir qu’on lui promettait toujours aussi rose que son maillot malgré les déboires sportifs des deux ou trois dernières saisons s’est-il autant assombri à Paris en si peu de temps ? Après le trou béant de cinq millions d’euros laissé par Sportys, Guazzini a tenté précipitamment de se rétablir en effectuant une double pirouette. Combler ce déficit et en même temps amener de quoi (sept millions) assurer un nouvel élan à ce club dont il ne peut concevoir qu’il soit un jour médiocre. Mais, fourbu par tant d’années de combats - à NRJ d’abord puis du côté de Jean-Bouin - dont les issues se faisaient de plus en plus incertaines, Guazzini a laissé les clés à l’un de ses plus vieux complices de la sphère sportive. Le compère, devenu l’ami, des années de reconstruction, Bernard Laporte, ex-ministre, expert du rugby et homme d’affaires et de réseaux, semblait l’homme idéal pour remplir la mission, d’autant que le gendarme financier armait sa matraque.

L’incontestable fibre sentimentale de Guazzini l’avait certainement renforcé dans sa conviction de faire appel à celui-ci et pas à d’autres. Car il avait réellement adopté Laporte comme un fils au temps des premiers succès au milieu des années 1990. Celui qui fut alors l’entraîneur du Stade Français le dit clairement dans son livre, Le rugby m’a fait homme, paru en 2007 : « Max m’a éduqué, m’a aidé à me réaliser ».

Laporte prend donc l’affaire à cœur d’autant qu’il vient de subir un revers avec Bayonne. En trois semaines à peine, Laporte va conclure un montage aussi spectaculaire que sidérant. Et se lier à un affairiste canado-haitien, Job Ariste, dont l’entreprise-proue, la FACEM, sise à Montréal, et qui devait apporter douze millions d’euros à la nouvelle structure du Stade Français, ne possédait en fait pas le plus petit centime sur ses comptes. Max et Bernard, pourtant prévenus par nombre d’observateurs de tous bords y compris hostiles , ont fini cette semaine par chausser les bonnes lunettes. Et découvrir le pot aux roses. Ariste, et ses sbires, tous trois en garde à vue depuis le dépôt de plainte de Guazzini et Laporte, les avait non seulement abusés mais bien sûr escroqués, s’engouffrant au passage 180 000 euros que Laporte, à l’inénarrable naïveté, lui avait discrètement versés en croyant s’assurer un retour de mise.

Il reste quelques heures au Stade Français pour rallumer la lumière et remplir le coffre. Les âmes charitables ne manqueraient pas sur le parvis, comme Serge Kampf, éternel magnat de l’ovalie, possible pourvoyeur d’une obole d’un million. Les autres donateurs pourraient, eux, fixer quelques conditions moins caritatives. Comme les investisseurs réunis par l’Anglais de Paris, Richard Pool-Jones, l’ancien joueur parisien, prêts au bon geste depuis des mois mais dont on avait gentiment refusé la proposition avant la venue de Laporte… A Paris, on est en vraiment en quête.

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