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Quand Jacques Chirac choisissait Alain Juppé plutôt que Philippe Séguin pour prendre la tête du RPR
©Reuters

Bonnes feuilles

Quand Jacques Chirac choisissait Alain Juppé plutôt que Philippe Séguin pour prendre la tête du RPR

Cette décision de Chirac de faire de Juppé le numéro deux du RPR, en le nommant au poste de secrétaire général du parti gaulliste, ne s’est pas faite simplement..

Dominique Lormier

Dominique Lormier

Dominique Lormier, historien et écrivain, est considéré comme l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire militaire. Membre de l'Institut Jean-Moulin et membre d'honneur des Combattants volontaires de la Résistance, il collabore à de nombreuses revues historiques. Il est l'auteur d'une centaine d'ouvrages.

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Tout comme Jacques Chirac, Alain Juppé est assommé par la défaite du 8 mai 1988. Courant juin, il se rend de nouveau en Grèce pour retrouver une certaine sérénité, d’autant que sa vie de couple bat de l’aile, et que ses relations avec sa fille Marion, en pleine crise d’adolescence, sont loin d’être faciles : « J’ai éprouvé le besoin de me ressourcer. Je suis parti, seul, dans l’île de Spetses. J’avais trouvé un petit hôtel sympathique qui avait malheureusement la particularité d’être envahi par une horde de moustiques qui ont bien profité de moi… Après la première nuit, je me suis réveillé le visage tuméfié. J’ai décidé de prendre le bateau et d’explorer une autre île, plus au sud. J’ai repéré un autre hôtel qui m’a plu ! Je m’y suis installé. Quelle ne fut pas ma surprise, en prenant mon petit déjeuner sur la terrasse, quand le patron est venu me chercher. Il y avait un coup de fil pour moi, venant de Paris. Je ne comprenais pas car personne ne savait où j’étais ! J’ai réalisé qu’en fait, j’avais prévenu le propriétaire du premier hôtel qui avait fait suivre… Au téléphone, je reconnais la voix de Roger Romani, un collaborateur de Chirac. Il m’annonce tout bonnement que je suis nommé secrétaire général du RPR, il ajoute qu’il faut rentrer aussitôt à Paris. J’ai répondu que je n’avancerai pas la date de mon retour. Il n’est pas question que je change mes plans. J’ai donc profité des quelques jours de soleil et de farniente qu’il me restait ! »

Cette décision de Chirac de faire de Juppé le numéro deux du RPR, en le nommant au poste de secrétaire général du parti gaulliste, ne s’est pas faite simplement. Chirac pense un premier temps confier ce poste à Édouard Balladur, devenu un de ses plus proches conseillers. Chirac fait part de son projet à Charles Pasqua lors d’un déjeuner en tête-à-tête dans un excellent restaurant parisien en juin. Ce gaulliste de la première heure, engagé tout jeune dans la Résistance, croit s’étrangler : « Édouard Balladur ? Il ne fait même pas partie de la famille !… Ce n’est pas possible, s’exclame Pasqua. Il ne sait pas parler en public. Lorsqu'il monte à la tribune, les militants l’applaudissent du bout des doigts. » Chirac est d’autant plus embarrassé par la réaction hostile de son convive, qu’il a déjà proposé le poste à Balladur, qui doit passer prendre le café avec ses deux compagnons déjà attablés… Pasqua prend son courage à deux mains et annonce au nouveau venu qu’il faut oublier la proposition de Chirac. Balladur ne se vexe pas et va même jusqu'à proposer à Pasqua de prendre le poste à sa place. Ce dernier, qui en a pourtant tant rêvé, décline l’offre avec une grande lucidité : « Je suis trop marqué à droite, ce ne serait pas bon pour le mouvement. »

Les trois convives estiment finalement qu’il faut un homme neuf pour rénover le RPR. Et à ce jeu de tournoi, chacun à son favori. Charles Pasqua propose Philippe Séguin, incarnation du gaullisme social, attaché à l’indépendance nationale. Édouard Balladur, plus libéral et favorable à la construction européenne, cite Alain Juppé, dont il a apprécié les hautes compétences en tant que ministre délégué du budget, malgré quelques frictions passagères entre eux.

« Le président du RPR, écrivent Isabelle Dath et Philippe Harrouard, hésite entre celui qui le rassure et celui qui fonce. Entre l’eau et le feu. Finalement, il tranche : ce sera Juppé, au grand dépit de son éternel rival Philippe Séguin. »

Le 22 juin 1988, six semaines après la défaite électorale de Chirac à la présidentielle, Alain Juppé est officiellement nommé secrétaire général du RPR. Un jour auparavant, Bernard Pons a été élu président du groupe parlementaire gaulliste à l’Assemblée nationale avec 64 voix, devant Philippe Séguin qui en obtient 63 ! Il manque à ce dernier celle de Jean de Gaulle, petit fils du Général, qui s’est égaré mystérieusement dans les couloirs lors du vote, alors qu’il avait promis de le soutenir…

Extrait de "Alain Juppé sans masque" de Dominique Lormier, aux éditions First document, 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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