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Non mais allô quoi ! Pourquoi les téléphones pourraient bien ne plus nous servir à téléphoner
©Reuters

Allô à l'eau

Non mais allô quoi ! Pourquoi les téléphones pourraient bien ne plus nous servir à téléphoner

Ericsson vient de publier son rapport bisannuel sur la mobilité et le constat est sans appel : la fonction primaire du téléphone est en déclin. Les jeunes générations téléphoneraient de moins en moins et utiliseraient davantage leur téléphone pour aller sur Internet. D'ici 2015 d'ailleurs, le visionnage de vidéo pourrait devenir l'utilisation numéro un de notre cellulaire adoré.

Catherine Lejealle

Catherine Lejealle

Catherine Lejealle est docteur en sociologie et ingénieur télécom (ENST Bretagne). Elle est professeur à l'ISC Paris et co-fondatrice de la Chaire Digital BusinessSes domaines de recherche couvrent les usages des TIC (téléphone portable, Internet, médias sociaux…)

Elle a publié La télévision mobile personnelle : usages, contenus et nomadisme,  Les usages du jeu sur le téléphone portable : une mobilisation dynamique des formes de sociabilité  aux Editions L'Harmattan et J'arrête d'être hyperconnecté ! : 21 jours pour réussir sa détox digitale chez Eyrolles.

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Atlantico : Selon le rapport 2014 d'Ericsson sur la mobilité publié le 3 juin, la communication orale par téléphone devrait atteindre son summum en 2015 puis chuter considérablement au profit d'Internet. Allons-nous vers une dépossession du téléphone de sa fonction primaire ? Quels sont les modes de communication les plus prisés aujourd'hui (sms, applications, etc) ?

Catherine Lejealle : L’analyse du temps passé sur un mobile montre depuis déjà deux ans que le temps passé à téléphoner sur un mobile diminue en proportion au profit des applications et de la navigation. L’évolution sémantique illustre cette évolution. Lorsque le mobile est apparu, il s’appelait téléphone portable et consistait à couper le fil, puisqu’on pouvait appeler de n’importe où. La révolution majeure s’est traduite par une conséquence : au lieu d’associer un numéro de téléphone à un lieu (le téléphone familial du salon), on associe désormais un numéro de téléphone à une personne donnée. Le SMS est rapidement venu agrémenter l’appel. Ainsi les fonctions de communication primaient.   

Progressivement d’autres fonctions se sont greffées dessus : appareil photo, lecteur MP3, console de jeux, écran de TV et de vidéo, pages jaunes et GPS, programmes et horaires de spectacles, achats, et surtout les réseaux sociaux… Le temps que l’on passait auparavant sur différents supports distribués (appareil photo, console de jeux, programme de tv papier, …) est maintenant regroupé sur un seul objet, le mobile.  

Mais il ne suffisait pas de greffer les applications. Il restait deux verrous qui ont été levés. Un verrou financier avec l’arrivée de forfaits SMS illimités et surtout l’arrivée de Free notamment, qui a permis une démocratisation de l’internet haut débit sur mobile. L’autre verrou était d’ordre technique et lié à la qualité des réseaux. Les temps de réponse sont très rapides aujourd'hui. Cette conjonction de facteurs a conduit les utilisateurs à utiliser les SMS en mode synchrone, ou ping pong, c'est à dire en conversation en temps réel. Ainsi, des conversations qui n’étaient pas possibles, comme par exemple dans un lieu où l'on ne souhaite pas déranger les autres. Et cette observation est valable dans toutes les sphères de notre vie, aussi bien dans les conversations amoureuses, amicales que professionnelles ou pour régler des questions de logistique (avec agent immobilier, banquier, garagiste…).

Enfin, l’explosion des réseaux sociaux (facebook, twitter pour n’en citer que deux) et du digital business (on navigue pour préparer son achat, lire des commentaires d’internautes et passer commande) amplifient le tsunami internet sur le mobile.  

Toujours selon ce rapport, Internet servira principalement à regarder des vidéos. Comment expliquer cette tendance ? 

La vidéo est effectivement en plein essor sur le mobile pour deux raisons. La première est liée à l’essor des réseaux sociaux où on échange des vidéos. La seconde est liée au contexte et à ses contraintes et opportunités: l’usage du mobile se fait essentiellement sur de multiples courtes durées pendant les pauses, entre deux activités, en déplacement... Ainsi il faut des formats courts qui s’adaptent à la durée disponible. Cela ne veut pas dire qu’on ne regardera pas un film le soir sur sa TV ou qu’on ne fera pas un jeu immersif sur son ordinateur à la maison.

Mais on comprend comment l’usage d’Internet se fait et se fera encore plus massivement sur le mobile sur de courtes durées pour voir les notifications, lire les mails en continu, renvoyer un lien vers une vidéo amusante sur youtube, chercher une info qui s’insère dans la conservation. Tout au long de la journée, en discutant avec les collègues, en voyant une affiche dans le métro, en lisant quelque chose, cela suscite une question. Sachant qu’on a la réponse à portée de main, sans surcoût et avec un temps de réponse immédiat, on va voir sur le moteur de recherche. La fonction vocale qui permet d’énoncer la recherche tout en tenant son parapluie ou son café à la main facilite et invite à la recherche. Tout est facile et sans coût additionnel. Donc oui, Internet servira de plus en plus à voir des contenus courts comme la vidéo, qui se partage facilement.      

A quels changements concernant les offres des opérateurs peut-on s'attendre ?

Les offres forfaitaires actuelles répondent déjà à la question de l’illimité. Le marché étant arrivé à maturation voire saturation, les opérateurs cherchent surtout à offrir du quadruple play et à capter les services que leurs clients ont chez d’autres opérateurs. Mais les reconfigurations capitalistiques entre opérateurs peuvent modifier les offres actuelles. Le rachat de SFR aura –t il un impact sur les tarifs ? Comment ceci se traduira t il sur le plan financier ? Rappelons que nous Français, bénéficions des tarifs parmi les plus bas en la matière.

A quelles autres évolutions concernant nos téléphones pouvons-nous nous attendre au-delà de 2015 ? Reviendrons-nous un jour à la communication vocale par téléphone ? Pourrons-nous encore les appeler téléphone ?

On voit deux évolutions majeures. La première concerne la fonction paiement via le NFC, transformant le mobile en porte monnaie. La seconde concerne les objets connectés et l’interaction avec des capteurs sur les objets. Cette utilisation est de plus en plus plebiscitée par les services marketing. Il y a également une autre tendance qui voit le jour actuellement, le quantified self, qui consiste à suivre son état de santé et de forme ; de piloter à distance ses appareils au foyer etc... Le mobile sera le lieu de convergence des signaux et informations et permettra un pilotage global.

D'ailleurs, on ne parle plus de téléphone mais de mobile car c’est bien cette fonctionnalité qui prime et qui apporte de la valeur. On peut tout avoir à portée de main en permanence grâce à lui. Et il facilite non seulement le moment présent (grâce à la géolocalisation, horaires, infos trafic en temps réel...) mais aussi de faire office de mémoire (photos) et de garder les traces du passé tout en préparant le futur (ses voyages, ses achats…).   

 

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