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Recommencer les municipales à zéro

Bien que prévisible, le constat sonne comme un choc : partout en France, où presque, l’abstention a battu des records lors du premier tour des élections municipales, organisé dimanche 15 mars en pleine pandémie de coronavirus.

Avec une abstention record (55 % soit près de 20 points de plus qu’en 2014 et plus du double de ce qu’elle avait été en 1977 et 1983), les résultats du premier tour des élections municipales n’ont strictement aucun sens. Les injonctions contradictoires de l’Exécutif ont brouillé les repères : comment expliquer, rationnellement, que les Français ne pouvaient plus se rendre au café ou à la messe mais qu’ils étaient, dans le même temps, invités à aller glisser un bulletin dans l’urne ? Dans ces conditions, il était prévisible que nombre d’entre eux ne feraient pas le déplacement à l’isoloir. Et, ce, d’autant plus que les listes étaient, dans de très nombreux cas, sans étiquette et donc assez difficilement identifiables du point de vue idéologique : les électeurs désirant envoyer un message national à l’occasion de ce vote local se sont donc démobilisés.

L’habituelle prime au sortant a encore été renforcée quels que soient, d’ailleurs, le camp politique, de droite, de gauche, modéré ou extrême. Les électeurs qui se sont déplacés ont choisi la continuité, ont préféré éviter un changement d’équipe municipale dans ces temps de crise sanitaire. Précaution assez logique mais qui dilue encore plus la lisibilité des résultats. Qui peut croire un instant à la parfaite sincérité sinon des votes exprimés du moins du vote dans sa globalité, de sa représentativité réelle ? En raison de l’ambiance délétère dans laquelle le scrutin s’est déroulé, de l’abstention décuplée et de la prime au sortant renforcée, il est raisonnable de douter de la réelle adhésion du corps électoral aux résultats du premier tour des municipales.

Cela est préoccupant car à la crise sanitaire pourrait s’ajouter un renforcement de la crise politique de plus en plus éclatante depuis plusieurs années. En effet, avec la présidentielle (où les orientations politiques nationales sont pliées grâce au phénomène majoritaire lors des législatives qui suivent), les municipales sont les élections qu’affectionnent le plus les Français. Parce qu’il s’occupe concrètement du bien commun quotidien, le maire est la seule personnalité politique encore appréciée des électeurs et vis-à-vis de laquelle ils ont le moins de défiance. Aussi, des municipales gâchées, c’est une part importante de la cohésion politique du pays qui part en lambeaux.

Les chefs des partis politiques ont, dans cet échec, une lourde responsabilité. Prenant d’ailleurs en otage les très nombreux candidats non affiliés à une formation partisane, ils ont poussé au maintien des élections, espérant profiter de la faiblesse du parti du président de la République (peu implanté localement) et tirer les marrons du feu à leur profit. Mais, dès dimanche soir, ils ont retourné casaque, appelant l’Exécutif à repousser le second tour (un décret devra être suivi du vote d’une loi), tout en validant les résultats du premier. Lamentable spectacle politicien maladroitement dissimulé sous les oripeaux de la responsabilité et du souci de la santé publique. Ils n’ont d’ailleurs pas pris beaucoup de risques tant tout le monde ou presque dans le milieu politique et journalistique savait, dès dimanche après-midi, que le confinement général de la population interviendrait très rapidement et donc entre les deux tours. Le second tour n’aura pas lieu le 22 mars comme cela était initialement prévu : à l’heure où ces lignes sont écrites, lundi 16 mars dans la matinée, plus personne n’en doute.

    Mais, que faudra-t-il faire pour reprendre le processus démocratique ? Légalement, les deux tours des municipales ont lieu à huit jours d’intervalle. Repousser le second tour implique, normalement, d’annuler le premier. Si tant est que les politiques en décidaient autrement, il y aurait un second tour plusieurs mois après le premier : au mieux fin juin (trois mois après), plus vraisemblablement en septembre (six mois après), peut-être en mars 2021 en parallèle des départementales (douze mois après).

Est-il raisonnable, dans ces conditions, de geler les résultats du premier tour et de les conserver dans le formol ? Hibernatus au pays des politiciens ! Coûte que coûte, ils veulent durer et s’imposer. Peut-on sérieusement avancer que l’opinion réelle des Français sera respectée s’ils ne peuvent se prononcer que sur la base d’un premier tour où nombre d’entre eux, craignant légitimement pour leur santé et celle de leur proches, ont renoncé à s’exprimer ? Franchement, faut-il répondre explicitement à ces interrogations ? Quant aux listes qui ont obtenu, dès le premier tour, la majorité absolue des suffrages exprimés, auront-elles le temps d’élire le maire avant le confinement général ? Il est possible d’en douter. Et auront-elles vraiment un intérêt politique à tirer, pendant six ans de mandat, le boulet d’avoir été élue le 15 mars en pleine expansion de l’épidémie ? Il y aura les maires normaux élus une fois la crise surmontée et il y aura les maires coronavirus, élus dans de mauvaises conditions et donc politiquement affaiblis.

    Les municipales de mars 2020 : un flop monumental dû à l’orgueil et l’inconscience des politiques de partis, une élection à refaire entièrement, un processus électoral à reprendre depuis le début avec de nouveaux dépôts de candidatures.

 

Guillaume Bernard, Maître de conférences HDR (ICES), Professeur associé (Université Laurentienne) ; dernier ouvrage paru : La guerre à droite aura bien lieu, Le mouvement dextrogyre, DDB, 2016.

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