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Une manifestation anti-passe sanitaire, le 7 août à Nantes.
Une manifestation anti-passe sanitaire, le 7 août à Nantes.
©Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Gare aux faux-semblants

Passe sanitaire et instabilité sociale : pas vraiment de quoi vacciner la croissance contre la récession...

L'état économique de la France fait l'objet de profondes divergences. Certains sont noyés de bonheur derrière des lunettes roses, là où d'autres – dont notre chroniqueur Jean-Yves Archer fait partie – sont vivement préoccupés. Où en sommes-nous ?

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Nicolas Dufourcq, dirigeant de BpiFrance, va jusqu'à parler de " catapulte " au regard de la vigueur de la reprise économique qu'il entrevoit. D'autres sont plus réalistes et moins soumis à la proximité du pouvoir exécutif.

Ils ont compris que la reprise se ferait en "K" (avec des secteurs gagnants et des perdants) et non en "V" ou en "aile d'oiseau" pour reprendre les termes optimistes du Gouverneur de la Banque de France.

Notre performance de croissance (+0,9%) au premier semestre est loin des scores italien (+ 2,8%) espagnol (+2,7%) et allemand (+1,5%). C'est un fait passé sous silence par les inféodés qui préfèrent le mensonge à la lucidité, à la belle et vaillante rectitude.

Autre point, notre déficit du commerce extérieur a été de près de 38 milliards d'euros au premier semestre 2021. C'est une Bérézina qui démontre que notre appareil productif est loin de gagner la bataille de l'export tandis que nous importons chaque année davantage.

L'économie politique n'aime pas la "chienlit" pour reprendre un fameux terme gaullien. Or, le mauvais management de la quatrième vague a fait ressurgir un mouvement social récurrent digne des Gilets jaunes. Objectivement, réunir près de 300.000 personnes dans des dizaines de villes en plein été est annonciateur d'une puissance triple de mobilisation à la rentrée de Septembre qui sera, par ailleurs, marquée par le fruit négatif du brassage estival de population si l'on considère le strict plan sanitaire.

Des manifs et du virus ! Joli programme.

La multiplication des prises de parole du Chef de l'État ne change pas d'un iota la contagiosité du variant Delta. Ce sont des kilogrammes de mots là où il faudrait une simple once de confiance à condition de savoir cultiver le mot empathie voire compassion face à un corps social qui souffre.

Dire que "la liberté ne se conjugue pas au singulier" (sic E. Macron) est un contresens que bien des lignes antérieures de l'éminent François Sureau ont mis à mal. Parler chaque jour relève du métier de présentateur d'un JT de 13 heures pas du respect des leçons du regretté communicant Jacques Pilhan qui sût aiguiller François Mitterrand puis Jacques Chirac.

Clairement, la centralisation extrême de la présidence, cette sorte de césarisme démocratique pour reprendre un terme de René Rémond, n'est pas de bon aloi.

Elle cristallise les pulsions négatives et induit des tensions sociales qui vont à l'encontre de l'harmonie que suppose une véritable croissance.

De surcroît, les économistes sont de plus en plus nombreux à rejoindre le camp de celles et ceux qui soulignaient – depuis des semaines - le danger des pénuries. Pénuries de main-d'œuvre dans bien des secteurs notamment le sanitaire et le CHR (Café-hôtel-restaurant). Pénuries de matières premières (acier, bois, semi-composants) et inflation corrélée : parfois à deux chiffres.

L'entrepreneur de septembre 2021 verra le champ social agité et le champ sanitaire marqué par un " stop & go " supplémentaire. S'y ajouteront les pertes de temps induites par l'usine à gaz que va être, in concreto, l'application du Pass sanitaire. L'État s'est cru très malin d'inventer ce nœud à coulisses pour forcer le flux des vaccinés, il a totalement sous-estimé l'atteinte à la consommation qui allait en découler.

Or, à la rentrée, je maintiens que le pouvoir d'achat sera un défi pour des millions de Français et que ceci pourrait conduire, là encore, à des mouvements sociaux. La mère de famille qui doit faire des économies sur le pot de Nutella n'est pas une électrice joyeuse à la pensée du 10 avril 2022.

Bruno Le Maire et ses dispendieux soutiens à l'économie l'ont compris. Sous le soleil intermittent de Brégançon, on fait une lecture différente d'autant plus qu'elle est nourrie de notes disjointes de la réalité profonde du pays.

Décidément le Pouvoir isole. Terriblement.

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