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Le rêve secret de Najat Vallaud-Belkacem : changer la jeunesse en une armée de voyeurs regardant par le petit trou de la serrure
©Reuters

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Le rêve secret de Najat Vallaud-Belkacem : changer la jeunesse en une armée de voyeurs regardant par le petit trou de la serrure

La destruction de l'École peut se dire en quelques mots : notre École est devenue une École-méduse, une École gélatineuse, aux professeurs et instituteurs changés en animateurs socio-culturels et gentils organisateurs du vivre-ensemble, bref en urgentistes du libéralisme. À travers un discours lucide et constructif Robert Redeker aborde le sujet de l'école et de la crise de la transmission : il n'y a pas d'École sans d'abord une pensée de l'homme et de la société - pensée qui aujourd'hui fait défaut. C'est cette absence de pensée qui définit la crise de la vie, cause véritable de la crise de l'École. Extrait de "L'école fantôme", de Robert Redeker, aux éditions Desclée de Brouwer 2/2

Robert Redeker

Robert Redeker

Robert Redeker est né le 27 mai 1954 à Lescure dans l'Ariège. Agrégé de philosophie, il est l'auteur de nombreux livres et collabore à diverses revues et journaux. Il a notamment publié Le Progrès ou l'opium de l'histoire (2004), Egobody : La fabrique de l'homme nouveau (2010), L'emprise sportive (2012), Bienheureuse vieillesse en 2015.

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À l’enseignement de la littérature, base des humanités, les réformes des dernières décennies, toutes inspirées des délires de la secte pédagogiste, ont substitué une technologie d’analyse des textes littéraires, pour reprendre leur formule. S’il y a des textes, c’est qu’il n’y a plus de livres. Le texte est une machine à déclasser le livre, à délégitimer la littérature, à la détruire. Et l’École, en employant ce jargon de la textualité, participe de bon cœur à cette destruction. Il lui semble qu’elle continue d’arracher les pavés pour les lancer à la figure de la société. Il lui semble continuer Mai soixante-huit. Elle s’offre le plaisir de se croire émeutière. L’ensemble de ce dispositif consiste à aborder en classe la littérature comme si elle n’en était pas, à transformer l’enseignement de la littérature en exercices de communication dont «un texte littéraire», comme ils disent, ne fournit que l’occasion. L’approche pédagogiste de la littérature, par laquelle l’élève, plutôt que de lire, est sommé de classer, d’étiqueter, de trier (le fameux tri de textes), de s’orienter dans un document comme un rat dans un labyrinthe, trahit le behaviorisme comportementaliste de ses promoteurs. On peut illustrer ce comportementalisme par les mutations de vocabulaire: les pédagogistes, de plus en plus suivis par l’administration de l’Éducation nationale, ne disent plus élève, ce qui suppose d’élever, d’instituer, ce qui suppose un savoir à transmettre, ce qui suppose un idéal humain, mais ils disent désormais apprenant, terme qui indique une fonction. L’élève était un vrai nom, un substantif habité par une philosophie, à l’instar du mot instituteur, qui lui répondait à merveille, remplacé depuis la loi Jospin par professeur des écoles: la mort de l’élève, au profit de l’apprenant, fait système avec la mort de l’instituteur au profit du beaucoup plus vague professeur des écoles. Élever et instituer, deux verbes rayés du vocabulaire de l’administration scolaire! L’apprenant n’est qu’une fonction: le nom d’élève était orienté vers l’avenir, il comportait une idée d’accomplissement, tandis que celui d’apprenant désigne un individu à l’avenir incertain cloué au présent, d’où la substitution de ce participe présent substantivé au substantif. De même – les enjeux de vocabulaire étant les enjeux réels de pouvoir – la production de textes a, dans cette optique, remplacé l’écriture: on ne dit plus qu’un élève écrit, on dit qu’il produit des textes.

Cette conception de l’enseignement des lettres développe une désastreuse pédagogie du soupçon. D’une part, elle discrédite la littérature aux yeux de l’élève, lui arrachant son aura. Une telle stratégie de la méfiance devant les écrivains ne peut, chez la plupart des élèves, qu’entraîner le dégoût de la lecture. Il est probable que le but poursuivi par les instructions officielles et les pédagogistes soit le suivant: rendre impossible le ré-enchantement du livre par l’élève, la magie et le bonheur de la lecture. Les effets de la terrible loi du soupçon que les pédagogistes font peser sur la littérature se manifestent: interdire à jamais, chez le futur adulte qu’est l’élève, le plaisir de la littérature. Souvenons-nous d’une parole de Hegel :

Il n’y a pas de héros pour son valet de chambre; mais non pas parce que le héros n’est pas un héros, mais parce que le valet de chambre est un valet de chambre, avec lequel le héros n’a pas affaire en tant que héros, mais en tant que mangeant, buvant, s’habillant, en général en tant qu’homme privé dans la singularité du besoin et de la représentation.

Ces cours transforment l’élève en valet de chambre. Ne craignant ni le ridicule ni l’abject, Najat Vallaud-Belkacem rêve de changer la jeunesse en une armée de voyeurs regardant par le petit trou de la serrure : il faut, pense-t-elle, préciser dans les manuels scolaires l’orientation sexuelle des personnages historiques. La clique pédagogiste rêve de rabaisser l’élève au rang du valet de chambre hégélien : de même que pour ce dernier il n’existe pas de grand homme, de même le grand écrivain ne doit pas exister pour l’élève. Clarté criminelle du message suggéré aux élèves: d’une part Flaubert, Proust, Stendhal, ne sont que des écrivants, pour reprendre le célèbre mot dépréciatif de Roland Barthes, des producteurs de textes, quand d’autre part, dans la mesure même où ils ne sont que des écrivants, leurs productions ne valent pas fondamentalement mieux que celles des élèves dont elles ne diffèrent pas ontologiquement, dont elles se différencient uniquement par accident. L’effet de ce dénigrement subliminal est également d’interdire la pensée; on inculque à l’élève un regard technique sur les livres, attirant son attention exclusivement sur les procédés de construction dont on lui laisse supposer qu’il est capable de les reproduire à son tour.

Or, la pensée nécessite un fonds inépuisable d’émerveillement – Aristote, il y a bien longtemps, l’a signalé – présent dans tous les livres forts, que cette pédagogie du désenchantement s’ingénie à évacuer. Pour Descartes l’admiration était la première des passions, la passion fondamentale6 . Ainsi, ce criminel enseignement du soupçon, promu par les sectes pédagogistes qui se sont emparées de l’École, est une trivialisation de la littérature qui instaure chez ses victimes, nos enfants et petits-enfants, transformées en laquais indiscrets, un double interdit: de lire et de penser. On peut comparer cet enseignement des lettres à la pornographie. De même que la pornographie rend impossible l’amour en déchirant le voile de mystère qui nimbe la sexualité, en la trivialisant et la technicisant, de même le nouvel enseignement des lettres, agissant dans le même esprit que la pornographie, désertife l’âme et le cœur humains en rendant impossible cet autre amour, l’amour de la littérature.

Extrait de "L'école fantôme", de Robert Redeker, aux éditions Desclée de Brouwer, septembre 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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