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Quel nouveau visage pour les Etats-Unis maintenant que les bébés blancs représentent moins de 50% des naissances ?
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Naissances

Quel nouveau visage pour les Etats-Unis maintenant que les bébés blancs représentent moins de 50% des naissances ?

Pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis, les bébés blancs sont moins nombreux que ceux des minorités ethniques. Un changement dû à la vitalité démographique des migrants. Quelles seront ses conséquences sur la culture et l'identité américaines ?

François Durpaire

François Durpaire

François Durpaire est historien et écrivain, spécialisé dans les questions relatives à la diversité culturelle aux Etats-Unis et en France. Il est également maître de conférences à l'université de Cergy-Pontoise.

Il est président du mouvement pluricitoyen : "Nous sommes la France" et s'occupe du blog Durpaire.com

Il est également l'auteur de Nous sommes tous la France : essai sur la nouvelle identité française (Editions Philippe Rey, 2012) et de Les Etats-Unis pour les nuls aux côtés de Thomas Snégaroff (First, 2012)

 


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Atlantico : Selon les derniers chiffres du recensement, 50,4 % des naissances aux Etats-Unis étaient issues des minorités l'an dernier. Peut-on parler d’un changement ?

François Durpaire : Ces chiffres viennent confirmer l’évolution de la population américaine caractérisée par un renforcement des minorités. On parle d’ailleurs actuellement aux Etats-Unis de « minorités majoritaires » (« majority minority »). Quatre Etats américains sont déjà concernés : Hawaï, le Nouveau-Mexique, la Californie et le Texas où plus de la moitié de la population est issue des minorités hispanique, noire et asiatique. Ainsi, à l’échelle du pays, les minorités devraient dépasser « la majorité » en 2042.

Pourtant, il ne s’agit pas d’une surprise en soit car les évolutions démographiques sont lentes et prévisibles. Un double facteur peut expliquer cette évolution : une vitalité démographique de certaines minorités liée en grande partie à des flux d’immigration importants, essentiellement une immigration latino-américaine qui présente un flux constant. Enfin, des taux de fécondités plus élevés. Sur ce dernier point, toutes les minorités ne sont pas dans cette situation. La minorité noire par exemple ne présente pas un écart très différent par rapport à la population blanche, les deux minorités présentant la plus grande vitalité en termes de naissances et de flux d’immigration étant l'asiatique et l'hispanique.

Comment évoluent les cultures des minorités américaines et la culture américaine elle-même ?

D'abord c'est l'Amérique qui fait changer les cultures des migrants. C'est le phénomène de l'acculturation. Ainsi, lorsqu’un hispanique arrive aux Etats-Unis, il ne peut reproduire sa culture à l'identique de ce qu'elle était dans le pays d’origine. Par exemple, les prénoms les plus souvent donnés aux bébés hispaniques à New York sont Ashley et Christopher. Cette assimilation par le prénom se manifeste également dans divers domaines, y compris culinaire : la nourriture hispanique américaine est différente de la nourriture mexicaine. Il y a donc une très forte adaptation des cultures hispaniques et asiatiques.

Dans le sens inverse, la nation américaine est modifiée par l'apport de ses migrants. L'identité américaine est en constante mutation. Les différentes vagues de migrants ont toutes inscrites leur marque dans la culture de ce pays : les Irlandais, les Italiens, les Slaves etc.

Deux scénarios dominent chez les chercheurs en sciences sociales : le premier veut que les hispaniques s’intègreront dans cette société américaine comme cela fut toujours le cas alors que le second, plus proche de Samuel Huntington, stipule qu’il y aura une disparition du socle anglo-saxon des Etats-Unis. Mais cette thèse me paraît excessive. En 2050, 20% de la population américaine pourrait être hispanique contre 13% aujourd’hui. Ce dynamisme démographique hispanique par rapport aux autres minorités s’explique par la proximité géographique des Etats-Unis avec le Mexique, grande terre d’émigration, qui génère un flux migratoire de nature constante. De grandes villes californiennes comme Los Angeles, San Francisco, Santa Fe, Santa Barbara... portent des noms hispaniques car ces territoires étaient hispaniques à l’origine.

Quelles sont les perspectives de la population américaine ? Comment les expliquer ?

Comme dans l’ensemble du monde occidental, les Etats-Unis sont sortis de leur transition démographique caractérisée par des natalités et mortalités faibles. Mais parmi les pays sortis de cette transition, les Etats-Unis, avec la France, font partie des pays ayant la plus forte vitalité démographique. Mais ce dynamisme ne s’explique pas uniquement par les minorités. En effet, nous constatons un alignement du taux de fécondité des fils d’immigrants sur le taux moyen national. Ce dynamisme démographique s’explique donc par des flux de migrations qui ont un taux de fécondité en moyenne plus élevé.

Mais de manière générale, les Etats-Unis sont un pays confiant et optimiste qui a toujours eu cette vitalité et où, quelques soient les communautés, la famille joue un rôle majeur qui permet d’expliquer en partie ce dynamisme.

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