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Mais comment Donald Trump est-il parvenu à séduire la droite religieuse sans même faire semblant une minute de s'intéresser aux Evangiles ?
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THE DAILY BEAST

Mais comment Donald Trump est-il parvenu à séduire la droite religieuse sans même faire semblant une minute de s'intéresser aux Evangiles ?

Trois fois marié, vorace à un point épique, malhonnête de naissance, adultère, il exalte les riches et méprise les vulnérables. Et pourtant, la droite religieuse le soutient.

James Kirchick

James Kirchick

James Kirchick est correspondant pour le Daily Beast.

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James Kirchick -  Copyright The Daily Beast

Y a-t-il eu une remarque qui illustre mieux cette misérable campagne que la profession de foi de Donald Trump : "J'adore ce qui est inculte !"? Prononcée au soir de sa victoire lors de la primaire du Nevada, cet aveu incroyablement franc l'était à double titre : elle laissait entendre non seulement que la campagne de Trump profitait du puits sans fond de l'ignorance du peuple mais que lui-même est le candidat le moins informé d'un grand parti de toute l'histoire de l'Amérique.

Rare est le politicien qui admet profiter de la crédulité de ses propres partisans. Cependant, tous les républicains ne sont pas tombés dans le piège de Trump. Le mouvement conservateur aux Etats-Unis peut, dans les grandes lignes, être résumé comme l'alliance de trois courants : les "faucons" de la sécurité nationale, les défenseurs du libre marché et les chrétiens conservateurs (principalement des évangélistes). De différentes façons, et à des degrés divers, Trump leur a fait répudier sans honte leurs convictions fondamentales.

Sa dénonciation de la guerre d'Irak, qui, dit-il, a été prêchée avec "des mensonges", ses affirmations répétées selon lesquelles l'OTAN est "obsolète", sa proximité avec la Russie de Vladimir Poutine, le rendent à juste titre peu ragoutant aux yeux des "faucons" reaganiens. Son mercantilisme, son protectionnisme, son opposition à la reforme des programmes sociaux sont de grandes déceptions pour les tenants républicains d'un rôle "'light" du gouvernement. Pour finir, la vie personnelle débridée du candidat et sa vulgarité constituent une agression frontale envers les "valeurs" que les conservateurs religieux tiennent pour tellement impotantes.

Malgré ces multiples hérésies, Trump n'a été rejeté que par deux des trois courants républicains. A de rares exceptions près, les "faucons" de la sécurité nationale et les partisans du marché libre sont restés fidèles à leurs principes et ont refusé d'être associés à une campagne qui renie des décennies d'orthodoxie républicaine sur la politique étrangère et l'économie.

Contrairement à eux, de nombreuses personnalités de la droite religieuse se sont déclarées en faveur de Trump. C'est une évolution étonnante quand on connait le profond fossé qui sépare leurs principes affichés et ceux de Donald, l'ancien présentateur de la TV réalité. Et Trump n'est pas soutenu uniquement par les leaders des évangélistes. Selon un sondage de l'institut Pew au mois de juillet dernier, 78 pour cent des évangélistes blancs se sont déclarés favorables à Trump, chiffre à comparer aux seulement 73 pour cent en faveur de Mitt Romney à la même époque, en 2012. Les mêmes voix qui à une époque se lamentaient de "la mort de l'indignation" quand les Américains refusaient de criminaliser la vie sexuelle de Bill Clinton, celles-là même veulent maintenant nous faire croire que Donald J. Trump est moralement capable d'occuper le Bureau ovale.

Ce qui est très étonnant car Trump est la négation vivante de tout ce que chaque conservateur évangéliste affirme croire. Trois fois marié, rapace à un point épique, malhonnête de naissance, adultère à répétition, il se vante de ses conquêtes sexuelles, exalte les riches et les puissants tout en accablant de son mépris les faibles et les vulnérables.

Trump est le malin incarné des paraboles du catéchisme. Il n'adore pas Dieu mais la richesse matérielle. Sa vie entière est la négation du credo judéo-chrétien, que Dieu nous a placés sur Terre pour aider les moins fortunés que nous.  

Voir les leaders chrétiens conservateurs se mettre en rang pour valider la candidature présidentielle de cet homme avait tout d'une allégorie religieuse : un défilé de Tartuffes faussement vertueux en train de vendre leurs âmes contre des richesses et le pouvoir, avec Trump dans le rôle du noble riche qui achète des indulgences pour s'absoudre de ses péchés dans ce bas monde.

Beaucoup de conservateurs évangélistes exigent que les dirigeants politiques aient une relation personnelle avec le Tout puissant. Trump dit qu'il n'a jamais demandé pardon à Dieu, ce qui ne devrait surprendre personne, étant donné qu'il n'a jamais probablement demandé pardon à quiconque, et surtout pas à une puissance supérieure.

Pour la plupart des chefs de file de la droite religieuse américaine, cependant, la personnalité de Trump, et bien qu'il ait 70 ans, est une oeuvre en chantier. Gary Bauer, qui avait reproché son "déficit de vertu" à Bill Clinton dans les années 1990, en tant que président de l'institut très conservateur Family Research Council a soutenu Trump avec vigueur.  Avec les normes morales de Bauer, Trump aurait du pourtant faire défaut sur sa dette de vertu depuis belle lurette.

Pat Robertson, qui avait mené la fronde contre Bill Clinton, un homme "débauché, dévalorisé et diffamé'',  fait la roue aujourd'hui devant le dieu en orange, et lui déclare : "Vous nous inspirez tous." James Dobson, de l'Institut de la famille, qui avait demandé que Clinton soit destitué car il donnait le mauvais exemple aux enfants quand il s'agissait de "respecter les femmes" a sauté dans le train de Trump. Il a déclaré que, parce que le candidat est seulement un "chrétien au stade du nourrisson" , les évangélistes devraient "avoir de l'indulgence"... Comme l'ancien leader de la Coalition chrétienne, Ralph Reed.

Jerry Falwell Junior a récemment tweeté une photo de lui et de son épouse aux côtés du candidat dans son bureau. Ils se tiennent sous une couverture encadrée du magazine Playboy où Trump fôlatre avec une femme légèrement vêtue. Jerry dit aujourd'hui que "Donald Trump est l'homme de Dieu pour diriger notre nation".

Ce qui prouve que le jugement de l'éditorialiste Christopher Hitchens sur Jerry Falwell Sr ("Si vous lui infligiez un lavement, vous pourriez le ranger dans une boite d'alumettes''), est pertinent. Tous les politiciens jouent du mensonge, disent aux gens ce qu'ils veulent entendre et font des promesses qu'ils n'ont pas l'intention de tenir. Trump fait cela à un niveau insensé. Certains diraient sans précédent. Et sa conversion in extremis au conservatisme chrétien a été peut-être l'épisode de servilité le plus transparent de la campagne toute entière.

Le choc le plus violent de la campagne (ce qui n'est pas peu dire) a été causé par sa déclaration que la Bible est son livre préféré. Alors qu'il s'était vanté d'être "très pro choix" durant la primaire, Trump a affirmé (pour se contredire quelques heures plus tard) que les femmes qui se font avorter devraient être punies. Une position extrême que même les "pro-vie"  les plus hard core hésitent à soutenir.


Paradoxe : Trump soutient le renouvellement des subventions du gouvernement au mouvement du planning familial, Planned Parenthood. Une hérésie que les conservateurs chrétiens n'ont toléré d'aucun autre candidat à la présidence. Trump, qui soutient depuis longtemps l'union civile pour les homosexuels, attend de ses chrétiens conservateurs qu'ils le croient quand il dit qu'il nommera des juges de la Cour suprême pour abroger la décion de l'été dernier, celle de légaliser le mariage entre personnes du même sexe.

Les évangélistes ont bien accueilli la promesse de Trump de protéger "la liberté religieuse", mais leur soutien apparait totalement intéressé. Ils pensent uniquement à leur propre cause, et on sait qu'il n'a absolument aucun respect pour la liberté religieuse des musulmans. Etant donné sa conception très sélective de quels Américains ont droit à la liberté de culte, pourquoi les chrétiens évangélistes pensent-ils qu'ils seront mieux lotis sous un président Trump ? Heureusement, certains dirigeants religieux et certains penseurs conservateurs se sont montrés moins perméables aux charmes de Trump.

Les mormons, dans leur majorité, trouvent Trump répugnant. Cela est probalement lié au fait qu'ils furent à une époque une minorité religieuse violemment opprimée. Russel Moore, chef des baptistes du sud n'hésite pas à critiquer à voix haute Trump. Il compare sa campagne à "un égoût moral de la téléréalité", comme le vétéran des républicains de la Maison blanche, Pete Wehner, qui juge carrément que Trump "représente une vision du monde incompatible avec le christianisme". Il s'est fait plus précis. "Une morale à la Nietzsche…caractérisée par l'indifférence face à la vérité objective (il n'y a pas de faits, il n'y a que des interprétations), la répudiation du devoir chrétien envers les pauvres et les faibles et le dédain pour les faibles." Le jugement de Wehner sur Trump est aussi une condamnation impitoyable de ses amis chrétiens conservateurs. Leur approbation du candidat républicain laisse entendre qu'ils aiment plus en fin de compte le pouvoir que toute autre chose et qu'ils sont disposés à sacrifier leur dignité et leurs principes pour l'obtenir. "Je suis habitué à être un donneur de leçons de morale mais Trump gagne haut la main. Pourquoi la nomination devrait-elle lui être retirée ?" dit Bill Bennett, auteur de livres tels que The Book of Virtues, The Broken Hearth : Reversing the Collapse of the American Family (Le foyer détruit : réparer l'effondrement de la famille américaine), The Devaluing of America: Fight for Our Culture and our Faith.

Robert P. Jones, directeur du Public Religion Research Institute, a récemment confié à Kirstin Powers de USA Today que, avec le temps, "les évangélistes ont été convertis, d'électeurs choisissant leur candidat sur des valeurs, prêtant attention au caractère des candidats, à des électeurs nostalgiques du passé."

Face à leur mécontentement devant une sécularisation galopante de la société et la diversité raciale, Trump, bien que loin d'être un chrétien modèle, promet au moins un retour à ce passé idyllique et mythologique. Bien sûr, certains leaders de la droite religieuse répondraient que, à l'inverse de ce qu'il a fait auprès des 'faucons' et aux libertariens, Trump s'est rallié à leur agenda politique, qu'il est maintenant pro-life et qu'il nommerait des juges conservateurs s'il est élu.

Trump, cependant, est un menteur invétéré et il n'y a pas de raison pour que des conservateurs religieux s'attendent à ce qu'il tienne ses promesses. De plus, en soutenant un candidat qui correspond si peu à leurs canons (sans parler de l'avis qu'ont des professionnels de la santé mentale sur Trump), les conservateurs évangélistes ont placé leur agenda religieux et politique avant leur pays.

Que Trump accède aux dictats de la droite religieuse, alors qu'il refuse de pactiser avec les faucons et les libertariens, en dit long sur son flair politique. Trump a fait d'eux une lecture exacte : des proies faciles.

Dans son discours durant la Convention nationale du parti républicain, il a admis, goguenard, qu'il s'en tirait vraiment très bien auprès de ''la communauté évangélique et religieuse''. ''Le soutien qu'ils m'ont accordé - et je ne suis pas totalement sûr de le mériter - a été vraiment formidable'', a-t-il dit, sur fond de rires dans la salle.

Trump semble avoir conclu que la droite religieuse américaine est globalement composée de péquenauds hypocrites et affamés de pouvoir. Ils n'ont rien fait pour le convaincre du contraire.

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