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Les élections municipales auront lieu dans 100 jours.
Les élections municipales auront lieu dans 100 jours.
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Municipales, J-100 : là où les jeux sont faits, là où ça reste ouvert

Le premier tour des élections municipales aura lieu le 23 mars 2013, soit dans exactement 100 jours. Si dans certaines villes, telles Bordeaux, Lyon ou Lille, le scrutin paraît plié, ce n'est pas le cas dans de nombreuses autres comme Paris ou Marseille.

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est Directeur en charge des études d'opinion de l'Institut CSA.
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Atlantico.fr : Nous sommes aujourd'hui, vendredi 13 décembre 2013, à 100 jours du premier tour des élections municipales. Quelles sont les villes où le résultat semble déjà acquis et pourquoi ? 

Yves-Marie Cann : Nous sommes à 100 jours du premier tour, ce qui impose évidemment une certaine prudence car, dans les enquêtes qui ont été réalisées jusqu'ici, les Français rentrent tout juste dans la campagne des municipales et ils n'y rentreront vraiment de plain-pied qu'après les fêtes. Surtout, l'offre électorale n'est pas encore déterminée à certains endroits.

Ceci étant dit, on voit que dans certaines villes, et notamment des grandes villes, l'issue du scrutin laisse peu de place au suspens. Si on prend l'exemple de Bordeaux, il paraît acquis qu'Alain Juppé remportera l'élection. Il distance très largement ses principaux poursuivants. Il est même crédité de 59 % d'intentions de vote au premier tour (enquête CSA pour BFMTV du 11 décembre).

Cette enquête nous permet de comprendre quels sont les ressorts de certains maires sortants comme à Lille, Lyon ou Nice. Dans ces villes-là, les maires sortants abordent les élections avec un avantage certain car ils sont crédités d'un bon bilan. C'est la première condition pour aborder les municipales en position de favori. Mais c'est quelque chose qui peut ne pas suffire. Ils doivent également  porter un projet d'avenir. Tout l'enjeu pour eux est de faire passer leur bilan comme une garantie du nouveau projet qu'il présente.

Quels sont les endroits où l'élection pourrait encore basculer ?

Il faut distinguer les cas de Marseille et de Paris. A Paris, on assiste à un renouvellement complet de l'offre politique puisque Bertrand Delanoë ne se représente pas et que l'opposition présente elle aussi une candidate inédite. D'une certaine façon, cela rebat les cartes et cela peut renforcer l'incertitude quant à l'issue du scrutin.

Globalement, l'équipe sortante est créditée d'un bon bilan, ce qui peut être un avantage pour Anne Hidalgo. Ceci étant, toute la difficulté pour elle va être de se différencier de Bertrand Delanoë, de montrer en quoi sa candidature est un renouvellement de l'offre programmatique, notamment sur certains sujets comme le logement ou les transports. Ce sont des éléments pour lesquels l'opinion estime que le bilan est plutôt mauvais.

Qu'est-ce qui peut faire basculer le vote à Paris ? Nathalie-Kosciusko-Morizet a-t-elle encore une chance de gagner l'Hôtel de ville ?

La personnalité de NKM paraît aujourd'hui plus en phase avec l'électorat que ne l'était en 2008 la personnalité de Françoise de Panafieu : elle apparaît beaucoup plus modérée en termes de positionnement politique. Cela pourrait lui permettre de récupérer certaines voix du Centre, qui s'était reporté sur Bertrand Delanoë en 2008. Une grande partie de l'enjeu du scrutin consiste à gagner ces voix. Le problème de NKM est qu'il lui faut également convaincre les voix de son propre camp. C'est pour cela qu'elle avait abordé les thématiques de l'insécurité, des Roms, de la fiscalité, qui sont des enjeux de nature à fédérer les électeurs de droite. Encore une fois, nous sommes à 100 jours du premier tour et le rapport de force politique peut évoluer sous l'effet de la campagne.

Qu'est-ce qui pourrait faire évoluer le vote à Marseille ? L'hôtel de ville peut-il être gagné par Patrick Mennucci ?

Le cas est un peu différent de celui de Paris. L'issue du scrutin est incertaine. Il y a l'usure du pouvoir à laquelle est confronté Jean-Claude Gaudin, qui est maire depuis 1995. En outre, son bilan est jugé sévèrement par ses administrés. C'est une faiblesse évidente. A cela s'ajoute le fait qu'il se présente pour un quatrième mandat et qu'il est âgé. Sur le plan du dynamique que doit incarner un maire, cela pourrait poser un problème.

L'incertitude est encore plus grande à cause du Front national. Tout semble indiquer qu'il pourrait réaliser un bon score et menacer Jean-Claude Gaudin. Des triangulaires entre gauche, droite et FN pourraient avoir lieu dans certains arrondissements et favoriser les listes de gauche et provoquer la victoire de Patrick Mennucci.

Au-delà de cette question, il y a un enjeu pour le PS qui est de rassembler la famille de gauche à l'occasion de ces municipales. Les primaires ont été une grande source de tensions entre Samia Ghali et Patrick Mennucci. Ce dernier doit aujourd'hui cicatriser cette plaie pour aborder au mieux la campagne des municipales.

Distingue-t-on d'autres grandes villes où le scrutin est aussi incertain qu'à Marseille ?

On s'aperçoit qu'à ce stade de la campagne, les municipalités sortantes, quand elles sont de gauche, ne semblent pas pâtir de l'impopularité du gouvernement et du président. Il y a plus d'incertitude dans les villes qui ont été gagnées de justesse par la gauche en 2008, comme Valence par exemple.

Comme à Marseille, l'incertitude du scrutin repose sur le poids du Front national. Son score sera déterminant dans beaucoup de municipalités

L'expérience des municipales nous permet-elle de considérer que les tendances de décembre sont généralement vérifiées ? La situation globale peut-elle encore évoluer, et si oui, qu'est-ce qui pourrait bouleverser la donne ?  

Les enquêtes réalisées à 3 mois du premier tour nous permettent d'établir le rapport de force tel qu'il se dessine à l'entame de la campagne. Mais ces sondages ne sont en aucun cas prédictifs car les 100 jours qui nous séparent du premier tour vont être 100 jours de campagne. Dans un contexte politique national compliqué, le premier enjeu pour les candidats de gauche va être de rassembler leur électorat, de ne pas le laisser se réfugier dans l'abstention.

Chez les personnes interrogées, la motivation est d'abord locale. Mais pour ceux qui veulent voter en fonction du contexte national, la volonté est d'abord de sanctionner le gouvernement.

Dans l'hypothèse où les électeurs sont influencés par le contexte national, l'effet d'un retournement de conjoncture économique ou de la courbe du chômage aurait un effet limité sur les municipales : on voit, quand il y a un retournement de tendance, un décalage entre le moment où la baisse s'opère dans les statistiques de Pôle Emploi et le moment où les Français commencent à y croire. Le délai avec les municipales semblent trop court pour qu'une quelconque évolution de la conjoncture influence le vote en faveur de la gauche.

D'une manière générale, le gouvernement doit-il s'attendre à une grande sanction lors de ces élections ?

Les élections municipales sont d'abord locales. Au moins un électeur sur deux vote d'abord en fonction de considérations locales. D'autres paramètres entrent en jeu, comme la notoriété du candidat. Néanmoins, dans les grandes villes où l'étiquette politique est plus affirmée, où l'élection est plus politisée, la gauche s'expose d'avantage à un vote sanction.

Propos recueillis par Sylvain Chazot

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