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Au minimum 370 000 voitures ne sont pas assurées en France
Au minimum 370 000 voitures ne sont pas assurées en France
©Reuters

Pas rassurant

Plus de 370 000 véhicules non assurés sur les routes de France : à qui la faute ?

Le nombre de conducteurs qui roulent sans assurance, qu'ils aient leur permis ou non, est en constante augmentation. Les sources de ce problème préoccupant sont multiples.

Pierre Chasseray

Pierre Chasseray

Pierre Chasseray est délégué Général de l'association 40 Millions d'automobilistes.

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Atlantico : Au minimum 370 000 voitures ne sont pas assurées en France. Qui sont ces conducteurs qui enfreignent la loi et qui porte la responsabilité principale de ce chiffre ?   

Pierre Chassaray : On estime que 60% des personnes qui roulent sans assurance sont des gens qui ont été invalidés dans leur permis de conduire.  Nous sommes le pays d'Europe qui a le système le plus répressif, nous sommes ainsi les seuls a retirer des points pour des excès inférieurs à 10 km/h. On ne peut pas accepter qu'il y ait en France 19 millions de flashs par des radars automatiques et s'étonner ensuite que des gens roulent sans permis, donc sans assurance. Certes, il faut une répression, mais il faut trouver un équilibre pour piéger le chauffard sans impacter M. et Mme Tout-le-Monde.  On le voit d'ailleurs très bien dans les stages de sensibilisation à la sécurité routière : il y a quelques années, le public était surtout composé de "fous furieux" du volant, aujourd'hui on a beaucoup de commerciaux, des gens qui roulent et qui ont perdu leur permis point après point.

Un deuxième groupe, qui représente 10% à 15% est composé de gens qui n'ont pas d'assurance car ils n'ont jamais passé leur permis de conduire, et roulent donc depuis toujours sans.

Le dernier groupe en fin – 25% à 30% – est plus divers. Il regroupe les gens qui ont le permis de conduire mais qui n'ont pas les moyens de s'assurer. Il y a ceux aussi qui ont connu des accidents à répétition, et qui ne peuvent plus être assurés que par des entreprises spécialiste du malus qui leur demandent des sommes tellement astronomiques que le conducteur, par choix ou contrainte, ne paie plus.

La part de responsabilité doit être partagée entre trois acteurs. Primo, celle du conducteur qui ne se rend pas compte que l'accident n'est pas forcément le fait d'un chauffard, et que même si on roule très bien on peut se retrouver avec un accident où on est responsable. Il ne se rend souvent pas compte qu'il peut même engager ses enfants qui seront redevables de la dette en cas d'accident s'il ne peut pas payer. Ensuite, il y aussi une responsabilité chez certains assureurs qui pratiquent des prix qui pourraient être revus. Mais surtout, il y a la responsabilité de l'Etat : les produits d'assurance – c'est assez méconnu – sont parmi les produits les plus taxés de France. L'automobiliste a l'impression d'engraisser des compagnies d'assurance, en oubliant que l'Etat ponctionne une part importante des primes d'assurance qu'elle reverse ensuite à l'Assurance maladie. Pourquoi ? Parce qu'à une époque, il  avait énormément d'accident de la route. Or, ce n'est plus le cas aujourd'hui. On a pourtant gardé le système. Donc nous avons aujourd'hui plus d'automobiles sur les routes, ce qui veut dire plus de taxes, alors qu'il y a moins d'accidents. Et les primes d'assurance, elles, gonflent.    

Les jeunes sont surreprésentés parmi ces conducteurs sans assurance (59% sont des 18-35 ans) Y a-t-il une irresponsabilité croissante chez les jeunes conducteurs ? Comment l'expliquer ?

Le permis à points pour les jeunes démarre à six points. Donc, avec l'intensité de la répression, le risque de perdre son permis (et donc de ne plus avoir d'assurance) est évidemment plus élevé. Deuxième point, les primes d'assurance pour les jeunes conducteurs  sont plus chères car ils sont aussi surreprésentés dans les accidents. On notera au passage que les accidents des jeunes sont majoritairement le fait de l'alcoolémie alors que la répression en France reste largement focalisée sur la vitesse. Enfin, les jeunes ont en moyenne moins d'argent pour payer des primes d'assurance plus chère, avec peut-être une certaine inconscience du lendemain en pensant que l'on ne risque rien si l'on conduit prudemment.

Le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages qui indemnisent les victimes des accidents non couvert par des assurances est lui-même financé par les compagnies, qui répercutent le prix sur leurs primes, désincitant certaines personne à s'assurer. Ce cercle vicieux peut-il être cassé ?

C'est en effet là que se trouve le principal danger. Pour pouvoir casser rapidement et efficacement ce cercle, il faut donc se concentrer sur la principale cause d'absence d'assurance : les invalidation de permis de conduire. Il faut donc revenir sur le tout-répressif. La France a transformé la sécurité routière en source de financement pour l'Etat. Et ce n'est pas moi qui le dit ! Si on regarde le projet de loi de finances, on se rend compte que le mot de "rentabilité" est employé pour parler des radars automatiques. Le rapport de la Cour des comptes publié en février 2014 dit qu'il va falloir passer de 1,7 milliards de répression sur les routes 3,2 milliards ! Ces gens ne comprennent pas ce qu'il se passe : ils restent orientés sur les recettes pour l'Etat sans voir que cela incite les gens à rouler sans permis, donc sans assurance, et s'ils ont un accident, c'est tous les autres qui paient.

Même si l'on parvient à arrêter la spirale, comment résorber le chiffre du nombre de personnes qui roulent sans permis pour des raisons financières ?

Il faut une énorme campagne de communication pour que les personnes dans cette situation prennent réellement conscience de ce qu'elles risquent. Il faut également que tout le monde presse sa part de responsabilité dans le système : l'Etat doit revoir à la baisse sa taxation des primes d'assurance. Cela permettrait dans un premier temps de les faire baisser. Et si l'Etat fait l'effort, les compagnies d'assurance joueront le jeu également. 

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