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Pourquoi le nucléaire n'est pas une énergie si bon marché que ça
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Bonnes feuilles

Pourquoi le nucléaire n'est pas une énergie si bon marché que ça

Plus de 120 cartes et infographies pour dresser le panorama mondial de l'industrie nucléaire, de son expansion et des stratégies choisies dans la perspective de la transition énergétique. Extrait de 'l'Atlas mondial du nucléaire", de Corinne Lepage et Xemartin Laborde, publié aux éditions Autrement (1/2).

Corinne Lepage

Corinne Lepage

Corinne Lepage est avocate, ancien maître de conférences et ancien professeur à Sciences Po (chaire de développement durable).

Ancienne ministre de l'Environnement, ancienne membre de Génération écologie, fondatrice et présidente du parti écologiste Cap21 depuis 1996, cofondatrice et ancienne vice-présidente du Mouvement démocrate jusqu'en mars 2010, elle est députée au Parlement européen de 2009 à 2014. En 2012, elle fonde l’association Essaim et l’année suivante, la coopérative politique du Rassemblement citoyen. En 2014, elle devient présidente du parti LRC - Cap21.

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Le nucléaire est présenté comme une énergie très bon marché ; en réalité, le coût de construction du parc nucléaire s’est élevé à 121 milliards d’euros valeur 2010 et, le coût de production du mégawatt heure des réacteurs de la troisième génération (EPR) est de l’ordre de 110 e. Dans ces conditions, le nucléaire n’est rentable que s’il est subventionné, et il est beaucoup plus onéreux que l’éolien et même le solaire photovoltaïque. La question de la rentabilité de la filière nucléaire est donc très clairement posée.

Le coût du mégawatt-heure nucléaire

Pour évaluer ce coût, la Cour des comptes utilise trois méthodes de calcul estimant ainsi avoir une évaluation plus fiable. Dans son rapport de 2012, le coût du mégawatt-heure varie ainsi de 33,1 à 49,5 euros. Mais, dès lors qu’on intègre les 55 milliards d’euros pour le « carénage » des centrales (coût évalué à l’époque par EDF), ce coût passe de 38,2 à 54,2 euros. Bien évidemment, le taux d’actualisation est très important ; en particulier pour évaluer le coût du démantèlement et les dépenses de fin de cycle. Deux ans plus tard en 2014, la Cour constate qu’entre 2010 et 2013 le coût de production de l’électricité nucléaire est passé de 49,6 euros à 59,8 euros par mégawatt, soit une augmentation de 21 % en trois ans. La Cour des comptes l’évalue désormais à 62 euros par mégawatt-heure sur la période 2011/2025.

Cette croissance constante s’explique par l’augmentation de 20 % des dépenses d’exploitation, et la multiplication par 3 des investissements depuis 2008 : 8 milliards sont prévus pour appliquer les prescriptions de l’ASN suite aux évaluations complémentaires de sûreté post-Fukushima, et d’autres dépenses pour améliorer la sûreté et prolonger l’exploitation des réacteurs au-delà de 40 ans. Enfin, 1 milliard correspond à la maintenance courante, la rénovation ou le remplacement de composants.

Le coût de l’électricité nucléaire reste donc très incertain en raison des dépenses futures et de la non-intégration des coûts externes.

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Les investissements pour la prolongation de la durée de vie des centrales

La Cour des Comptes souligne que le total des investissements sur la période 2011/2033 atteindrait environ 110 milliards d’euros courants si la durée de fonctionnement des 58 réacteurs est prolongée uniformément. Mais cette somme, qui est déjà le double de celle initialement envisagée, est discutable. En effet, le rapport Greenpeace de juin 2014 élaboré par l’Agence WISE de Paris repose sur trois scénarios de sécurité amoindrie, préservée ou renforcée. L’agence évalue ainsi les investissements des coûts par kWh du carénage entre 1 300 e le kWh et 3 900 e le kWh, ce qui correspond à la fourchette de 1,4 à 4,4 milliards par réacteur (soit entre 81.2 et 255 milliards pour les 58 réacteurs) selon les scénarios de sûreté préservée ou renforcée. Si on envisage un scénario renforcé, la fourchette est comprise entre 2 300 € par kWh et 5 700 € par kWh. Le coût médian du mégawatt-heure est alors de 133 e. Mais, il ne s’agit là que de la rénovation des anciennes centrales.

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Les dépenses futures de l’aval du cycle

Dans son rapport de 2012, la Cour des comptes souligne le caractère incertain des charges futures, qu’il s’agisse des dépenses de démantèlement estimées à l’époque à 18,4 milliards d’euros, ou du coût de gestion à long terme des déchets radioactifs passés de 16 milliards en 2005 à 36 milliards en 2009 et enfin réévalués à 28 milliards en 2014 avec une grande incertitude notée par la Cour. Enfin, la Cour souligne que les effets externes doivent être pris en compte, de manière positive pour les économies de CO2 ou négative en ce qui concerne l’absence d’assurance (fournie aujourd’hui par l’État). Le coût du nouveau nucléaire Le coût de l’EPR n’a quant à lui cessé d’augmenter. Le prix de vente de l’électricité selon l’accord passé enoctobre 2013 entre EDF et le gouvernement britannique fixe un prix de vente à 114 euros le mégawatt/heure.

Cette hausse du coût du nucléaire n’est pas limitée à la France. Un rapport de 2014 (World Nuclear Industry Report, p. 8) de l’industrie nucléaire mondiale souligne que le coût d’investissement est passé au cours de la dernière décennie de 1 000 dollars à 8 000 dollars par coût du kilowatt/ heure installé. À l’inverse de la France, certains États décident de fermer des réacteurs en raison de coûts trop élevés. Ainsi, en Suède, aux États-Unis, 5 réacteurs ont été arrêtés alors que les licences allaient jusqu’en 2030, en Allemagne l’opérateur EON a décidé de fermer un réacteur 7 mois plus tôt que prévu parce que les coûts n’étaient plus couverts.

Ces décisions expliquent sans doute la baisse constante de la part du nucléaire qui représentait en 2012 moins de 4,5 % de l’énergie primaire, soit à peu près le niveau de 1984.

Extrait de 'l'Atlas mondial du nucléaire", de Corinne Lepage et Xemartin Laborde, publié aux éditions Autrement, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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