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Maroc : une opposition unie 
par le "tout sauf les islamistes" ?
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Législatives marocaines

Maroc : une opposition unie par le "tout sauf les islamistes" ?

Surprise la semaine dernière : une coalition de partis marocains a vu le jour près d'un mois avant les élections législatives prochaines. Le Maroc s'oriente ainsi vers une clarification de son champ politique.

Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui est directeur général du cabinet de communication d'influence Guepard Group.

Il est l'auteur du livre Intelligence Economique et guerres secrètes au Maroc (Editions Koutoubia, Paris).

 

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Ce matin là, juché sur le toit d’un grand hôtel de Rabat pour une séance photo avec ses nouveaux alliés, le visage souriant du ministre des Finances, Salahedinne Mezouar, cache mal les cernes causées par les nuits sans sommeil qui ont probablement précédé l’annonce de la création de la « coalition pour la démocratie ».  Cette dernière se veut une alliance de huit partis politiques qui ont décidé de jeter ensemble leurs forces dans la bataille des législatives devant se dérouler fin novembre prochain.

L’enjeu est de taille, et le grand argentier du Royaume - également président du parti libéral, le RNI- a sans doute conscience que le pas qu’il vient de franchir avec ses alliés va permettre à l’électeur marocain d’identifier une ligne de fracture dans un champ politique atomisé. En effet, dans un pays où les hommes politiques ne se déterminent pas par rapport aux clivages classiques entre droite et gauche, mais naviguent plutôt à l’aune des « circonstances  qui changent », cette  initiative visait en priorité à clarifier l’offre politique avant que les citoyens ne se rendent aux urnes.

Tout sauf les Islamistes ?

Certains ont cependant protesté face à l’éclectisme de cette coalition, car elle regroupe des partis de gauche, du centre droit, ainsi que les travaillistes d’Abdelkarim Benatiq ou encore les écologistes du Parti de la Gauche Verte (PGV). D’autres, au contraire, estiment qu’elle est soudée par le « TSI », c’est à dire le « Tout Sauf les Islamistes » du Parti de la Justice et du Développement (PJD).

Or, ce dernier a lancé depuis plusieurs semaines une offensive de charme en direction des élites marocaines, tout en restant vague sur le devenir de ses marqueurs idéologiques fondamentaux s’il venait à arriver aux affaires. Derrière cette stratégie, se profilerait en réalité la volonté du PJD de capitaliser sur la cote de popularité stratosphérique dans le monde arabe de Recep Tayipp Erdogan, en vendant aux leaders d’opinion marocains la transposition pure et simple du modèle turc. Sauf que ce scénario en apparence bien huilé comporte deux failles de taille : le Maroc n’est pas un pays laïc, et le parti islamiste  refuse de  prendre un positionnement clair vis à vis  des « questions qui fâchent » (alcool, héritage, prêts bancaires) où il est attendu au tournant par des Marocains très attachés à leur modèle de société.

Une offre politique resserrée bienvenue

Face à une cristallisation probable de l’opinion publique, et en l’absence de sondages d’opinion fiables, tout le monde guette l’attitude du leader actuel de la majorité, le parti de l’Istiqlal, que l’on dit tenté par une alliance avec les islamistes, mais qui ne s’est toujours pas prononcé officiellement sur ses intentions. Au sein du parti, la nouvelle génération n’est pas certaine que les islamistes soient devenus des alliés « fréquentables », et souhaite se donner du temps avant de donner la réplique à la toute nouvelle « coalition pour la démocratie ». Autre inconnue, la position de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), le grand parti de gauche marocain, qui semble plus préoccupé par ses luttes intestine que par son positionnement éventuel au sein d’un pôle qui se dresserait face à la nouvelle alliance.

En attendant, une seule chose semble certaine, une offre politique plus resserrée ne peut être que bénéfique pour faire vivre la nouvelle constitution marocaine. Reste à trouver un animateur de talent pour composer une équipe gouvernementale « de combat », qui devra affronter des réalités budgétaires et politiques ardues. Salahedinne Mezouar pense pouvoir jouer ce rôle en s’appuyant sur cette coalition qui a au moins le mérite de « cliver » le champ politique.

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