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Des travailleurs médicaux effectuent un test sérologique avant l'injection d'un vaccin Moderna contre le Covid-19 à Mérignac, le 9 décembre 2021.
Des travailleurs médicaux effectuent un test sérologique avant l'injection d'un vaccin Moderna contre le Covid-19 à Mérignac, le 9 décembre 2021.
©PHILIPPE LOPEZ / AFP

Des symptômes moins alarmants

Rhume, angine ou Covid ? Les symptômes du variant Omicron rendent la distinction plus difficile sans test

Les symptômes classiques du Covid, tels que la perte d’odorat, sont moins courants avec le nouveau variant

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Atlantico : Une analyse des cas survenus à Londres, où Omicron se développe le plus rapidement, ainsi que des données préliminaires sud-africaines ont révélé que les signes les plus courants du virus entre le 3 et le 10 décembre étaient un écoulement nasal, des maux de tête, de la fatigue, des éternuements et un mal de gorge, soit des symptômes similaires à ceux d’un rhume classique. Les cas de pertes de goût et d’odorat seraient également en forte baisse. Comment expliquer de tels changements de symptômes ? A quel point ces analyses sont-elles solides ?

Antoine Flahault : Il faut se rappeler que les premières séries rapportées de Chine disaient que les enfants n’étaient pas contaminés par le coronavirus et qu’ils ne jouaient aucun rôle dans la transmission. Des scientifiques avaient même échafaudé des hypothèses sur l’immunité possible des enfants due à d’autres coronavirus. On voit aujourd’hui que non seulement il n’en est rien, mais que de plus, les hospitalisations des enfants pour Covid-19 atteignent des records.  On a aussi soutenu au début de la pandémie que les femmes enceintes n’étaient pas à risque, avant de les classer désormais comme prioritaires pour la vaccination en raison d’un sur-risque clairement observé chez elles et pour leur fœtus. La symptomatologie rapportée à partir des premières séries de cas britanniques et sud-africaines d’Omicron est donc très probablement sujette à évoluer avec le temps. Les premiers cas rapportés lors d’une émergence virale - et c’est la situation que l’on rencontre lorsqu’un nouveau variant émerge - surviennent le plus souvent dans un segment de la population constitué de gens jeunes, actifs, en pleine santé, parfois ayant voyagé récemment (ce qui sélectionne aussi des personnes en bonne condition physique), très interconnectés, peut-être même bien vaccinés, bref plutôt le profil de ceux qui ne font pas d’emblée des formes graves. La symptomatologie de la Covid-19 est depuis qu’on la connaît essentiellement bénigne, celle d’un bon rhume, d’une toux, de maux de gorge, de maux de tête et d’une fatigue. C’est bien celle que nous décrivent les premiers rapports qui nous parviennent avec Omicron. Rien de très nouveau donc. Rien non plus qui soit de nature à laisser espérer que des personnes plus à risque ne feront pas si elles sont infectées des formes parfois plus sévères de l’infection.

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Ces symptômes peu habituels font-ils courir des risques accrus de transmission par un manque d’identification ? Doit-on craindre une baisse du nombre de dépistages et donc une baisse statistique du nombre de cas positifs ? 

On mesure depuis le début de la pandémie que le caractère particulièrement sournois du virus tient paradoxalement à la bénignité de l’immense majorité des tableaux cliniques qu’il provoque. Le SRAS, maladie due à un autre coronavirus très proche de celui responsable de la Covid-19, est un acronyme qui signifie Syndrome Respiratoire Aigu Sévère. C’était une pneumonie redoutable pour celui qui en était infecté (en 2003). Depuis le début de cette pandémie de Covid-19 on ne redoute pas tellement de contracter la Covid-19, tant l’infection est souvent anodine voire asymptomatique. Lorsque l’on a appris que le Président, puis le Premier Ministre avaient été contaminés, peu de médias, peu de politiques ont d’ailleurs fait preuve d’une très grande empathie, peu ont fait état de leur inquiétude. Pour le président américain Trump, la nouvelle de son hospitalisation avait davantage ébranlé les médias, rapidement cependant l’inquiétude avait été dissipée par le patient lui-même. On sait que le virus tue, mais plus à l’image d’une roulette russe que d’une implacable faucheuse.

Existe-t-il toujours des signes caractéristiques au Covid-19 qui pourraient indiquer un cas positif ? Le dépistage est-il le seul moyen d’être fixé ? 

La perte du goût et de l’odorat sont deux symptômes d’une atteinte neurologique causée par le virus. Ils sont assez spécifiques de la Covid-19 car ils restent rarement retrouvés au cours des autres infections respiratoires qui partagent en revanche la plupart des symptômes de l’infection Covid-19. Si bien sûr l’agueusie et l’anosmie ne devaient plus être retrouvés avec Omicron, alors il se peut que la symptomatologie de l’infection bénigne devienne très peu spécifique et nécessite encore plus systématiquement un test pour permettre de poser le diagnostic avec une plus grande certitude.

Ce changement apparent dans les symptômes nous dit-il quelque chose de la virulence du variant Omicron ?

Un récent travail de l’Imperial College de Londres a comparé 15’000 cas infectés par le variant Omicron à 120’000 cas d’infection au variant Delta (https://twitter.com/flahault/status/1471894652961927174?s=21). Malheureusement, cette étude ne confirme pas de moindre sévérité associée au variant Omicron. Il faudra encore attendre quelques jours pour préciser la virulence d’Omicron, mais les Britanniques qui ont la plus importante expérience de ce nouveau variant ne portent pas à l’optimisme à ce sujet.

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