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Plus fort que Jurassic Park : Pleistocene Park, le projet fou de scientifiques russes pour lutter contre le dérèglement climatique en clonant des mammouths
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Reborn to be wild

Plus fort que Jurassic Park : Pleistocene Park, le projet fou de scientifiques russes pour lutter contre le dérèglement climatique en clonant des mammouths

Le Parc du Pléistocène, situé dans les profondeurs de la Sibérie, pourraient devenir le terrain de jeux de troupeaux de mammouths. C'est l'espoir de scientifiques qui espèrent ainsi ralentir le changement climatique.

"Ce serait mignon d'avoir des mammouths ici." La citation est de Nikita Zimov, directeur de la réserve naturelle du Pléistocène, en Sibérie orientale. Le journaliste Ross Andersen, de The Atlantic, l'a suivi dans le cadre d'un long reportage publié dans le numéro d'avril du magazine. Un reportage dans "des plaines herbeuses parcourues par des bisons, des bœufs musqués, des chevaux sauvages, et peut-être, dans un avenir pas trop lointain, des mammouths laineux cultivés en laboratoire".

Bien que le nom de la réserve, Pleistocene Park en anglais, soit un clin d'oeil à Jurassic Park, Nikita précise que ce n'est pas une attraction touristique, ni même un projet de résurrection d'espèces. Il s'agit plutôt d'un plan de géoingénierie. "Je ne suis pas un de ces scientifiques fous qui veulent rendre le monde à la nature. J'essaye juste de résoudre le problème plus global du changement climatique. Je ne fais pour les humains. J'ai trois filles, je le fais pour elles", explique-t-il.

Nikita Zimov est arrivé ici dans les années 1980. Il avait alors deux ans, et le parc n'était pour lui qu'un terrain de jeu, expliquait-il en 2015 au Telegraph. Pour son père, Serguey Zimov, c'était un lieu de travail. La zone est en effet sous la supervision de la North-East Scientific Station, une station de recherche devenue l'un des principaux lieux de recherche sur les écosystèmes arctiques. Elle accueille tout au long de l'année des chercheurs en écologie, climatologie, biologie arctique, études du pergélisol, de l'hydrologie, de la limnologie et de la géophysique, en physique atmosphérique, etc.

L'objectif du parc est de restaurer des paysages et écosystèmes évoquant autant que possible ceux de la dernière période glaciaire, quand les écosystèmes steppiques étaient les écosystèmes dominants sur la planète.

Selon Serguey Zimov, en effet, la toundra sibérienne actuelle est un écosystème très peu productif, parce qu'il résulte de la dégradation de l'écosystème steppique de la fin du pléistocène, c'est-à-dire la période qui s'étend de 2,58 millions d'années à 11 700 ans avant le présent, et qui a été marquée par les récentes glaciations. "Une analyse des os recueillis dans le nord de la Sibérie a permis aux scientifiques de calculer que la biomasse animale, même dans les périodes les plus froides du nord, y atteignait 10 tonnes/km² et que la moyenne par kilomètre carré de pâturage comprenait un mammouth, cinq bison, six chevaux, et dix rennes. Le nombre d'animaux dans les steppes du sud ou les steppes humides était significativement plus élevé que dans le nord'" explique Serguey Zimov.

Son fils, Nikita Zimov, envisage d'y réintroduire le mammouth. Pleisctocene Park deviendrait alors l'exemple le plus proche de ce que nous présentait le film Jurassic Park : un endroit peuplé d'une espèce ressuscité.

20 ans après le film de Steven Spielberg, l'idée n'est plus de la science-fiction. Des chercheurs tentent  ainsi de recréer l'animal disparu en laboratoire. "Notre but est de produire un embryon hybride d'éléphant-mammouth", a ainsi déclaré le professeur George Church d'Harvard, au Guardian en février. Il explique que cette percée scientifique pourrait avoir lieu dans deux ans. Pour ce faire, les chercheurs ont récupéré des morceaux d'ADN de cadavres mammouths congelés dans les glaces sibériennes. En l'implantant dans un embryon d'éléphant, dont il est un proche parent, cet ADN donnerait à l'animal des caractéristiques préhistoriques comme des petites oreilles et des poils très long. Cela est possible car le mammouth a disparu il y a relativement peu de temps : la plupart des espèces de mammouths se sont éteintes il y a 12 000 à 15 000 ans et une dernière espèce de mammouth a survécu au nord de la Sibérie jusqu'en 1700 avant Jésus-Christ. Impossible par contre de resusciter des dinosaures : ils ont disparu il y a plus de 65 millions d'années, alors que l'ADN se dégrade complètement après 6,8 millions d'années.

Mais pourquoi vouloir ressusciter le mammouth en Sibérie ?

Selon "Revive & Restore", une organisation vouée au sauvetage d'espèces en voie de disparition, la toundra et l'écosystème forestier marécageux en Sibérie étaient jadis une vaste prairie connue sous le nom de "steppe des mammouths".  Lorsque ces troupeaux ont disparu, la prairie a été envahie de mousse et le lichen, créant la toundra que l'on connait actuellement… et qui contribue au changement climatique.

"Sans les prairies pour isoler le pergélisol de la toundra, celui-ci fond et libère des gaz à effet de serre qui ont été pris au piège pendant des centaines de milliers d'années", explique Revive & Restore. La fonte du pergélisol mondial équivaudrait à brûler toutes les forêts du monde. Deux fois.

Or, "les animaux peuvent transformer la flore d'un territoire", explique Nikita Zimov. "L'idée est que les animaux se nourrissent de mousse, d'arbustes, de lichens et de l'herbe qui pousse et, ce faisant, ils piétinent la végétation". Cela permet aux graminées de subsister face à la mousse et au lichen. "Si vous introduisez des animaux, les graminées dominent. Si vous les enlevez, la mousse gagne", résume-t-il. Or, les prairies sont plus claires que la toundra, et elles absorbent moins la chaleur du soleil. Sur une zone de 10 millions de kilomètres carrés, l'effet sur le climat est important.

Par ailleurs, "les animaux ont besoin de manger toute l'année", continue Zimov. "Tout le monde pense que la neige est froide, mais elle est en fait un excellent isolant : même s'il fait -40 degrés à la surface, sous la couche de neige, il peut faire 5 degrés". En introduisant des animaux massifs comme le mammouth, qui piétineront la neige à la recherche de nourriture, les prairies gèleront moins et la neige perdra un peu de sa capacité à piéger la chaleur.

Reste que, selon son site internet, le parc du Pléistocène se compose d'une zone close de 16 kilomètres carrés seulement. Même rempli de mammouths, il ne créera aucune différence sur le climat. "Je ne dis pas que notre parc pourra résoudre le problème du réchauffement climatique – pas pendant ce siècle – mais sur le prochain millénaire, le Pleistocene Park ou un plus grand parc arctique pourraient permettre de réduire les émissions de carbone", explique le scientifique.

Reste maintenant à recréer des mammouths en laboratoire, ce qui est loin d'être gagné, et à réussir à les faire vivre dans la toundra. En février, Alexandre Robert, chercheur-enseignant au laboratoire CESCO (Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation) au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, mettait en garde sur Atlantico contre "l’effet Hibernatus, le fait que ces populations ne soient pas adaptées au monde actuel. Les espèces vivantes évoluent en permanence, en réponse aux changements climatiques, anthropiques ou autres, et la biodiversité est fortement influencée par la capacité des espèces à "co-évoluer" les unes par rapport aux autres. Une espèce éteinte n’évolue pas, elle est figée. Personne ne sait quel peut être le résultat de la résurrection d’une espèce éteinte il y a plusieurs milliers d’années, qui n’a pas eu l’opportunité de s’adapter graduellement aux changements du monde (vivant et inerte) qui l’entoure."

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