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Petit top 7 des mesures préférables à la loi pouvoir d’achat
©©INA FASSBENDER / AFP

Inflation

Petit top 7 des mesures préférables à la loi pouvoir d’achat

Le Gouvernement a présenté ce 7 juillet, en Conseil des ministres, le projet de loi pour le pouvoir d’achat. Pour autant, ce projet de loi s'inscrit mal dans le cadre macroéconomique actuel et d'autres mesures seraient préférables

Don Diego De La Vega

Don Diego De La Vega

Don Diego De La vega est universitaire, spécialiste de l'Union européenne et des questions économiques. Il écrit sous pseudonyme car il ne peut engager l’institution pour laquelle il travaille.

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Atlantico : Le gouvernement a présenté sa loi pouvoir d’achat. Dans quelle mesure y a-t-il un risque que les mesures envisagées par le gouvernement entretiennent l’inflation et n’aient pas les effets escomptés ? 

Don Diego de la Vega : Il ne faut pas corréler le projet de loi et l’inflation. Il est sûr que ce n’est pas une bonne idée de développer la demande agrégée si l’on pense qu’il y a de l’inflation, surtout vu l’état des finances publiques. Mais comme il n’y a pas vraiment d’inflation, pas de surchauffe de la demande agrégée, il y a deux possibilités. Soit on traite le problème comme s’il y avait de la vraie inflation, en montant les taux d’intérêts, pour calmer la demande agrégée, mais dans ces cas-là, on ne fait des mesures pour booster la demande agrégée en faisant des chèques. Soit on considère qu’il n’y a pas de surchauffe mais qu’on se dirige vers une récession, et dans ce cadre là on peut laisser un peu dériver les politiques budgétaires et éventuellement proposer un projet de loi pouvoir d’achat, à condition de ne pas monter les taux. Donc le problème principal de cette loi, c’est qu’elle s’inscrit mal dans le cadre macro. Par ailleurs, ce ne sont pas des chèques qui vont régler le problème. Si on veut avoir une action véritablement efficace sur le moyen long-terme, il faut augmenter les gains de productivité. C’est un vaste chantier. Si on veut une action de très court terme pour passer l’hiver, ce ne sont pas les mesures qui sont actuellement dans le pipeline que je favoriserai.

Quelles seraient les mesures à prendre ?

1) Ne pas monter les taux d’intérêt

Evidemment la première chose à faire dans la situation est de ne pas monter les taux d’intérêts. La banque centrale européenne est à mon grand étonnement relativement prudente mais elle garde un objectif de lutte contre l’inflation or, il n’y a pas vraiment d’inflation. Si on veut juste passer l’hiver, on peut toujours faire des chèques mais sans augmenter les taux. 

2) Promouvoir l’impôt négatif

Il faudrait un OITC à la française. C’est plus facile à dire qu’à faire car il y a des effets de bord et des effets de seuil, mais c’est une question qui s’étudie, tant et si bien que Bercy fait des notes sur le sujet depuis 30 ans, sans implémentation. L’impôt négatif au Etats-Unis est le meilleur outil en faveur des travailleurs pauvres. C’est un programme qui coûte assez peu par rapport à ce qu’il rapporte en réduction des injustices.

3) Mieux cibler les dépenses publiques

C’est tout l’inverse de la politique des chèques qui arrosent tout le monde. Le système social français, c’est 750 milliards d’euros tout confondu. Et parmi cela, énormément de doublons et de flux croisés. Et in fine, cela touche très peu les populations les plus fragiles, les plus à risque, en particulier chez les moins de 30 ans. Donc il faut identifier et éliminer ces doublons afin de dégager des ressources et rediriger les flux.

4) Annuler les dettes

Les personnes les plus en difficulté sont souvent endettées voir multi-endettées. Cela demande de mobiliser les banques centrales, françaises et européennes. Cela ne se fait pas rapidement, mais cela aurait un fort effet. On aurait pu l’utiliser au moment des gilets jaunes, car une bonne partie d’entre eux avaient un problème d’endettement. Et cette mesure ne coûte quasiment rien. 

5) Mettre fin à l’immigration

Il faut plus qu’un moratoire, un véritable stop. C’est politiquement compliqué et pas si simple que ça sur le plan logistique. Tant qu’on ne construit pas de nouveaux logements, toute immigration nette positive pose très vite problème quand un tiers du secteur est soviétisé et que le rationnement se fait par la file d’attente.  Si nous n’avions pas l’école gratuite, l’hôpital gratuite et les HLM, il n’y aurait aucun problème à avoir de l’immigration. On ne pourra pas augmenter le pricing power du salarié français si on lui met en face une population prête à être corvéable à merci et ubérisée. Évidemment, l’arrêt de l’immigration va créer une pénurie d'offres et il faudra compenser les entreprises.

6) Libéraliser le foncier

Aujourd’hui, nous n’avons pas de construction et c’est le facteur numéro un de l’augmentation des  prix. En France l’offre est restreinte, une multitude de facteurs empêchent la construction et font que les prix de l’immobilier augmentent. Cela va à l’encontre de tout ce qui se fait en termes de réglementation depuis des années et ça demande de détricoter beaucoup de choses. La situation actuelle favorise les possédants qui s’en mettent plein les poches.  Les autres sont obligés de s’endetter. Donc il faut faire la chasse à tous ceux qui empêchent la construction.

7) Distribuer des titres de propriété

A mon sens, il serait pertinent de décorréler ceux qui ont le plus de difficultés de la dette pour les corréler à la propriété. D’un point de vue fiscal et réglementaire, nous avons énormément avantagé le financement par endettement plutôt que celui par fonds propres. L’idée gaulliste, qui était aussi fondamentalement celle de Chesterton, de rendre la propriété accessible à tous a disparu. Elle a été remplacée par l’accès au crédit pour tous. Il faudrait changer la dynamique. Il faut augmenter les gains de productivité et ça n’arrivera pas si les gens ne se sentent pas concernés. La croissance est devenue un sport de spectateurs, il y a un fort jemenfoutisme. Il faut passer du monde de la dette à celui de l’equity. Et c’est un véritable changement. Ça ne peut pas être une mesurette. Mais il y a eu une conjonction des acteurs français pour ne pas aller dans cette voie.

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