Paris : l’étrange allergie à la démocratie d’Anne Hidalgo | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Paris : l’étrange allergie à la démocratie d’Anne Hidalgo
©LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Intra-muros

Paris : l’étrange allergie à la démocratie d’Anne Hidalgo

Début novembre, la région Île-de-France a lancé une consultation sur l'instauration d'une nouvelle voie "verte" sur le périphérique. Une initiative qui n'a pas ravie la Mairie de Paris car elle a annoncé vouloir déposer un recours administratif contre ce référendum. Conseiller régional Île-de-France et auteur de "La Honte", un état des lieux de la politique de l'actuelle Maire de Paris, Pierre Liscia nous décrypte cette affaire.

Pierre  Liscia

Pierre Liscia

Pierre Liscia est porte-parole du mouvement Libres ! de Valérie Pécresse et auteur de La Honte (Albin Michel).

Voir la bio »

Atlantico : La Mairie de Paris est bien décidée à poursuivre son projet dinstauration dune voie dédiée aux transports en commun, aux véhicules propres ou de secours sur le périphérique. Alors quand elle s’aperçoit que la Région Île-de-France lance sa propre consultation sur le projet, elle réagit. Qua entrepris la Mairie concernant le référendum organisé par la région ? 

Pierre Liscia : La Mairie de Paris a annoncé saisir la justice pour protester contre la consultation des Franciliens organisée par la Région Ile-de-France sur le projet de suppression d'une voie de circulation pour tous sur le périphérique. C’est incompréhensible ! D’abord, je suis bien curieux de savoir sur quelles bases juridiques l’action de la Ville de Paris est fondée. Emmanuel Grégoire a dénoncé une consultation « illégale » qui reposait sur une « fakenews ». Non seulement cette consultation est un engagement de campagne de Valérie Pécresse qui a été pris devant les Franciliens et validé dans les urnes, mais c’est aussi parfaitement légal puisque prévu par le code général des collectivités territoriales dans la mesure où la Région est compétente dans le cadre du plan de déplacements urbains d’Ile-de-France (PDUIF). Si la Maire de Paris n’a pas l’habitude de tenir ses promesses électorales – le référendum des Parisiens sur Airbnb qu’elle s’était engagée à organiser dans la foulée de sa réélection n’a jamais eu lieu – il faut bien qu’elle comprenne que ce n’est pas le cas de Valérie Pécresse ! Par ailleurs, la consultation porte bien « sur le projet de suppression d’une voie de circulation pour tous afin de la réserver exclusivement aux bus et au covoiturage » : nulle fakenews ou reformulation mais bel et bien une reprise à l’identique des termes du projet tel qui a été présenté par la Mairie de Paris elle-même. Enfin, en tant que Président de Région et garante de l’intégrité territoriale de l’Ile-de-France, Valérie Pécresse est parfaitement légitime à demander leur avis aux Franciliens sur un projet qui est de nature à bouleverser profondément leur quotidien. Le boulevard périphérique, c’est un axe de circulation structurant en Ile-de-France emprunté par plus d’un million d’automobilistes par jour. La neutralisation d’une voix de circulation pour tous sur le périphérique ferait exploser la congestion automobile et donc la pollution atmosphérique et sonore subie par les Franciliens et les éloignerait un peu plus, notamment les plus modestes, du coeur de la métropole. Ce recours de la Ville est non seulement anti-démocratique, mais il est surtout anti-social et anti-écologique. Anne Hidalgo ne peut pas décider seule et unilatéralement d’un tel chambardement sans concertation préalable avec l’ensemble des territoires concernés. Paris n’est pas une île !

À Lire Aussi

Anne Hidalgo ou le symptôme éclatant du mal politique français

La stratégie de la Mairie de Paris a-t-elle un aspect anti-démocratique ?

Absolument. Et j’irai même plus loin. Depuis plusieurs années, Anne Hidalgo se gargarise d’avoir érigé la capitale en modèle de la démocratie locale où l’exercice du pouvoir se partage avec les citoyens. La novlangue municipale s’est même enrichie de nouveaux épithètes : inclusif, résilient, écocitoyen, partagé, circulaire, smart, douce, solidaire, harmonieux, rééquilibré, coopératif, etc. Mais cette jargonnerie bienveillante n’a qu’un seul objectif : casser son image de femme autoritaire et solitaire, qui gouverne avec brutalité, de façon unilatérale et sans concerter les élus ni consulter les Parisiens. La réalité, c’est que les consultations lancées par la Ville de Paris n’offrent jamais la possibilité aux Parisiens de se prononcer sur les grands projets structurants pour l’avenir de la capitale : la fermeture des voies sur berge a été décidée de manière brutale et unilatérale, tout comme l’implantation de la salle de shoot dans le Xe arrondissement, l’ouverture du centre d’accueil pour migrants à la porte de la Chapelle, la construction de la tour Triangle, tous les projets bétonisation qui asphyxient et surdensifient la ville, ou plus récemment la réquisition des Jardins d’Éole pour en faire une nouvelle colline du crack, au mépris de la sécurité des riverains. Dans chacun de ces cas, la Maire n’a jamais jugé nécessaire d’associer les Parisiens à la prise de décision alors que les projets évoqués ont des incidences directes et irréversibles dans le quotidien des Parisiens. Les consultations menées par la Ville sont pour la plupart des simulacres de consultations citoyennes qui visent d’abord à désamorcer toute accusation de passage en force ne sont ni plus ni moins de simples réunions d’information où les riverains sont mis au pied du mur. Sur d’autres sujets, quand la Ville ouvre une consultation citoyenne, elle prend soin de ne laisser les Parisiens débattre que de ce qui est cosmétique : la grande consultation publique lancée par Anne Hidalgo sur la fusion des quatre arrondissements centraux ne permettait pas aux Parisiens de se prononcer pour ou contre la fusion, mais elle leur offrait uniquement la possibilité de choisir le nom du futur arrondissement. Une enquête OpinionWay parue en novembre 2017 révélait qu’Anne Hidalgo était jugée autoritaire et sectaire respectivement par 77% et 57% des Parisiens ; et que 70 % d’entre eux estimaient qu’elle prenait ses décisions seule et sans concertation bien qu’elle prétende le contraire.

Est-ce la première fois que la Mairie de Paris entrave la vie démocratique ? Y a t-il dautres exemple de cela ?

La Maire de Paris aime la démocratie participative mais seulement si vous êtes d’accord avec elle. D’ailleurs, si vous jetez un oeil à la plateforme web de la Mairie de Paris dédiée à la participation citoyenne, les consultations lancées par la Ville ne recueillent que quelques dizaines voire centaines de votes en moyenne, à quelques exceptions près, sur les plus de deux millions d’habitants que compte la capitale. Ainsi, la contre-consultation lancée par des amoureux du patrimoine sur l’esthétique de Paris a réuni trois fois plus de participants que la consultation officielle lancée par Emmanuel Grégoire ; celle sur la piétonisation des berges de Seine n’a mobilisé que 119 participants tandis que 364 Parisiens à peine ont contribué à celle sur la création d’une « forêt urbaine » place de Catalogne. L’existence de cette plateforme web gérée par la Ville, bien que très faiblement consultée par les Parisiens, permet d’exclure de ses dispositifs de démocratie locale toutes les autres consultations lancées sur d’autres plateformes participatives comme change.org ou MesOpinions.com qui mobilisent souvent plusieurs dizaines de milliers de Parisiens : près de 25 000 personnes ont signé la pétition qui réclame l’indemnisation des victimes de l’explosion de la rue de Trévise, plus de 42 000 se sont exprimées contre l’arrêt d’Autolib sans concertation citoyenne préalable, et près de 8000 personnes ont même demandé à Anne Hidalgo de montrer l’exemple en renonçant à sa voiture de fonction avec chauffeur… Il est surprenant de constater que le mastodonte administratif municipal est plus prompt à engorger les tribunaux pour s’opposer à une initiative démocratique régionale qu’à se consacrer à écouter les Parisiens et à améliorer la qualité et l’efficacité des services publics rendus, le tout à grands coups de frais de justice et d’avocats généreusement payés par le contribuable parisien. Entendre aujourd’hui celle qui est désormais candidate à la présidentielle dénoncer la gouvernance solitaire et hors-sol d’Emmanuel Macron ne manque pas de toupet car elle ne cesse encore aujourd’hui de mépriser tous ceux qui ont l’outrecuidance de ne pas être d’accord avec elle !



En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !