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Les mouches, ennemies des soldats et armes de destruction massive de la Seconde guerre mondiale jusqu'à la guerre d'Irak
©DAVID KENNERLY / POOL / AFP

Bonnes feuilles

Les mouches, ennemies des soldats et armes de destruction massive de la Seconde guerre mondiale jusqu'à la guerre d'Irak

Les mouches ont engendré des craintes lors des Guerres en Irak pour l'armée américaine et auraient pu être un atout précieux pour les Alliés face à l'Afrika Korps au Maroc lors de la Seconde Guerre mondiale. Extrait du livre "La drôle de science des humains en guerre" de Mary Roach, publié chez Belin (2/2).

Mary Roach

Mary Roach

Mary Roach est une écrivaine scientifique américaine. Elle a travaillé notamment pour Outside, Wired, National Geographic et le New York Times, et a publié plusieurs best-sellers dans lesquels elle explore ce qu'il advient du corps humain dans les situations les moins ordinaires.

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Si on met George Peck à part – un acte que j'ai repoussé aussi longtemps que possible –, la plupart des spécialistes militaires de la mouche se trouvent en Floride. Le Centre entomologique d'excellence de la Navy (NECE) se trouve à Jacksonville, à moins d'une heure de route de leurs collègues de l'Unité de recherche sur la mouche et le moustique du Département de l'Agriculture. Le NECE est le bras armé du contrôle militaire des nuisibles. C'est un travail qui ne se démodera jamais. Comme les générations se succèdent en quelques semaines chez les mouches, elles évoluent rapidement pour résister à tous les pesticides que vous leur balancez à la figure. Il y en aura toujours certaines dont les mutations les aident, par hasard, à survivre. Ces rescapées et leur descendance galopante repeupleront bien vite la région, se riant des hommes, de leurs sulfateuses et de leurs camions de désinsectisation.

Aux cours des différentes Guerres du Golfe, les mouches ont laissé le souvenir de bestioles insupportablement résistantes. Cela vient de la relative rareté de la nourriture dans le désert. Durant l'opération Bouclier du désert, l'entomologiste naval Joe Conlon campait avec un bataillon de l'infanterie légère dans le désert saoudien près de la frontière du Koweït. Les mouches leur faisaient office de réveil, déplaisant mais efficace. «Vous dormiez la bouche ouverte quand soudain, dès que l'aube pointait, les mouches sortaient à la recherche de nourriture ou d'humidité. Et elles volaient droit dans votre bouche. On se réveillait au son des jurons et des crachats des Marines.» Jerry Hogsette, spécialiste des mouches de l'USDA m'araconté que les membres d'une équipe d'entomologistes de l'opération Tempête du désert s'étaient enfoncés loin dans les dunes jusqu'à perdre complètement la base de vue. Là, ils s'étaient arrêtés et avaient ouvert une boîte de sardines. Dans les secondes qui avaient suivi, les mouches étaient passées à l'attaque.

Le dévouement tenace dont font preuve les mouches pour les humains et leurs saletés explique l'engagement tout aussi tenace des militaires à les exterminer. Des soldats contraints d'agiter leurs mains en permanence pour chasser les mouches sont en effet des soldats qui ne sont pas à ce qu'ils font. Quand il faut tirer et de ne pas se faire tirer dessus, c'est dangereux. Chez le bétail cette distraction peut être tout aussi mortelle. Hogsette m'a expliqué qu'une vache est parfois tellement concentrée sur la chasse aux mouches qu'elle en oublie de manger et meurt de faim. La communauté des agriculteurs américains parle «d'inquiétude des mouches».

Les Guerres du Golfe ont été le théâtre phénomène similaire: l'inquiétude des pulvérisateurs insecticides. Juste après le débarquement américain au Koweït, les services de renseignements militaires découvrirent que Saddam Hussein avait fait l'acquisition de quarante pulvérisateurs à insecticides. Comme à l'époque tout le monde était obsédé par «les armes de destruction massive», la paranoïa battait son plein. On demanda à Joe Conlon d'estimer la vraisemblance – et le risque – que ces engins soient utilisés pour répandre des armes chimiques ou biologiques. Il répondit que c'était peu probable. «On ne peut pas contrôler le déplacement du nuage. Vous avez autant de chances d'empoisonner vos propres troupes.» En tant que professionnel de la question, Conlon pensait plutôt que Saddam Hussein cherchait lui aussi à tuer des mouches. 

Les pièges à mouche de grand volume ont beaucoup de succès sur les bases militaires parce qu'ils demandent peu d'entretien. Dans ce cas l'astuce, c'est l'appât. Le NECE a testé différentes longueurs d'onde de lumière ultraviolette, des couleurs de fond variées et toute une panoplie de produits chimiques. Il y eut un bref moment, au cours de la Seconde Guerre mondiale, où ces appâts chimiques jouèrent un rôle plus stratégique sur le champ de bataille lui-même. Les nazis avaient envahi une enclave espagnole au Maroc dans le but de couper les lignes d'approvisionnement des alliés qui combattaient l'Afrika Korps d'Erwin Rommel. Le Pentagone fit appel à Stanley Lovell, directeur de l'Office of Strategic Services (l'OSS, ancêtre de l'actuelle CIA) afin qu'il trouve un moyen discret «d'éliminer le problème du Maroc espagnol», comme l'écrit Lovell dans ses mémoires.

«Je conçus alors une fausse bouse de chèvre», prétend Lovell contre toute évidence. Le Maroc espagnol étant selon lui «un pays où on trouve plus de chèvres que de gens», la crotte factice avait peu de chances d'attirer les soupçons. L'idée était d'imbiber les bouses de puissants appâts chimiques à mouches ainsi que de microorganismes pathogènes puis de les lâcher par avion pendant la nuit. Les mouches auraient ensuite pris le relais: elles auraient atterri sur les crottes, ramassé les pathogènes et auraient distribué leur chargement sur les repas des nazis. 

Extrait du livre "La drôle de science des humains en guerre" de Mary Roach, publié chez Belin

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