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Les moyens toujours plus effrayants utilisés par Facebook, Google, et consorts pour établir le profil de leurs utilisateurs

Avec les technologies d'analyse des données provenant des différents appareils connectés -smartphone, tablette, ordinateur-, les géants du web ont considérablement enrichi le profil de leurs utilisateurs. Un moyen utilisé ensuite par les publicitaires, mais aussi à la merci des mauvaises intentions.

Bruno Walther

Bruno Walther

Bruno Walther est un entrepreneur et un spécialiste de l'Internet français. Il est co-fondateur et CEO de Captain Dash. En janvier 2010 il abandonne la présidence d'OgilvyOne pour créer avec Gilles Babinet une start-up, CaptainDash focalisée sur la Big Data et la génération de cockpit marketing à destination des directions marketing. En 2012, il obtient, à New York, avec Gilles Babinet le prix "Global Entrepreneur Public Award" pour le travail qu'ils réalisent avec Captain Dash pour rendre la planête plus intelligente.

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Atlantico : Technologies de "cross device", émergence des objets connectés, "determinist tracking"... En quoi consistent ces technologies récentes, et comment sont-elles utilisées par les publicitaires en ligne pour mieux connaître leurs clients ?

Bruno Walther : Lorsque nous allons sur Internet ou utilisons des objets connectés nous laissons des traces numériques. Ici le site que nous visitons, là l’endroit où je me trouve ou le message que je poste sur SnapChat. L’ensemble de ces traces sont récupérées par des technologies qui permettent aux annonceurs de vous proposer des publicités ou des services qui correspondent à vos besoins.

L’enjeu des annonceurs est double. D’un côté, optimiser leurs dépenses publicitaires pour concentrer la pression publicitaire sur les consommateurs qui sont potentiellement réceptifs à leurs messages. De l’autre détecter de nouveaux comportements de consommation pour inventer de nouveaux produits et services.

Ce qui était au début une démarche légitime des annonceurs devient aujourd’hui problématique en terme d’expérience. Il suffit que vous passiez sur un site de vente de poussettes ou que vous fassiez une recherche pour un billet d’avion pour que vous soyez “pollués” par des centaines de messages tous plus intrusifs les uns que les autres. C’est n’est ni plus ni moins qu’une forme numérique de goujaterie.

Et surtout elle illustre le risque d’une société digitalisée où nous laissons, malgré-nous, à chacune de nos actions une trace numérique ineffaçable.

Vente de profils, hacking... Ces nouvelles technologies font-elles émerger de nouveaux risques pour les utilisateurs ? En quoi le fait de regrouper les informations de navigation sur différents appareils en un seul profil peut-il être dangereux ? Pouvez-vous donner des exemples de scénarios auxquels les internautes "profilés" peuvent être confrontés ?

Avant la société numérique personne ne pouvait savoir où vous étiez il y a 3 mois, où vous passiez vos après-midi, quel journal vous lisiez le matin, ce que vous aviez en tête et quelle passion vous cultivez. Ce monde n’est plus.

Avec une société où tout est digitalisé. Je peux savoir, grâce à votre téléphone mobile où étiez-vous tel jour. Via votre navigateur web ce que vous consultez chaque matin. Via Google ce que vous recherchez sur Internet. Via le BonCoin ce que vous collectionnez. Via vos réseaux sociaux la liste de vos amis, etc.

L’anonymat, les identités multiples, le mensonge sont des concepts qui ne survivront pas à la synchronisation de l’ensemble des données que vous laissez dans le monde numérique.

Et le risque ne vient pas des annonceurs ou des gros acteurs de l’Internet. Ce sont des acteurs économiques côtés en Bourse... ils craignent le consommateur. Il y a là une forme de double pouvoir. S’ils vont trop loin, le consommateur a le pouvoir de les sanctionner en n’achetant plus leurs produits.

Le risque systémique et massif est ailleurs. Il vient d’un côté, des États qui sont en train de collecter, dans une opacité absolue, des tonnes d’informations sur les citoyens. Et personne ne peut dire ce qu’il adviendra d’une société où un État omniscient saura avec précision ce que fait, pense et aime chacun des citoyens qui la composent.

Et de l’autre du piratage et des organisations criminelles qui piratent les données stockées par les acteurs commerciaux.

Dans cinq ou dix ans il est probable que l’ensemble des messages échangés par les internautes sur des sites de rencontres soit publiés. Pire que vos traces GSM soit piratées. Autrement dis ; que votre femme ou votre mari sache où vous avez passé votre nuit et avec qui dans les dix dernières années …

La question n’est plus de savoir si un jour nous serons face à un piratage massif mais quand cela arrivera.

Les médias focalisent principalement leur attention sur les réseaux sociaux, à l'instar de Facebook, pour pointer du doigt les questions de données personnelles. Existe-t-il d'autres sites qui collectent les données personnelles des internautes, dans le but d'enrichir leurs profils ? Quels sont-ils, et quel est leur activité concrètement ?

L’ensemble des acteurs collectent des données. Même un site iconique comme lemonde.fr récupère vos coordonnées géographiques et les articles que vous lisez. Cette information est partagée ou revendue à une myriade de partenaires. Il n’y a pas un acteur présent sur Internet qui ne récupère pas une information sur ce que vous êtes en train de faire. Qu’il s’agisse d’un clic ou d’une réservation.

Ces risques pour la vie privée des internautes sont régulièrement mis en lumière, et leurs risques semblent pourtant augmenter avec le temps. Où en est le débat politique, en Europe et en France, sur le curseur d'acceptabilité concernant le partage de données personnelles ?

Le concept de vie privée tel que nous l’entendons aujourd’hui est mort. Je pense que les gens ne le réalisent pas encore mais la vie privée et le droit à l’oubli appartiennent à un monde définitivement révolu.

Nous avons basculé dans une autre civilisation. L’enjeu n’est pas simplement d’inventer de nouvelle lois. Nous avons besoin d’inventer une nouvelle éthique. De poser les bases d’une nouvelle frontière pour délimiter ce qui est de l’intime et ce qui est du public. D’apprendre à vivre dans une société où le mensonge devient l’exception et la transparence la norme, où la machine dépasse l’humain. C’est une tâche immense.

L’indigence du débat politique ou philosophique est à cet égard effrayant. 

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