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Pour le monde des affaires, l’alliance politique entre E. Macron et les Républicains est souhaitable, mais conditionnée par un programme commun de gouvernement
©AFP/Ludovic MARIN

Atlantico business

Les élections européennes sont à peine jouées que tout le monde spécule déjà sur ce qui va se passer après. Pour beaucoup de grands patrons, un accord entre Macron et les Républicains paraît inévitable à condition de s’entendre sur le programme de gouvernement.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

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Compte tenu de la situation géopolitique très tendue et de la situation économique très compliquée en Europe, la majorité des grands patrons en France pensent qu'on ne peut pas vivre les trois dernières années du deuxième quinquennat simplement en gérant les affaires courantes sans rien faire, sauf à enfiler les 49.3 au parlement, à subir les provocations de l'extrême gauche et les revendications du RN de Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui peuvent sortir des urnes dimanche soir, tentés par l’arrogance des vainqueurs. Bref, la situation va être impossible à vivre du côté d’Emmanuel Macron et de plus en plus difficile à gérer du côté des entreprises. Parce que les entreprises ont besoin de certitudes et de stabilité sur un horizon assez long.

Le monde des affaires est convaincu que la seule solution qui va s’ouvrir au président de la République va être de contracter un mariage forcé entre sa majorité et les Républicains de façon à disposer d’une majorité qui lui permette de gouverner. Les Républicains ont un petit bataillon de 60 députés ; c’est exactement ce dont a besoin Emmanuel Macron pour pouvoir supporter sa fin de vie politique. Sur le papier, ça colle... mais à deux conditions :

  • Un, que les hommes de LR soient d’accord, c’est possible ;

  • Deux, qu’on écrive un programme commun de gouvernement, ce qui sera beaucoup plus délicat.

1ère condition. Les hommes politiques ont beau avoir un ego surdimensionné, ils réussissent toujours à accepter des compromis quand ils arrivent à proximité du pouvoir... et c’est un peu le cas... les Éric Ciotti, Olivier Marleix, Bruno Retailleau, avec en coulisses les Gérard Larcher ou Laurent Wauquiez, s’impatientent, à tourner en rond coincés entre les macronistes et les RN. Et quoi qu’ils disent, ils observent avec un peu d’envie leurs petits camarades qui ont sauté dans le train du pouvoir : Rachida Dati, Catherine Vautrin... sans parler des premiers ralliés et qui sont toujours là, Bruno Le Maire ou Gérald Darmanin... sans compter avec la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy : Christian Estrosi, Éric Woerth ou même Franck Louvrier, le maire de La Baule, qui est resté très proche de l’ancien Président dont il a été le porte-parole. Bref, en dépit de tout ce qui s’est passé, des débats, des frictions, des désaccords, la grande majorité des LR, ou ce qu’il en reste, se laissera séduire et acceptera de travailler avec une majorité autour de Macron. Certains analystes parlent d’une cohabitation, sauf que ce sera beaucoup plus difficile à gérer qu’une cohabitation issue d’une élection législative qui aurait donné la majorité au camp adverse. Avec Édouard Balladur, premier ministre de François Mitterrand, la répartition des pouvoirs était claire : l’opposition devenait majorité. Dans la situation issue d’une alliance entre la macronie et les LR, c’est très différent. Il va falloir s’accorder au préalable sur un accord de gouvernement.

2e condition, l’accord de gouvernement n’est pas écrit. Il n’est même pas esquissé au sein de la Macronie. Parce que la Macronie, c’est la gestion quotidienne du « en même temps » : en même temps à gauche et à droite. L’expérience prouve que cela fonctionne mal face à des situations compliquées qui commandent des décisions graves et douloureuses. Pour une grande partie du patronat, ce pays a besoin de quelques réformes graves qu’Emmanuel Macron n’a pas lancées parce qu’il n’avait pas de majorité pour le soutenir. 

Le mariage entre Emmanuel Macron et LR n’aura de sens que si les deux courants s’accordent sur trois séries de réformes. 

D’abord, la plus urgente : une réforme de la politique migratoire, condition préalable à toute mesure sécuritaire à l’intérieur. Les membres de LR ne sont pas loin de partager des idées de bon sens sur une immigration régulée telle que voudrait la déployer Jordan Bardella, mais il n’est pas certain que la part de la macronie venant de gauche le veuille autant... 

Ensuite, l’assainissement des dépenses publiques et sociales. Le modèle est trop coûteux, trop généreux, et pas efficace. Tout le monde est d’accord sur ce type de réforme à condition de savoir comment l’appliquer. Actuellement, ce qui manque au dispositif, c’est le soutien des syndicats... or, les LR n’ont pas les moyens d’embarquer les syndicats dans cette aventure. 

Enfin, le redressement du modèle économique avec moins d’État d’un côté, et plus de liberté pour les acteurs du système. La position et l’ambition française sur le libre-échange, la concurrence comme facteur de progrès, et la politique européenne pour plus et mieux d’Europe... ce débat-là n’est pas clairement posé en France. Dans la macronie et chez les LR, les ambiguïtés sont nombreuses et ne participent guère à l’éclaircir.

Ajoutons a cela, c’est qu une fois le programme commun écrit, il faudra savoir qui fait quoi ? Et la on aura largement de quoi écrire une nouvelle saison  Netflix . 

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