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Le président américain Donald Trump parle du commerce à l'aciérie Granite City Works de US Steel à Granite City, dans l'Illinois, le 26 juillet 2018.
Le président américain Donald Trump parle du commerce à l'aciérie Granite City Works de US Steel à Granite City, dans l'Illinois, le 26 juillet 2018.
©SAUL LOEB / AFP

Bonne stratégie ?

Protectionnisme : l’échec des tarifs Trump sur l’acier

L'Union européenne et les Etats-Unis, qui semblent vouloir tourner la page Trump, ont conclu une trêve partielle sur leur différend dans les droits de douane sur l'acier et l'aluminium. Des négociations vont également s'ouvrir pour résoudre le problème des surcapacités mondiales dans ces secteurs d'activité.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : Les USA et l’UE ont signé une trêve des tarifs de l’acier et l’aluminium, est-ce un aveu d’échec de la politique engagée par Donald Trump sur le sujet ?

Michel Ruimy : L’institution, depuis 2018, par les États-Unis de droits additionnels sur les importations d’acier et d’aluminium, ont provoqué de véritables tensions commerciales avec l’Union européenne, qui, suite à cette décision, a pris des mesures de compensation à l’encontre de certains produits originaires des Etats-Unis (motos, whisky, jus d’orange…).

M. Trump avait justifié cette initiative en invoquant, de manière peu crédible, la sécurité nationale sur la base d’une loi de 1962. Tandis que les États-Unis s’orientaient vers une politique commerciale plus protectionniste, le directeur du Conseil national du commerce de la Maison Blanche, Peter Navarro, avait même prédit qu’aucun pays ne prendrait de mesures de rétorsion contre les Etats-Unis au motif que ce pays était le marché le plus lucratif et le plus grand du monde. C’était sans oublier la loi Smoot-Hawley (1930) qui avait augmenté les droits de douane à l’importation de plus de 20 000 types de biens. De nombreux pays, en prenant des mesures de rétorsion, avaient relevé leurs taxes à l’importation alors que les Etats-Unis étaient, durant cette période, un marché important. L’économie avait été impacté grandement.

Depuis, le fantôme de Smoot-Hawley semblait hanter cette initiative. Peter Navarro s’est trompé. Si cette décision a effectivement pu être coûteuse pour les pays concernés, cela ne les a pas dissuadés. En matière de libre-échange, quel que soit le caractère lucratif de votre marché, si un pays se comporte mal, il risque d'être puni.

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Cette trêve signe vraisemblablement le début de la fin de la politique protectionniste de l’ancien président des États-Unis. Elle n’est pas une finalité. Il semble que les deux blocs veuillent prendre un nouveau départ et se donner le temps de résoudre leurs différends.

Quelles sont les raisons de cet échec ? Est-ce dû à la politique américaine elle-même ou est-ce que l’Union européenne a su adopter une bonne stratégie de réponse ?

Il ne faut pas parler d’échec mais de nouvelle vision. Un accord commercial avec l’Union européenne fait partie de l’approche globale, plus coordonnée, souhaitée par l’Administration Biden sur la question de la Chine. Malgré certains points de vue divergents, il ne fait aucun doute que l’Europe partage davantage de points communs avec l’Administration Biden qu’avec celle de M. Trump dans son approche de la Chine.

La suspension des droits de douane montre ainsi l’intérêt mutuel qu’ont l’Union européenne et les États-Unis à tourner la page de la relation transatlantique agitée qui prévalait sous l’Administration Trump. Cette revitalisation de la relation bilatérale met en lumière la perspective d’un accord commercial transatlantique. Mais, il convient de garder en tête que la Chine jouera, directement et indirectement, un rôle dans les négociations transatlantiques. L’Europe n’est plus seulement vue comme un allié à protéger, mais aussi à recruter pour la stratégie américaine contre la Chine. Elle est instrumentalisée et ceci risque d’être un point de tension.

Peut-on attendre d’autres échecs sur le plan économique ? Ce revers sur les tarifs de l’acier est-il de nature à perturber la guerre commerciale qu’avait initiée Trump ?

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L’Administration Biden souhaite redéfinir les relations commerciales avec l’Union européenne. Elles pourraient conduire, à plus long terme, à un accord plus important afin de résoudre certains défis commerciaux majeurs, comme l’imposition des revenus internationaux des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). Néanmoins, le processus de rétablissement complet de relations diplomatiques et commerciales avec les alliés historiques des Etats-Unis prendra du temps (vraisemblablement plus qu’1 seul mandat présidentiel). Il est plus probable que l’Administration Biden cherche le soutien de l’Europe pour faire pression sur la Chine pour réduire les agissements anticoncurrentiels et les problèmes de propriété intellectuelle et, in fine, renforcer les capacités américaines dans divers secteurs.

Il faut s’attendre à ce que les négociations reprennent avec la Chine au cours du second semestre de l'année sur l’éventualité d’un certain allègement tarifaire. Toute annulation des droits de douane se concentrerait probablement sur les produits de consommation. Toutefois, les avancées en la matière sont liées aux actions de la Chine à Taïwan ou au traitement de la population ouïghoure au Xinjiang. La probabilité d’une suppression des droits de douane pourrait diminuer.

C’est pourquoi, les investisseurs doivent continuer à surveiller l’évolution de l’approche de l’Administration Biden en matière de politique commerciale, qui pourrait avoir des implications importantes pour les entreprises industrielles, les industries alimentaires et les spiritueux, ainsi que le sec

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