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Valérie Pécresse lors d'un meeting de campagne au parc des expositions de la Porte de Versailles, le 3 avril 2022 à Paris.
Valérie Pécresse lors d'un meeting de campagne au parc des expositions de la Porte de Versailles, le 3 avril 2022 à Paris.
©LUDOVIC MARIN / AFP

Vers une surprise ?

Macron / Pécresse : un premier de cordée qui manque de souffle, une « trébuchée » qui en retrouve

Six jours avant le premier tour, un chamboulement dans l’ordre d’arrivée au premier tour des candidats à la présidentielle pronostiqué par les sondages, est-il encore possible ? En meeting à l’ARENA - La Défense samedi, Emmanuel Macron a déclaré que « rien n’est impossible », mis en garde contre le « danger extrémiste » et décrété la mobilisations générale. De son coté Valérie Pécresse, galvanisée, a appelé ses soutiens rassemblés à la Porte de Versailles au sursaut, afin de « faire mentir tous ceux qui expliquent que l’élection est jouée, que le résultat est connu »

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Les challengers du duo annoncé Macron-Le Pen veulent y croire. Jean Luc Mélenchon, Eric Zemmour, faisant fi des sondages se voient chacun arriver en deuxième position, et Valérie Pécresse espère « renverser la table ». A défaut de se hisser en haut du tableau, la candidate LR a « donné un coup de collier » énergique lors d’un meeting qui a rassemblé quelque cinq mille personnes à Paris, où le nom de Nicolas Sarkozy a été sifflé par quelques militants.   

Emmanuel Macron a fini par sacrifier à l’exercice. Faisant preuve d’une certaine coquetterie, il avait attendu le dernier moment pour officialiser sa candidature devenue une évidence. A cause de la guerre en Ukraine, il a dû modifier son agenda initial et annuler son meeting de lancement à Marseille. Car on a beau être président-sortant-candidat à sa réélection en temps de guerre, impossible de faire l’impasse sur ce rituel de campagne. Le projet marseillais tombé à l’eau, et le calendrier se resserrant, la macronie a opté pour une réunion unique, une démonstration de force dans une Arena pouvant recevoir jusqu’à 30.000 personnes. En l’occurrence il s’agissait de rassurer des électeurs inquiets des sondages qui montrent un resserrement de l’écart entre leur champion et Marine Le Pen, et de les remobiliser pour la dernière ligne droite «  contre le grand rabrougrissement ». L’organisation était bien huilée avec un DJ pour faire patienter l’assistance et des vidéos pour entrecouper le discours du candidat, la réalisation -une scène octogonale blanche avec trois pupitres pour permettre à l’orateur de ne pas rester figé et se déplacer, réussie. Le public s’est montré chaleureux et les personnalités (- surtout celles de droite), ralliées au chef de l’Etat, étaient bien placées dans l’axe des caméras. Emmanuel Macron a dressé un bilan positif de son quinquennat: chômage au plus bas depuis quinze ans, ré- industrialisation, augmentation du pouvoir d’achat «  historique » pour les plus modestes, congé paternité, scolarité obligatoire à partir de 3 ans, repas à un euro pour les étudiants , un million de  passes culture, la PMA pour toutes femmes, chaque fois ponctué par un «  Nous l’avons fait »  …Certes, mais  il reste beaucoup à faire et le candidat déroule son programme : revalorisation de l’aide aux mères seules, la prime Macron pouvant aller jusqu’à  6000 EUROS , lutte contre les déserts médicaux, recrutement de  50.000 soignants, l’Egalité hommes-femmes sera la grande cause du prochain quinquennat. Seule condition que le candidat « assume : il faudra travailler plus longtemps parce qu’on vit plus longtemps », l’âge de la  retraite sera progressivement porté à 65 ans. En contrepartie aucune pension ne sera inférieure à 1.100 euros. Seul véritable moment d’émotion dans cette réunion qui tenait du grand show, lorsque la salle a entamé une Marseillaise après l’évocation de l’assassinat du professeur Samuel Paty. « Rien n’est impossible » a lancé le candidat qui a « mis en garde contre le danger extrémiste », et ajouté :« La mobilisation c’est maintenant, le combat du progressisme contre le repli… c’est maintenant ». Mais l’enthousiasme n’est plus de mise. Finies, les grandes envolées d’il y a cinq ans ; sans promettre du sang et des larmes, impossible de parler de nouvelle Révolution, de faire rêver les Français dans un contexte de flambée des prix de l’énergie et une hausse des prix alimentaires dues au conflit ukrainien. Emmanuel Macron n’est plus le candidat du renouveau, mais celui de la continuité, de la raison. Il porte le poids de la charge présidentielle.   

Stopper le train fou de l’argent magique

A l’inverse, Valérie Pécresse est une candidate libérée .Devant ses partisans réunis Porte de Versailles à Paris, elle a voulu montrer qu’elle s’est « relevée », après avoir «trébuché ». Son meeting d’entrée en campagne en février au Zénith où elle était seule en scène, a eu des conséquences désastreuses. Elle en a tiré les leçons : tous « les chapeaux à plumes » des Républicains, ont été invités à prendre la parole et ceux qui n’étaient pas là, ont envoyé des messages vidéos. C’était la réunion du « sursaut » pour la candidate LR qui s’est effondrée dans les sondages, mais qui veut encore croire à un retournement et qui espère surtout arriver devant Eric Zemmour dimanche prochain. Elle veut encore croire à un match avec Emmanuel Macron et dénonce « cette démocratie atrophiée dans laquelle le fond est sacrifié à la forme, où les qualités pour séduire valent davantage que les qualités pour agir» . Son programme présente pourtant des points communs avec celui d’Emmanuel Macron, ou inversement ( âge de la retraite porté à 65 ans, recrutement de 50.000 personnes pour satisfaire aux besoins de soignants, et de  policiers). Mais, à l’inverse du président sortant, la présidente de la région Ile de France revendique une gestion rigoureuse et affirme vouloir « stopper ce train fou de l’argent magique », car dit-elle en forme de mise en garde « ce sont vos impôts de demain ». La salle est acquise. Mais elle a aussi réservé une surprise : au détour d’une phrase du discours prononcé par l’ex-écologiste Yann Wehrling qui citait Nicolas Sarkozy, une partie du public a sifflé l’ancien président. « Ce n’était pas voulu » a naïvement déclaré l’orateur. Non, mais c’était spontané, une sorte de catharsis, après les rebuffades essuyées par la candidate de la part de l’ancien président qui n’a eu de cesse de la critiquer et la moquer lors de ses rencontres avec les politiques et des journalistes. La candidate, elle, a pris soin d’associer son nom à celui de Jacques Chirac qui fait toujours l’unanimité, mais les ovations n’ont pas fusé pour autant. En cette fin de campagne Valérie Pécresse  a retrouvé la pêche , mais à LR se profile le même psychodrame qu’en 2017 , lorsque François Fillon a été éliminé du deuxième tour : appeler à voter  pour Emmanuel Macron ou contre Marine Le Pen …Il reste une semaine … 

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