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Le terrorisme islamiste et le terrorisme intellectuel sont inséparables.
Le terrorisme islamiste et le terrorisme intellectuel sont inséparables.
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Quand l’accusation d'islamophobie n’est que le faux-nez de l’offensive des organisations islamiques internationales pour introduire le délit de blasphème dans les Etats occidentaux

Le terrorisme islamiste et le terrorisme intellectuel sont inséparables. La dénonciation de l’islamophobie est légitime si elle désigne les atteintes aux musulmans en tant qu’êtres humains. Mais elle est une atteinte à la liberté d’expression si elle désigne ceux qui critiquent la religion musulmane. Les démocraties occidentales semblent désarmées et vulnérables face au "totalitarisme vert" qui sait retourner contre elles leur mauvaise conscience et leurs valeurs antiracistes.

Alexandre Del Valle

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient dans des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan), La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) ou bien encore Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde (Editions de L'Artilleur). 

Son dernier ouvrage, coécrit avec Jacques Soppelsa, La mondialisation dangereuse, est paru en septembre 2021 aux Editions de l'Artilleur. 

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D’où vient l’exception islamique en matière de critique ?

Alors que nulle autre religion n’est protégée de la critique dans nos sociétés sécularisées, la rédaction de Charlie, se demandait à juste titre, juste avant les attentats, après avoir été accusée d’islamophobie : "au nom de quoi la religion musulmane devrait, elle, être épargnée" ?

A la question de savoir pourquoi la religion musulmane - pourtant celle qui persécute le plus les membres des autres religions là où elle règne - est exonérée de toute autocritique de fonds et bénéficie d’un traitement d’exception de la part de nos élites politiques et intellectuelles, la réponse est en fait double: si l’islamophobie est plus dénoncée et combattue que toute autre forme de « phobies » anti-religieuse, c’est premièrement parce que les lobbies, Etats et organisations islamiques ne cessent d’exercer des pressions pour dénoncer et faire taire ceux qui critiquent l’islam, et, deuxièmement, parce que l’islam fait plus peur que toute autre religion. C’est là un fait indéniable. Et « les faits sont têtus » comme disait Lénine.

Certes, la violence terroriste et jihadiste est le fait d’une minorité. Et les adeptes du salafisme ne représentent pas tous les croyants musulmans. Loin de là. Mais les actes violents de ces minorités capables d’intimider, frapper, tuer et terrifier de l’Irak jusqu’à l’Australie en passant par la Chine, les Etats-Unis, et même nos villes d’Occident dissuade très efficacement la plupart des comiques, des antireligieux et des blasphémateurs, exceptés justement quelques libertaires barjots prêts à risquer leurs vies comme les Theo Van Gogh, les dessinateurs de Charlie Hebdo, les Houelbecq ou autres Brigitte Bardot ou Oriana Falaci. Mais l’essentiel des responsables politiques, intellectuels ou journalistes ne s’y frotte pas ou plus. Pour la grande majorité des antireligieux d’Occident, il est bien moins risqué d’attaquer l’Eglise catholique et les chrétiens en général. Les plus intégristes des fidèles du Christ font d’ailleurs pâle et tiède figure et ils paraissent bien inoffensifs face aux moins fous des islamo-terroristes.

Vers le rétablissement de facto du délit de blasphème ?

Le délit de blasphème a été définitivement aboli au XIX ème siècle en France. Dans le reste de l’Europe ou aux Etats-Unis, sociétés certes moins laïques que la France  anticléricale, le délit de blasphème n’est également qu’un vieux souvenir. Depuis des décennies, le fait de caricaturer les Prophètes, les Papes, les prêtres, les bonnes sœurs, les moines ; le fait de blasphémer sans limites et même d’insulter les religieux, en particulier ceux de l’Eglise catholique, est plus que toléré dans nos démocraties.

Depuis des décennies, insulter, ridiculiser Jésus, la Vierge Marie, les Saints, et même Abraham ou Moïse est de mise. Et personne n’est plus condamné, ni même sermonné pour cela par ceux qui fustigent en permanence « l’intolérance » de l’Ancien testament ou les « guerres saintes » de la Chrétienté. Mais gare à ceux qui osent critiquer la violence du Coran et de la Charià… Car l’esprit d’autocritique, de rigueur à propos du christianisme, est bien moins partagé en matière d’islam. Les grands responsables musulmans d’Occident et d’Orient ne le tolèrent en effet ni de la part de leurs fidèles ni de la part des « mécréants », continuellement sommés de dénoncer l’islamophobie et même de dire du bien de l’islam (mythes d’Al Andalous qui cohabitait en paix avec les juifs et les chrétiens ; mythes de la supériorité de la « science arabo-musulmane », etc) ; Mieux, même lorsque explosent des bombes au nom de l’islam ou qu’un jihadiste tue au nom du Prophète ou du Coran, les responsables musulmans crient à l’amalgame et à l’islamophobie au lieu d’engager une réforme de l’islam et de désacraliser les pans entiers de la loi islamique qui justifient hélas la violence. Ceci n’est pas l’observation des « islamophobes », mais des musulmans réformistes et libéraux eux-mêmes, à l’instar de Souheib et Ghaleb Bencheick, d’Abdel Wahhab Medeb ou de Mohamed Charfi ou leur prédécesseur Abdel Razeq, le grand théologien-savant d’Al-Azhar qui fut hélas déclaré hérétique pour avoir osé réclamer un aggiornamento de l’islam dans son livre publié en 1925 « L’islam et les fondements du pouvoir ». Depuis, le monde musulman a jeté le bébé du progressisme et du réformisme avec l’eau de l’anticolonialisme et s’est bloqué puis refermé sur lui-même en refusant toute autocritique.

De son côté, l’Eglise catholique, éprise de mauvaise conscience depuis le Concile Vatican II a renoncé depuis longtemps à exiger le respect du sacré de la part des non-croyants. Elle ne perd pas son temps dans des procès en christianophobie quand bien même celle-ci est parfois manifeste dans nos sociétés désenchantées qui ont mis au pas le Clergé depuis belle lurette. Ainsi, les innombrables profanations de cimetières ou d’églises chrétiennes ne font jamais la une des journaux, pas plus que la christianophobie meurtrière planétaire, bien plus massive et réelle que la supposée « islamophobie » dénoncée par tous. Quant aux nouvelles religions installées en Europe, du sikhisme au boudhisme en passant par le totémisme/animisme africain ou l’hindouïsme, on a jamais vu leurs fidèles fustiger violemment la République ou accuser les pays d’accueil occidentaux d’être « hindouïstophobes » ou « boudhistophobes » ou sikhophobes » sous prétexte que leurs religions seraient critiquées, moquées ou que leurs lieux de cultes (souvent plus précaires que ceux des musulmans) seraient insuffisants ou insalubres. Les militants des droits de l’homme ne cessent de dénoncer le système des castes et l’infériorité des Intouchables permis par l’hindouïsme, mais aucun mouvement hindouïste présent en Europe n’a jamais accusé ceux qui dénoncent l’intolérance hindouïste d’être « racistes ».  Les Hindouïstes sont pourtant eux aussi plus d’un milliard.

Sentiment de persécution et chantage à l’islamophobie : carburants du terrorisme vert et de l’islamiquement correct

Comble de l’ironie antiraciste, alors que les chrétiens victimes d’une christianophobie planétaire croissante souvent criminelle et parfois même génocidaire (Soudan, Irak, Nigéria, Turquie, etc), les pays christianophobes membres de l’Organisation de la Conférence Islamique (Pays du Golfe, Pakistan, Mauritanie, Soudabien n, etc) n’hésitent pas quant à eux à donner des leçons d’antiracisme et de lutte contre l’islamophobie à l’Occident pluraliste qui accorde pourtant sur son sol bien plus de liberté aux islamistes que nombre de pays musulmans eux-mêmes ! (Egypte, Azerbaïdjan, Albanie, Kazakhstan, etc). Rappelons que l’OCI rassemble 57 pays musulmans qui, à de rares exceptions près, persécutent leurs minorités chrétiennes, chiites, ou autres ; interdisent toute égalité religieuse, tout prosélytisme non-musulman tout en oeuvrant à étendre l’islam partout en terre « infidèle ». Même des  pays apparemment tolérants (Maroc) ou sécularisés (Tunisie ; Turquie, etc) interdisent formellement aux musulmans de choisir une autre religion. Ces pays n’ont pas de complexe à financer dans nos démocraties des associations souvent franchement intégristes, comme les structures des Frères musulmans, du Tabligh, (qui a formé nombre de futurs fanatiques dans nos pays depuis les années 1980, dont les jihadistes de Lunel partis récemment en Syrie), la Ligue islamique mondiale, pilotée par l’Arabie saoudite, ou le Milli Görüs turc, proche du parti de R C Erdogan et du Hamas, etc.

Totalement décomplexés, ces pays qui persécutent ou maltraitent officiellement leurs minorités religieuses ont comme objectif théocratique d’instituer partout dans le monde depuis les années 1980 et au sein de l'ONU une pénalisation de la « diffamation des religions », autre façon de désigner le "délit d’islamophobie, assimilant ainsi toute critique de l’islam à une forme de racisme ‘islamophobie’ et de diffamation pénalement condamnable. Bref, un retour de la censure et du délit de blasphème.

Résultat, les pays européens ont été sommés depuis des années de se soumettre à l’islamically correctness. Créé en 2003, l’action du Collectif contre l’Islamophobie en France est à cet égard un cas d’école du lobbying islamiste visant à faire taire la critique de la religion musulmane ou même de l’islamisme radical. Le CCIF s'inspire de l'idéologie des Frères musulmans. Aux côtés du MRAP ou d’autres officines soi-disant antiracistes d’extrême gauche qui ont d’ailleurs diabolisé Charlie Hebdo en l’accusant de racisme islamophobe, le CCIF recense les « actes d’islamophobie » à partir des dépôts de plaintes et des signalements puis exerce une mission d'assistance juridique auprès des « victimes », dont par exemple les femmes refusant d’ôter leur voile en lieux publics, etc. Reconnu d'intérêt général en juin 2011, le CCIF est membre consultatif du Conseil économique et social des Nations unies. En juillet 2004, il a qualifié d’acte « islamophobe » la « fermeture d'une école coranique à Grisy-Suisnes » qui avait pourtant été ouverte illégalement et dont la fermeture était motivée par l’agression de 3 journalistes par quatre personnes, dont son directeur, Mohamed Hammami, entre temps expulsé en 2012 suite à des prêches incitant au Jihad et à la haine envers les Juifs... En octobre 2006, le CCIF s’était également indigné d'un « rassemblement de personnalités à Lyon contre la venue de Hani Ramadan », frère de Tarik Ramadan, et qui a tout de même justifié les châtiments corporels et la lapidation …

Victimisme et terrorisme intellectuel

Cette stratégie visant à qualifier « d’islamophobe » les résistances au fascisme vert n’est pas nouvelle. Elle a été favorisée à la fois par le lobbying des pays musulmans au niveau international à partir de l’OCI et des Nations Unies (maintes tentatives de faire adopter des résolutions condamnant la « diffamation des religions » et l’islamophobie), puis par la peur généralisée provoquée par tant d’attentats islamistes et scandales médiatico-politiques fomentés depuis la fin des années 1980 (fatwa mondiale contre L’auteur des Versets sataniques, Salman Rushdie ; attentats de 1995-1996 à Paris, du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis; de Madrid (gare d’Atocha) et de Londres en 2004-2005 ; assassinat du « blasphémateur » Théo Van Gogh en Hollande ; représailles mortelles dans le monde suite aux premières publications des caricatures de Mahomet au Danemark ou au discours « islamophobe » (pourtant équilibré) du Pape Benoist XVI à Ratisbonne ou encore, en 2013, du film sur la vie de Mahomet qui motiva l’assassinat de l’ambassadeur américain en Libye, etc.

Le résultat de cette stratégie tantôt médiatique ou diplomatique et tantôt terroriste visant à supprimer la liberté d’expression en matière d’islam a d’ailleurs été plus qu’efficace : marqué par les attentats islamistes de 1995-1996 et les menaces du GIA contre sa personne, l’ex-président Jacques Chirac avait fermement condamné de la publication par Charlie Hebdo des caricatures en Conseil des ministres. Son ancien Premier ministre Alain Juppé, avait jugé sur France 2 "irresponsable" la publication de caricatures de Mahomet. Sur son blog, lui qui n’a jamais pris de gants avec l’Eglise catholique écrivait, le 7 janvier 2015 : l’'islamophobie est un péril mortel", relayant en cela l’offensive du CFCM (culte musulman en France) et de l’OCI. Quant au Pape Benoist XVI qui avait simplement demandé aux musulmans de réconcilier raison et foi puis affirmé que rien ne justifie que l’on tue au nom de Dieu, prenant la peine de distinguer entre musulmans modérés et extrémistes, l’essentiel de la classe politique européenne qui n’avait d’ailleurs pas lu son discours de haute volée intellectuelle l’avait condamné…

La politique d’apaisement de l’Occident et le "vrai amalgame"

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, depuis le 11 septembre 2001, et alors même que les leaders musulmans du monde entier se plaignent que l’on associe trop souvent l’islam au terrorisme, les médias et politiques occidentaux n’ont jamais autant vanté les bienfaits de « l’islam religion d’amour » et dénoncé l’islamophobie, de sorte que l’on a jamais autant parlé en bien de cette religion dont aucune autre ne bénéficie de pareilles professions de foi bienveillantes. Barak Obama et Hillary Clinton eux-mêmes ont été vanter les bienfaits de l’islam religion de science et de tolérance lors du fameux discours du Caire de 2009 ou carrément dans des spots publicitaires diffusés en boucle dans les télévisions du Pakistan pour rassurer les autorités de ce pays qui persécute pourtant sans complexe ses propres minorités chrétiennes, soufies et chiites…

Certes, il est indéniable que dans l’opinion publique l’islam est souvent associé au terrorisme, mais cela n’est jamais le fait des pouvoirs publics occidentaux et même des médias, mais avant tout des fanatiques barbus qui tuent ou persécutent dans mains endroits du monde au nom d’une religion qu’ils souillent.  Ils sont les seuls vrais responsables de cet état de fait, et, avec eux, tous les responsables religieux musulmans qui ne dénoncent pas sans ambiguité les sources chariatiques et coraniques de la violence islamique hélas encore enseignée officiellement à Al Azhar, en Arabie saoudite et dans la plupart des centres sunnites orthodoxes de formation religieuse. 

L’amalgame à rebours

Malgré cette réalité indéniable que dénoncent tous les musulmans éclairés, et malgré la progression de l’intégrisme islamiste dans ses versions soft ou jihadistes en Europe, et même après les attentats perpétrés contre des soldats français et des enfants juifs par Mohamed Mérah en 2012 ou par les frères Chouaki et le jeune Coulibaly contre Charlie Hebdo et un supermarché casher en janvier 2015, la condamnation de l’islamophobie - et donc de la critique des sources théologiques de l’intolérance islamiste – s’intensifie. En dépit des marches anti-terroristes et des indignations de nos dirigeants qui jurent au nom de « Je suis Charlie » qu’ils ne cèderont pas sur la liberté d’expression et le droit de caricaturer, chacun réfléchit désormais à deux fois avant de récidiver dans le blasphème ou la critique... Et depuis les attentats barbares de Paris, les membres de l’Intelligentsia assortissent leurs déclarations de soutien aux victimes de Charlie de professions de foi islamophiles consistant à mettre sur un même plan de simples propos islamophobes et des meurtres ignobles commis au nom de la barbarie verte… D’autres ont même cru bon de d’affirmer que les catholiques traditionnalistes du mouvement Civitas étaient « pareil » que les terroristes islamistes…  ou qu’il y a « des malades et des intégristes des deux côtés ».

La réside l’insupportable amalgame qui consiste indirectement à trouver des circonstances atténuantes aux barbares en les assimilant à nos simples populistes ou nos intégristes. L’autre facette de cet « amalgame à rebours » consiste à dire : « nous étions barbares nous aussi au Moyen Age », ou « les Croisés n’étaient pas mieux », ou encore « nous les avons colonisés », etc… Mais les faits s’imposent et ce qui compte est le présent, pas le passé, car nous ne pouvons agir que sur le passé et l’honneur de l’Occident est d’avoir fait son autocritique et d’avoir mis hors la loi le fanatisme idéologique violent. Ainsi, quoi qu’on pense de « nos » intégristes ou populistes d’aujourd’hui, les cathos traditionnalistes de Civitas, les intégristes juifs, protestants, de même que les partis populistes européens autorisés ne commettent pas d’attentats aveugles dans nos villes. Ils ne massacrent pas au nom de leurs croyances et ils ne convertissent pas de force ni ne s’en prennent aux « infidèles » dans les écoles ou les supermarchés.

La stratégie islamiste est rodée et d’une extrême efficacité : les doléances obscurantistes et communautaristes hostiles à l’intégration et au vivre ensemble sont parées des oripeaux du « droit à la différence » et de l’antiracisme…

La tentation de la « politique d’apaisement » que déplorait Churchill face au nazisme s’observe depuis des années dans la vieille Europe et même aux Etats Unis où l’on ose plus nommer l’ennemi par son nom. Ainsi, les terroristes de l’Etat islamique n’auraient rien à voir avec l’islam », bien que leur Calife soit un docteur de la Loi musulmane, un descendant du clan du Prophète, et bien que les Frères musulmans irakiens, nombre de tribus sunnites irakiennes et syriennes puis la prestigieuse Confrérie soufie de la Naqshbandiyya l’aient rejoint… Nos Jihadistes français et européens convertis ou issus de l’immigration, certes parfois très peu formés en matière d’islam et pas vraiment pratiquant exemplaires, n’auraient « rien à voir avec l’islam ». Ils n’ont certes rien à voir avec l’islam tolérant, mais ils massacrent bel et bien au nom de « Allah Ouakbar » après avoir suivi les consignes et appels à la haine de prédicateurs islamistes armés de fatwas et de sourates coraniques et qui appellent à tuer les Juifs, les "apostats", les "Infidèles".

Le jihadisme n’aurait rien à voir avec l’islam, oui mais…

Pour pouvoir affirmer que le jihadisme d’ici ou d’ailleurs n’a rien à voir avec l’islam, il faut tout d’abord se désolidariser non seulement des sourates de violence (qital, jihad) qui, hélas, n’ont jamais été déclarées caduques par les 4 écoles juridiques de l’islam, puis des pays musulmans qui diffusent une lecture totalitaire de l’islam, à commencer par l’Arabie saoudite et le Qatar. Mais tant que de nombreux prédicateurs liés à des organisations et des Etats islamistes radicaux qui s’appuient hélas sur le Salafisme, issu du très officiel wahhabisme/hanbalisme en vigueur officiellement en Arabie saoudite, il sera très difficile d’affirmer rationnellement que le jihadisme salafiste n’a RIEN à voir avec l’islam. Car cette doctrine théocratique fondée sur des traditions bédouines et obscurantistes est en vigueur dans la plupart des pays du Golfe ou au Pakistan ou au Soudan et pas seulement au sein de l’Etat islamique (Da’ech) ou des cellules de la nébuleuse d’Al Qaïda. Cet Islamisme sunnite salafiste est promu et sponsorisé par le "Vatican de l’islam" qu’est l’Arabie saoudite, laquelle contrôle les deux lieux saints de l’Islam, La Mecque et Médine. Or ceci a bien " quelque chose à voir avec l’islam". Jusqu’à preuve du contraire, ceux qui disent que les jihadistes n’ont " rien à voir avec l’islam" ne boycottent pas ces lieux saints contrôlés par les wahhabites saoudiens ni les grandes institutions internationales (Ligue islamique mondiale ; OCI, qui ont pignon sur rue en terre d’islam et en Europe) armées des pétrodollars saoudiens qui distillent le totalitarisme islamiste partout dans le monde en toute légalité et qui ont même aidée et financé Al Qaïda et Da ‘ech… Il serait donc temps d’enclencher un vrai effort de réforme, d’autocritique et de remise en question au sein de l’islam au lieu de dénoncer la seule islamophobie des non musulmans et " l’amalgame".

En guise de conclusion

A l’évidence, l’islamisme jihadiste n’a pas surgi de nulle part. Il ne vient ni du bouddhisme, ni du judaïsme, ni de l’hindouisme, ni du christianisme. Il vient de l’islam sunnite et plus précisément d’un courant salafiste/hanbalite/wahhabite précité qui est hélas dominant et officiel dans les pays sunnites du Golfe. Il n’a jamais été dénoncé dans ses fondements théologiques et sources canoniques par ceux qui contrôlent les lieux saints (haramaïn) de l’islam, à commencer par cet étrange pays producteur de fanatisme qu’est l’Arabie saoudite. Contrairement à ce que laisserait croire la vulgate tiersmondiste ou antisioniste ambiante, le jihadisme salafiste n’est pas une simple « réaction » à l’injustice des « satans » Israël ou Etats-Unis, ou de « l’impérialisme occidental ». Il est d’abord une « maladie qui gangrène le corps même de l’islam » comme l’a courageusement écrit le mufti de Marseille et grand savant musulman Soheib Bencheikh. Ce totalitarisme obscurantiste sévit depuis des siècles déjà au sein du corps souffrant de l’islam, c’est-à-dire bien avant la création même des Etats-Unis et d’Israël, et avant la colonisation. Il ne vient donc pas « de l’extérieur », mais de l’intérieur de la Oumma, hélas peu habituée à se remettre en question et trop souvent prompte à « jeter le bébé du progressisme avec le bain de l’anticolonialisme revanchard ».

Certes, le totalitarisme, vert, qui poursuit la geste barbare des totalitarismes brun et rouge ne sera pas détruit dans ses fondements théologiques au moyen de bombardements aériens qui tuent tant de civils innocents. Mais rien ne serait plus dangereux que d’exonérer le monde musulman de toute autocritique ou de tout aggiornamento. Ainsi, d’après non pas les « islamophobes » mais plutôt les penseurs du réformisme musulman, seules une « désacralisation » (Abou Zeit, Soheib, Abdel Wahhab Médeb, Mohamed Charfi, Ghaleb et Souheib Bencheikh, etc.) et une remise en cause de certains fondements théologiques de l’islam sunnite pourront permettre de vaincre idéologiquement les trancheurs de gorges jihadistes qui s’appuient (qu’on le veuille ou non) sur des textes coraniques et canoniques parfaitement orthodoxes et jamais réformés et hélas toujours enseignés dans les mosquées des grands pays musulmans adeptes de l’orthodoxie sunnite.

On peut citer parmi les penseurs réformistes les plus connus du monde arabo-musulman l’intellectuel égyptien Saiyed al-Qemny[1], chantre de la pensée « critique » et qui veut réhabiliter (comme Abou Zeit ou Abdel Razeq avant lui) le courant de pensée hétérodoxe (interdit depuis le xe siècle dans le monde sunnite) du mutazilisme, fondé sur le primat de la raison critique. On peut citer également Abdellah Tourabi, directeur de la revue marocaine TelQuel, qui ose dire haut et fort que les musulmans doivent « dépasser leurs réflexes de défense pour affronter la part maudite de la religion[2] ». On peut aussi saluer le courage de Kamel Daoud, qui identifie le corpus idéologique de Da’ech « dans les écoles, les visions démodées et barbares du monde, dans nos convictions et dans nos interprétations ». Daoud ose ainsi affirmer qu’il faut « s’attaquer à la matrice » du fascisme islamiste : « C’est la religion qu’il faut regarder en face, réformer, penser, délimiter, sans culpabilité, sans sentiment d’avoir ‘‘trahi’’, sans violence mais avec force[3]». Quant à Hedi Yamed, rédacteur en chef du site tunisien hakaekonline.com, il se félicite que « pour la première fois, on sort du non-dit », et il appelle à une vaste « révolution culturelle ». On peut mentionner enfin, parmi tant d’autres intellectuels courageux et audacieux suivis par nombre de jeunes blogueurs, l’intellectuelle féministe tunisienne Raja Ben Slama qui déplore : « Depuis son abolition en 1924, les musulmans fantasment le retour du califat. Da’ech est en fin de compte la réalisation d’un rêve qui tourne au cauchemar, où le sacré et le ridicule se tutoient d’une manière tragique. Ce n’est pas l’islam, et c’est en même temps l’islam[4] ».

En réalité, les fanatiques d’Allah sont de loin les plus grands caricaturistes de l’islam et les plus grands responsables de ladite « islamophobie ». Car ces derniers qui accusent en permanence les « mécréants » de « persécuter les musulmans » et de « souiller l’islam » sont aujourd’hui, et à l’échelle planétaire, les plus grands producteurs d’islamophobie, les vrais responsables du fait que la religion islamique inquiète de plus en plus et voit son image de plus en plus associée à la violence, à la guerre et au terrorisme.



[1]Cf. qemni.blog.com.

[2] Voir son éditorial du 5 septembre 2014.

[3] Auteur du roman sélectionné pour les prix Goncourt et Renaudot, Meursault, contre-enquête, Actes Sud, Arles, 2014. Cité in Le Nouvel Observateur, 18 septembre 2014, n° 2602.

[4] In Le Nouvel Observateur, ibid.

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