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LR : quel potentiel pour la ligne anti-Wauquiez de Valérie Pécresse ?
©ERIC PIERMONT / AFP

"Libres !" de s'opposer à Wauquiez

LR : quel potentiel pour la ligne anti-Wauquiez de Valérie Pécresse ?

L'ancienne ministre a dévoilé l'organigramme, de son mouvement "Libres !", où se retrouvent de nombreuses figures des Républicains hostiles à Laurent Wauquiez.

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019) et Le dictionnaire du progressisme (Seuil 2022). 

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Atlantico : En dévoilant l'organigramme de son mouvement "Libres !", Valérie Pécresse semble rassembler autour d'elle plusieurs personnes considérés comme "modérées" à droite de l'échiquier politique, de Maël de Calan à Florence Portelli. Cependant, cette "modération" peut elle permettre la structuration d'une véritable ligne politique clairement définie ?

Christophe Boutin : Effectivement, voici Florence Portelli secrétaire général de « Libres ! » et Maël de Calan vice-président. Vous auriez pu ajouter pour faire bon poids Dominique Busserau, « conseiller spécial » de Valérie Pécresse. « Modérés », en effet, et presque tous issus de la ligne « juppéiste » des Républicains. Calan était ainsi membre de l’équipe élaborant le projet de Juppé pour la primaire de 2016, et travaillera maintenant avec  Patrick Stefanini, comme lui très – et parfois pour Stefanini trop – proche d’Alain Juppé. Bussereau soutint lui aussi Alain Juppé dans cette primaire et lâcha Fillon dans la campagne au moment du « Penelopegate ». Mais Bussereau et Calan font aussi partie des réseaux de Jean-Pierre Raffarin. Quant à Florence Portelli, plus proche de François Fillon que ses nouveaux associés, elle défendait lors de sa campagne pour la présidence de LR une ligne à la fois ferme et « humaniste ».

Après la présidentielle, Calan déclarait être « d’une droite modérée qui adhère à plusieurs propositions que porte Macron ». Il est vrai que lorsqu’il avait lancé en 2012 La Boîte à idées, il avait eu le soutien d’Édouard Philippe, de Bruno Le Maire ou de Thierry Solène, dont on sait le parcours… On comprend qu’il se soit opposé à l’exclusion des anciens LR devenus « Constructifs ». Dominique Bussereau a lui décidé en janvier de ne pas renouveler son adhésion aux Républicains, choqué par  « les propos tenus par certains porte-paroles [qui] pourraient être ceux du FN ». Et de regretter le temps du « mouvement rassemblant les différentes sensibilités de la droite et du centre », pour stigmatiser la « branche conservatrice et droitière » proche de Sens commun. Pour autant, il ne rejoint pas des « Constructifs » dont seule Florence Portelli a demandé l’exclusion.

Vous l’aurez compris, il s’agit donc tout autant de permettre à une ligne existante de subsister que d’en structurer une nouvelle.

Quel risque y a-t-il à ne voir en un tel mouvement qu'une opposition à Laurent Wauquiez ? Une telle stratégie peut-elle produire des résultats ?

Pour comprendre cette « stratégie », il est important de rappeler comment on en est arrivé là. Valérie Pécresse n’a pas concouru à la présidence des Républicains. Elle l’a fait pour des motifs théoriques, puisque, selon elle, il fallait d’abord un accord sur une ligne politique avant de désigner le leader, et elle prônait pour cela la réconciliation des deux « lignes » qui s’étaient manifestées au second tour de la présidentielle, celle « qui avait choisi Macron » et celle qui avait fait un autre choix.

Mais une autre cause, plus pratique, peut aussi expliquer son refus de concourir : Laurent Wauquiez semblait assuré, sur sa ligne conservatrice, d’obtenir un large soutien des militants, ce qui qui se confirma en décembre quand il recueillit les trois-quarts des nombreux suffrages exprimé.

Pour réussir à exister malgré la victoire sans appel de celui qui reste un rival politique, Valérie Pécresse a donc créé un « mouvements d’idées » au sein des Républicains – ce que les socialistes appelaient un « courant » -, mouvement censé « incarner la relève », « faire monter la jeune génération » et « féminiser » pour « construire et peser dans le parti », évitant ainsi de « l’abandonner à la ligne ultraconservatrice » supposée être celle de Laurent Wauquiez.

Le chantage à l’éclatement des Républicains était dès le départ explicite. « Ce mouvement, c’est l’ultime tentative pour qu’on reste unis, pour qu’on continue à vivre ensemble » déclarait ainsi Valérie Pécresse en annonçant sa création. Un couple donc, mais dont les relations rappellent plus celui joué par Gabin et Signoret Le Chat, ou celui de La guerre des Rose, que l’idyllique vision de ceux qui « regardent dans la même direction ». Mais un couple, « deux lignes », et donc une répartition égalitaire, ou peu s’en faut.

Or cette supposée égalité relève du fantasme : s’il y a bien « deux lignes » chez LR, tant que l’on ne dispose pas d’autre estimations que la dernière élection, tout ce que l’on peut dire c’est que celle de Wauquiez pèse les trois-quarts des militants et l’autre, celle de Valérie Pécresse donc, un quart.

Le jeu est ici de faire oublier cette réalité pour offrir aux minoritaires un partage presque égal du pouvoir au sein du parti. D’où les antiennes sur la supposée « fermeture » du parti par un Laurent Wauquiez qui n’aurait pas laissé à ses anciens opposants à la course à la présidence – déclarés ou non – un rôle à la mesure de leurs talents. Calan et Portelli estimaient que leur échec leur donnait droit à jouer un rôle important au Bureau politique et à la Commission nationale d'investiture, les deux organes sensibles du parti. Pécresse, mettant en place l’organigramme de Libres, leur permet d’obtenir gain de cause.

En fait, on reproche au vainqueur de la compétition, largement élu sur une ligne on ne peut plus claire, de vouloir travailler avec des gens qui adhèrent à sa démarche et souhaitent la mettre en œuvre selon le vœu des adhérents. Cela peut-il apporter une cohérence à une « stratégie » ?

Entre Emmanuel Macron et Laurent Wauquiez, existe-t-il réellement un espace politique disponible permettant de voir émerger une ligne ?

 La première partie de la réponse à votre question touche à la possibilité de continuer à faire coexister centre et droite comme aux beaux temps de cet UMP que regrette Dominique Bussereau. Le thème des « deux lignes » a été repris par Calan lors de la lutte pour la présidentielle de LR. « Il y a clairement deux lignes différentes incarnées dans ce congrès – déclarait-il : une ligne très clivante sur la forme et très dure sur le fond, qui est portée par Laurent, et une ligne plus crédible sur la forme et plus ouverte sur le fond, qui est la ligne historique de la droite française, qui à mon sens est majoritaire dans notre électorat ».

« Nous avons des doutes sur le positionnement des Républicains » déclare-t-il encore aujourd’hui. Il ne devrait pas. Son projet a attiré 9,2% des militants lors de l’élection du président du parti, celui de Florence Portelli 16,1%. « Nous verrons si nos idées sont majoritaires » déclarait Valérie Pécresse en créant Libres. Pour l’instant, la réponse est clairement négative. Si, par la suite, ce courant devient majoritaire au sein du parti, il pourra revendiquer une plus grande place mais le faire au seul motif qu’il représente une « autre ligne » n’est pas convaincant. Et ce d’autant moins que les Républicains de Wauquiez ne sont pas uniformes, comme le montre la nomination de la juppéiste Virginie Calmels comme vice-présidente déléguée.

Certes, Valérie Pécresse et ses amis ne veulent pas entendre les mots de « courant » ou de « parti », ne parlant que de mouvement – et de mouvement des idées -, mais la situation est en fait très ambiguë. «Libres !» s'est vu reconnaître un statut de mouvement associé des Républicains, avec son autonomie financière, et l’on se dirige clairement vers la formation d’un parti dans le parti, avec un organigramme presque aussi imposant et des porte-paroles. Tant que l’on n’approchera pas d’échéances électorales dans lesquelles il faudra prendre clairement position, le « jeu du rassemblement » - certains, plus critiques, évoqueront le mariage de la carpe et du lapin – pourra continuer ; on pourra continuer à être un opposant tout en restant dans le parti. Les prochaines échéances électorales viendront mettre de l’ordre dans cela.

Face à ces élections européennes qui s’avancent, LR devra exister entre un Macron qui va réunir derrière lui la plupart des partisans de l’« approfondissement » de l’Union, les opposants à cette évolution se répartissant entre FN et Insoumis. Or, on le sait, nombre de juppéistes ont la tentation non de Venise, mais de Bruxelles.

Dans une première hypothèse, le positionnement face à l’Union européenne pourrait conduire à la rupture et à l’éclatement de LR. Comme le déclarait en janvier un Dominique Bussereau fort marri en parlant des Républicains : « je ne vois plus d'amour de l'Europe. En revanche, j'entends chez certains des appels au nationalisme et à se refermer sur nous-mêmes ». Or le retour au scrutin national, certes avant tout conçu pour permettre à LREM, qui ne dispose pas de « barons » locaux, de réaliser un bon score – ou de l’augmenter -, peut permettre effectivement aux juppéistes quittant LR d’avoir des élus sans avoir besoin de se rallier à LREM.

Mais on peut se demander, inversement, si, pour exister entre FN et LREM, un Wauquiez qui n’aurait pas réussi, début 2019, sa tentative de récupération des voix du FN, ne serait pas tenté d’offrir à ces mêmes juppéistes des places de choix au nom d’un nécessaire rassemblement.

En conclusion, la question de savoir quel est l’espace entre Macron et Wauquiez est liée à celle de l’espace entre FN et LREM.

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