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Planification écologique : le slogan électoral de tous les danger
©AFP

Gimmick électoral

Planification écologique : le slogan électoral de tous les danger

Gimmick électoral, surenchère écolo-vertueuse pour attirer les électeurs de la France insoumise au second tour de l’élection présidentielle et faire barrage à Jean-Luc Mélenchon qui ambitionne de devenir Premier ministre de cohabitation à l’issue des législatives de juin ? À l’évidence. Après tout, c’est dans l’entre-deux tours et à Marseille, terre assez nettement mélenchonienne, qu’Emmanuel Macron a soudain repris le concept de « planification écologique » porté par le leader insoumis.

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient Le Blog de Nathalie MP avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.
 
https://leblogdenathaliemp.com/

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Et puis c’est tout à fait dans le style « beaux discours » du Président. « La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera écologique ou ne sera pas » a-t-il proclamé avec emphase sur le Vieux-Port. Et « parce que cela concerne tous les domaines, tous les secteurs, toutes les dépenses, tous les équipements, tous les investissements, bref toutes les politiques », il a promis de nommer un Premier ministre qui aura également la charge de la planification écologique, exactement comme Jules Ferry fut en son temps Président du Conseil et ministre de l’Instruction publique :

En d’autres lieux, en d’autres circonstances, Emmanuel Macron ne verrait sans doute aucun problème à placer l’Éducation au sommet de ses priorités – et Dieu sait que de ce côté-là, les défis sont immenses. Mais l’écologie accompagnée de ses controverses sur le climat, les OGM, le glyphosate, le nucléaire, le tout-électrique, l’agriculture bio et les menus végétariens à la cantine est pratiquement devenue l’unique sujet politique du XXIè siècle. Manifestement décidé à frapper fort pour éclipser les propositions concurrentes, Macron II nous promet donc – attention, Jupiter en pleine action – de planter 140 millions d’arbres et d’instaurer… une « Fête de la Nature » !

Quel incroyable sens de la fête ! Quand elle était ministre des transports et de la transition écologique, Elisabeth Borne avait concocté un « plan vélo » incluant une fête nationale du vélo. Et on parle d’elle pour le poste de Premier ministre ! Un signe, sûrement. Bref, difficile de prendre tout cela au sérieux. Comme souvent, il se pourrait bien que l’inaction (au frais du contribuable) succède aux annonces les plus rutilantes. Après tout, notre Bayrou national, opportunément nommé Haut-commissaire au Plan avec locaux et équipe dédiée, à une époque où l’on ne parlait que de souveraineté industrielle et de choix collectifs d’avenir, s’est montré d’une parfaite discrétion dans l’exercice de cette fonction.

Il n’empêche que l’idée de « planification écologique » correspond bel et bien au tropisme dirigiste fondamental qui anime en réalité Emmanuel Macron depuis ses débuts en politique. Concept : donner à l’État le pouvoir de lutter contre « la dictature de l’instant » (*) qui serait l’essence du libéralisme, impulsif et aveugle par nature. Telle est la startup nation voulue par le Président, tel est l’État stratège qu’il souhaite impulser afin de dessiner depuis l’Élysée, Matignon et tous les ministères les contours millimétrés de la France d’aujourd’hui et de demain.

Ce en quoi, sur le plan écologique, il dispose d’un appui de taille au niveau de l’Union européenne. Celle-ci s’est fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050 dans le cadre hyper volontariste (et potentiellement casse-gueule) du Green Deal européen. Ajouté aux accords de Paris de 2015 qui prévoient de limiter la hausse de la température globale à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, ce dernier crée de fait les conditions d’une économie toujours plus étroitement planifiée et encadrée. 

Il n’est certes pas anormal de réfléchir à l’avenir. Mais ce débat gagnerait à être mené avec souplesse par une multitude de cercles de réflexion dans une multitude de directions possibles plutôt que par une seule institution qui raisonne selon un point de vue unique et qui risque ainsi de définir autoritairement un futur formel qui se révélera complètement obsolète le moment venu.

De plus, depuis les travaux de Hayek et Rueff, depuis même les observations de Vauban, Say ou Bastiat, et surtout depuis la décadence du socialisme réel dans la dictature politique et la pénurie, on sait qu’une planification consciente est incapable de tenir compte de la multitude des facteurs économiques et sociaux nécessaires à l’émergence de la prospérité économique et au progrès humain.

Comme l’écrivait Jacques Rueff dans « Pourquoi, malgré tout, je reste libéral » :

« Je pense qu’aucun esprit humain ne peut prétendre résoudre le système d’équations à inconnues innombrables qui traduit les conditions d’équilibre d’un marché, même si ces conditions étaient connues, ce qui n’est pas. »

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Ce à quoi, en tant que haut-fonctionnaire parfaitement conscient des dérives inévitables de la toute-puissance étatique, il ajoutait :

« Une économie dirigée, c’est une économie qui a un dictateur, c’est-à-dire quelqu’un qui choisit sans raison, qui fait la fortune des uns, la ruine des autres, que ce soit Staline, Hitler ou M. Lebureau (NdNMP : façon de Rueff de caractériser le maître du plan à la française). »

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Mais nul besoin de remonter aussi loin dans le temps ni de se tourner vers des personnalités politiques aussi exorbitantes pour apprécier à sa triste valeur l’impossibilité intrinsèque de planifier l’existence des hommes sur la terre car les exemples de grands ratés français abondent. En matière d’écologie, le Grenelle de l’environnement de Nicolas Sarkozy, signé par les parties prenantes en décembre 2007 avec une satisfaction non dissimulée, a donné le top départ à des loupés retentissants.

Citons par exemple le plan Écophyto 2018. Il s’agissait de réduire l’usage des pesticides de 50 % en 10 ans à travers un grand programme de subventions. Résultat, le recours à ces intrants (dont il faut croire que l’agriculture se passe difficilement) a augmenté de 15 % entre 2008 et 2019 tout en mobilisant des centaines de millions d’euros de subventions sur la période.

Les causes ? Déresponsabilisation et gaspillage, rien que de très classique dans la sphère étatique : logique de guichet, dispersion des moyens, doublons dans les financements, aides accordées en dépit du bon sens – au secteur textile par exemple, pour travailler sur les équipements de protection des agriculteurs ; ce qui est cocasse, vu que ces équipements devraient logiquement devenir moins nécessaires si le recours aux pesticides diminue. Cerise sur le gâteau, financement d’un jeu-concours sur internet à destination des élèves et étudiants du secteur agricole !

De la même façon, le photovoltaïque (c’est-à-dire le solaire électrique) a bénéficié de toutes les attentions gouvernementales par le biais de mécanismes de soutien incluant abondance de subventions et prix de rachat très incitatif garanti par EDF sur longue période. Inutile de dire que cet eldorado construit de toutes pièces a suscité de multiples vocations.

D’où surchauffe de la filière. D’où, déjà en 2010, décision de geler provisoirement les nouveaux projets qui se bousculaient aux guichets de l’État afin de revoir à la baisse les prix de rachat qui leur seraient applicables dorénavant. Et d’où, en 2020, nouvelle décision de Bercy de revenir sur certains tarifs de rachat que l’État avait garantis par contrat, parfois pour 20 ans, aux acteurs de la filière photovoltaïque.

Il est assez amusant de constater qu’en 2010, le gouvernement Fillon proclamait « vouloir mettre fin à la création d’une véritable bulle spéculative »… qu’il avait lui-même provoquée suite au Grenelle de l’environnement. Mais que s’était-il passé ?

C’est très simple et cela vaut pour tous les domaines d’intervention de l’État : les aides garanties se substituent au fonctionnement concurrentiel du marché et les acteurs de la filière encouragée n’ont plus à leur disposition le mécanisme des prix pour évaluer les perspectives du secteur et ajuster le tir en conséquence. Les subventions sont là, les prix garantis aussi, sans oublier ce sentiment très agréable d’investir dans un projet de sauvetage de la planète évidemment citoyen et solidaire… et vogue la galère !

De tels exemples devraient inciter au minimum à la prudence. Et pourtant, « vogue la galère » et son sillage d’impôts, de gaspillages et de décisions aussi idéologico-autoritaires que désastreuses, c’est précisément ce que nous promettent Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron à travers la fausse bonne idée de la planification écologique pilotée par l’État. Inutile de dire que ça promet.

(*) Expression passablement péjorative de Pierre Massé qui fut Commissaire général au plan de 1959 à 1966.

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