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Parents d'enfant surdoué : la difficulté de ne pas faire de complexe d'infériorité
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Bonnes feuilles

Parents d'enfant surdoué : la difficulté de ne pas faire de complexe d'infériorité

Pour la première fois, un livre s'intéresse à la petite enfance du surdoué, de la naissance à six ans. Extrait de "Le petit surdoué, de 6 mois à 6 ans" (1/2).

Monique de Kermadec

Monique de Kermadec

Monique de Kermadec

Psychologue clinicienne et psychanaliste, spécialiste de la précocité et la réussite chez l'enfant et l'adulte. Elle est l'auteur de Le petit surdoué de six mois à six ans et de Pour que mon enfant réussisse parus chez Albin Michel.

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Mine de rien, l'intuition ou la certitude soudaine que l'on abrite un jeune surdoué à la maison provoque un mini raz-de- marée émotionnel, et déclenche une foule de questions.

« Quand je me suis rendu compte qu'Élisa suivait les traces de son grand frère diagnostiqué précoce à l'âge de 8 ans, confie Sylvia, au lieu de m'en réjouir, j'ai senti une chape de plomb tomber sur mes épaules. La tâche ne serait-elle pas trop ardue pour nous deux ? Comment allions-nous faire ? Serions-nous à la hauteur ? » Être à la hauteur : cette interrogation figure dans la liste des craintes les plus fréquemment avouées par les parents, surtout chez ceux qui n'ont pas suivi un parcours classique, ou qui n'ont pas poursuivi leurs étud

Ces parents sont alors « chatouillés » par un mini-complexe d'infériorité : « Comment, moi, parent lambda, vais-je parvenir à éduquer un génie en herbe ? semblent-ils penser. On voit alors arriver en consultation des parents tout intimidés, rentrant les épaules, poussant en avant leur enfant, se retranchant derrière lui, parce qu'ils viennent de découvrir son potentiel intellectuel. Ces adultes dévalorisés, parce qu'ils n'ont pas suivi la « voie royale », s'imaginent qu'ils seront de piètres parents. Rien de plus faux.

À la question : « Serai-je à la hauteur ? » la réponse est : oui, bien évidemment ! Vous êtes les meilleurs parents du monde pour votre enfant – en sachant que le parent parfait n'est qu'une illusion. Freud lui-même n'avait-il pas dénoncé cette utopie du « parent parfait » ? «Quoi que vous fassiez – a-t‑il écrit – vous ferez toujours mal. » Autrement dit : votre éducation ne pourra pas être parfaite, mais vous ferez de votre mieux.

Ce à quoi le pédiatre Donald Winnicott, riche de son expérience avec des centaines et des centaines de consultations mère-enfant, a répondu comme en écho par la formule : « The way to be a good mother is to be a good enough mother », autrement dit : la meilleure façon d'être une bonne mère est d'être une mère suffisamment bonne. Une mère « trop bonne » ne serait pas assurément, une « bonne mère ». Une mère « trop bonne » ne serait-elle pas un monstre de dévouement, de sacrifice ? L'éducation passant aussi par la frustration, celle de l'enfant, mais aussi celle de la mère qui « se limite », limite son pouvoir, son omnipotence, une mère suffisamment bonne ne doit pas trop en faire. Elle prête attention à son bébé, lui apporte la sécurité, lui épargne la douleur, tout en lui apportant des soins d'ordre physique et affectif. Une good enough mother n'est pas une déesse, mais une « jardinière », cultivant, semant des graines, sans se transformer en dieu tout-puissant. Même avec un petit précoce !

Quand ils apprennent que leur enfant est pourvu d'une intelligence hors norme, certains parents, en particulier s'ils n'ont pas été dépistés, ou ont arrêté leurs études tôt, décident tout bonnement de mettre un point final à leur carrière pour consacrer tout leur temps et leur énergie à leur petit Einstein. Nous ne discuterons pas ici de l'avantage ou non de mettre entre parenthèses sa vie professionnelle pour éduquer au mieux ses enfants. Cela procède d'un choix, d'une intime conviction. Mais ne vous sentez pas obligés de le faire. Même si ces petits surdoués réclament, en effet, beaucoup d'attention, il n'est en aucun cas obligatoire de tirer un trait sur un métier qui vous nourrit et vous épanouit.

Extrait de "Le petit surdoué, de 6 mois à 6 ans", Monique de Kermadec et Sophie Carquain, (Albin Michel éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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