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Olivier Adam : à la recherche de nos vies perdues
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Olivier Adam : à la recherche de nos vies perdues

Parfois, à mi- parcours, le présent est maussade, l’avenir incertain. Olivier Adam fait de cette crise existentielle la matière de son douzième roman « Une partie de badminton (Flammarion). La vie est une traversée en général mouvementée, avec récifs escarpés et courants contraires. Cependant, pour qui sait garder le cap, « c’est une « putain de belle vie », conclut le romancier.Larmes, cris et grincements de dents, puis, tout à coup, le soleil sur la baie ? Eclairage(s).

Annick  Geille

Annick Geille

Annick Geille est une femme de lettres et journaliste française, prix du premier roman 1981 pour Portrait d'un amour coupable et prix Alfred-Née de l'Académie française 1984 pour Une femme amoureuse. Elle est également la cofondatrice, avec Robert Doisneau, du magazine Femme.

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Séparations, ambitions déçues, embrouilles familiales ou professionnelles, sans oublier les problèmes de santé  : le bilan, lorsqu’on est encore et toujours jeune, certes, mais un peu moins que l’an passé, n’est pas folichon. Nous gardons le sourire, car tout le monde le saitet chacun le sent : la vie n’est pas une partie de plaisir, ni de Badminton ( cf. la chanson d’Alain Chamfort). En outre, comme le recommandent les britanniques-  après le conseil  que donna la Reine Victoria au futur Edouard VII-, il sied, si l’on est un gentleman, de ne  pas s’expliquer, et de ne pas se plaindre.(« never explain, never complain »).Stoïcisme  qu’appréciait Francis Scott Fitzgerald (1896-1940) dont ce fut la morale, assez intraitable, que désavouaFrançois Nourissier (1927-2011),longtemps patron de l’académie Goncourt. L’auteur de la « Crève » (Grasset/Poche)affirmait au contraire « qu’il fautparfois se plaindre et toujourss’expliquer ».

Chacun avisera, quant à Olivier Adam, il s’empare avec stoïcisme de cette crise du mi-parcours pour nourrirson douzième roman. Il s’agit du temps qui passe, de la solitude de chacun parfois, face à l’énigme des existences, quand « Plus rien n’a de sens ». Son narrateur, Paul, est comme souvent chez Olivier Adam, son double imaginaire. Une sorte d’alter-ego.Lui –même en somme, à quelques  nuances près. Un peu comme Philippe Roth et John Updike savaient si magnifiquement le faire,  Olivier Adamnous offre son presque frère en pâture. Nous l’avons vu aux prises avec la disparition de la femme aimée( « Des vents contraires »/ L’Olivier 2009),voici que ce double est devenu en prenant de l’âge un écrivain à marée basse : le romancier qui n’écrit plus. Paul est bloqué. Définitivement, ou pas ? Cette question le hante jour et nuit, un truc à se flinguer. L’écrivain qui n’écrit plus n’est-il pas un fantôme, quelqu’un qui fait semblant de vivre,  une ombre, en somme ? Le narrateur d’Olivier Adam ne parvient plus à « penser » son livre, il l’envisage certes, mais la vie est trop ingrate pour qu’il puisse s’en extraire et rêvasser, ou méditer, la rêverie étant nécessaire à l’écriture.« Savoir que l’écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu’elle est précisémentlà où tu n’es pas, c’est le commencement de l’écriture », affirmaitAndré Maurois. C’est à son roman « Climats » ( Grasset et Cahiers Rouges) que fait penser ce qu’il y a de plus réussi dans « Une partie de Badminton »,c’est – à- dire  la peinture des paysages et autres natures mortes,  pour traduire l’humeur des protagonistes. Paul, l’écrivain en panne d’ « Une partie de Badminton », déprime. Ses livres se vendent moins bien,  ils ne figurent plus sur les listes  de la rentrée littéraire, son éditeur ne l’appelle plus. Professionnellement, donc, le paysage est aride voire, désertique.  Par ailleurs Paul assiste à l’échec de son couple : sa femme le trompe, of course, et qui plus est, avec leur –voisine, mariée à un rustre. En pleine crise adolescente, sa fille fugue ; son fils aurait grand  besoin d’un modèle paternel, alors que Paul flanche, justement. Qu’il est presque en train de couler; comble de malchance, certains de ses « amis »  parisiens sont demeurés « à flot » comme disent les marins de Saint-Malo. Ils « tiennent le cap », alors que Paul se sent devenir un futur noyé. Il s’interroge.  Est-il vieux, terminé, fini ? « Paul connaissait (…)cette manière qu’avaient les défenses de tomber, l’armure de se fendre. On se retrouvait sans protection, le cœur en morceaux et les larmes aux yeux pour un rien ». On pense  donc à « Climats » d’André Maurois, disais-je , mais aussi aux lumières sur la côte bretonne d’Eugène Boudin,« le roi des ciels »,  d’après Corot : " Nager en plein ciel, arriver aux tendresses des nuages, suspendre des nappes dans la brume grise, faire éclater l'azur ". ..

« La maison dominait la mer. De la terrasse on pouvait embrasser la baie entière, deviner les criques nichées entre les falaises, suivre la découpe compliquée de la côte, la succession de pointes de granit et de longues anses de sable blanc, de havres et de presqu’îles. « précise Olivier Adam. Hors saison  et avec leurs volets fermés, les stations balnéaires n’incitent guère à la gaieté ; leur sévère beauté ne parle qu’à la chance,  et à ceuxqui la tiennent : les artistes et les amants,  à l’opposé de ce qu’est Paul à cet instant. « Il marcha dans leur direction, foulant le sable constellé d’algues emmêlées, de coquillages brisés, des grains de mica étincelants. À l’est la plage butait contre une pointe rocheuse. De l’autre côté s’étendait un autre ruban de sable, en surplomb duquel s’élevait la maison qu’avait possédée autrefois Colette. »

« Des vents contraires » mettait en scène un deuil rendu impossible par la disparition pure et simple de la personne aimée. Ici, c’est l’amour, sans doute, qui s’est évaporé, comme il le fait souvent après un certain temps avant de prendre une autre forme, que l’auteur évoque  en fin de parcours,  par ce plaisir qu’éprouve  le narrateur à la simple  vue des siens, enfin réunis après bien des mésaventures, risques de  ruptures, et autres  fins. 

Rester vivant ! L’auteur prouve ainsi que le mieux qui puisse arriver à qui que ce soit, avec le temps, c’est … qu’il ne lui arrive rien, justement. Dommage qu’Olivier Adam, malgré la beauté de ses peintures,par peur de manquer,  en rajoute une couche. Il rate sa fin. Il y a les bons et les méchants, l’idéologie gâte la sauce. Comme le disait Proust dans la Recherche : « Une œuvre où il y a des théories, c’est comme un cadeau sur lequel on aurait  laissé le prix ».Heureusement pour nous, lecteurs,  Olivier Adam réussit tout le reste, en particulier ses tableaux de la Côte d’Emeraude : « D’autres falaises encore et c’était la plage du Verger, qu’ils aimaient tant en automne, la chapelle et les champs de fougères. Il fit défiler mentalement le paysage et ce furent des années entières qui s’écoulèrent, qu’ils n’avaient vouées qu’à la mer ».

« Une partie de Badminton », Olivier Adam, Flammarion, 21 euros.

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