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Stephanie Matto, une star de TikTok, vend ses pets en NFT.
Stephanie Matto, une star de TikTok, vend ses pets en NFT.
©Justin TALLIS / AFP

Jetons non fongibles

Quand une star TikTok qui vend ses pets en flacon se met à vendre des pets NFT, est-ce que ça sent la bulle ?

Un vieil adage boursier prétend que lorsque les chauffeurs de taxi et les cireurs de chaussures échangent des tuyaux sur la bourse, c’est qu’un krach est en vue… En serions-nous là pour les NFT ?

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : 2021 a été d’une certaine manière l’année des Non Fungible Token (NFT), les grandes entreprises se lançant dans les NFT sont nombreuses. La question de la bulle que représente ou non les NFT a été posée à de nombreuses reprises. Quels sont les éléments qui accréditent cette idée ?

Michel Ruimy : Une bulle spéculative naît d’un événement économique novateur en forte discontinuité avec le passé. D’une manière générale, elle se définit comme une augmentation durable et auto-entretenue de l’écart entre le prix et la valeur fondamentale d’un actif. Il est toujours difficile d’analyser les signes avant-coureurs d’un phénomène alors que celui-ci se développe. Nous sommes sûrs qu’il s’agissait d’une bulle que lorsque celle-ci a explosé.

Au cours des derniers mois, les NFT ont vu leur prix vivement progresser pour la nouveauté qu’ils incarnent : certifier la propriété d’une chose ou son authenticité est désormais un usage à forte valeur ajoutée. Réelle révolution car il n’a jamais été aussi simple, aujourd’hui à l’ère numérique, d’acquérir un produit (œuvre d’art, image, musique…) sous format numérique et d’en garantir son authenticité.

Déjà, Breitling a annoncé que chacune de ses montres serait dorénavant vendue avec un certificat d’authenticité sous forme de NFT au motif que la certification cryptographique était bien plus fiable que celle papier. Demain, ces cryptoactifs seront maisons, objets… et seront la clé de voûte des futurs univers numériques (métaverses), déjà en pleine explosion (Cf. Decentraland, The Sandbox, futur Meta de Facebook).

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La volatilité est le talon d’Achille de tout l’écosystème cryptographique, si nous réfléchissons en termes de « conversion fiat ». Les NFT n’échappent pas à cette règle et, dans leur courte histoire, ont déjà connu de nombreux rebondissements, pour le meilleur et pour le pire. Outre leur valeur intrinsèque, leur originalité et leur rareté, leur prix varie selon le jeu de l’offre et de la demande au risque d’une exubérance. La vente d’une œuvre numérique (« Everdays : The first 5 000 Days ») de l’artiste Beeple pour plus de 69 millions USD et d’autres œuvres pour des sommes aussi folles ont ainsi contribué à populariser ce type de marché, mais aussi à la spéculation.

Selon le site spécialisé Protos, le marché serait, pour l’instant, en décroissance. En volume, l’an passé, il est passé de plus de 48 000 ventes / jour en mars à 19 500 à la mi-juin. En valeur, le pic a eu lieu en mai dernier lorsque 102 millions USD de NFT ont été vendus en un 1 jour (contre 19,4 millions USD en une semaine en juin).

On prête à Joseph Kennedy l’adage : « Quand votre cireur de chaussures vous parle d’actions, il est temps de vendre ». Quand une star de téléréalité se lance dans les NFT est-ce le signe que la bulle financière va éclater ?

Au-delà du clin d’œil de Joseph Kennedy, l’éclatement d’une bulle spéculative résulte, dans une perspective historique, de plusieurs caractéristiques : divergence d’opinions entre les investisseurs, augmentation des volumes échangés sur une courte période de temps, perte de contact avec la réalité… Pour y faire face, les mots de Warren Buffet, l’un des plus grands investisseurs du monde, peuvent être d’une grande aide : « Ayez peur quand les autres sont avides, soyez avides quand les autres ont peur ».

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Si certaines célébrités (Messi, Snoop Dogg, David Guetta, Paris Hilton…) ou de grandes entreprises (Coca-Cola, Adidas, Nike, Visa…) se sont investies dans l’industrie du NFT en l’utilisant pour leurs promotions, pour autant, tout et n’importe quoi ne peuvent faire l’objet de NFT (cf. Stéphanie Matto, star de la téléréalité). La valeur artistique se construit dans le temps. Elle est peu corrélée à la valeur financière de court terme.

Dans quelle mesure la perspective de l’éclatement d’une bulle est-elle crédible à court terme ? La bulle éclatera-t-elle tôt ou tard ? Quelles en seraient les conséquences ?

Popularisés par l’annonce de la vente du premier tweet mis en ligne, puis par des ventes successives à plusieurs millions USD et la création de nombreuses plateformes de vente, les NFT se sont arrachés à prix d’or pendant des mois. Après une énorme vague de popularité et l’explosion des prix, ils font aujourd’hui moins l’actualité. La vente du premier sms, à la fin de l’année dernière, n’a rapporté qu’un peu plus de 100 000 USD. Est-ce, pour autant, la fin des NFT ?

Si le marché, extrêmement volatile et avant-gardiste, a perdu de son attractivité, il est toujours là. Il n’est juste plus tout à fait le même. Il effectue sa mue et gagne en maturité. S’éloignant progressivement de l’effet de mode, il se rapproche de l’utilité. A l’instar de l’Internet au début des années 2000, l’éclatement de la bulle des NFT pourrait permettre de développer des modèles économiques plus durables, les acteurs ayant une meilleure connaissance de la technologie. Si aujourd’hui, l’art ne représente qu’une infime partie du marché des NFT, ces derniers mois ont montré toutefois qu’il y a un fort potentiel d’amélioration du statu quo et une potentielle redéfinition de l’art contemporain. Ceci prendra du temps, et se réalisera à travers de bulles et de corrections de marché.

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A court terme, l’émergence d’un « marché de l’occasion » pourrait se retrouver sur toutes les plateformes et, avec le renforcement de sa popularité, sa taille pourrait s’accroître. Le monde de l’art cryptographique, qui a commencé avec la finance et la spéculation, évolue désormais vers une approche plus organisée, avec l’avènement d’expositions, de commissaires et de chercheurs, pour assurer une reconnaissance de la valeur artistique de ces œuvres sur le long terme.

A long terme, il pourrait s’agir de convertir le monde analogique en monde numérique (Dans sa forme la plus simple, il y aura un jumeau numérique de tout afin de pouvoir établir une seconde économie numérique dans le métavers). Tout au long de ce processus, les objets non fongibles seront cartographiés par le biais de la NFT ou de constructions de jetons connexes telles que les jetons sociaux. Ce que nous entendons aujourd'hui par NFT pourrait probablement très peu à voir avec ce que sera le NFT dans 10, 20 ou 30 ans..

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