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Le jour où Louis XIV explosa de colère pour une question de places à table
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Bonnes feuilles

Le jour où Louis XIV explosa de colère pour une question de places à table

Ancienneté, baiser, incognito, petit couvert, grand coucher, lit de la reine... L’Étiquette à la cour de Versailles servait un double objectif : organiser les relations entre les personnes et récompenser ou distinguer les courtisans par des faveurs particulières. Mais dans les faits, ce fut une autre aventure et l’Étiquette divisait plus qu’elle ne fédérait… Non sans humour, Daria Galateria relate dans un inventaire à la Prévert les situations rocambolesques que les mémorialistes, à l’instar d’un Saint-Simon, nous ont rapportées avec force détails. Les déconvenues, les querelles de préséance, passe-droits et autres jalousies témoignent d’une maîtrise grandiose (et souvent savoureuse) de l’art de gouverner au temps du Roi-Soleil. L’Étiquette à la cour de Versailles servait un double objectif : organiser les relations entre les personnes et récompenser ou distinguer les courtisans par des faveurs particulières. Mais dans les faits, ce fut une autre aventure et l’Étiquette divisait plus qu’elle ne fédérait… (Extrait de "L'Étiquette à la cour de Versailles : Le manuel du parfait courtisan" de Daria Galateria, publié aux Editions Flammarion 2/2)

Daria Galateria

Daria Galateria

Daria Galateria enseigne la littérature française à la Sapienza, l'université de Rome.

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Place à table 

LE Roi-Soleil était intransigeant sur les places à table. Un soir que Madame de Torcy, fille de ministre et femme de Colbert de Torcy, s’était trouvée par hasard à souper à une place supérieure à celle de la duchesse de Duras, arrivée après, le roi ne toucha pas son assiette et ne dit pas un mot. Il explosa dans la chambre de Madame de Maintenon ; quelle « insolence ! » ; une « entreprise » qui aurait été insupportable d’une noble, perpétrée par une « petite bourgeoise » : dix fois il avait été sur le point de la faire sortir de table, et ne s’en était retenu que par considération pour son mari – et du reste les Colbert n’étaient aussi que des marchands de drap à Rouen, mais le Grand Colbert s’était mis en tête qu’il descendait d’un roi d’Écosse et avait fait traverser la mer à cette chimère ; mais ses émissaires, envoyés en Angleterre pour chercher ses racines, étaient revenus tout aussi bourgeois qu’avant. On voyait bien la différence avec Madame de Pontchartrain, qui était née La Rochefoucauld-Roye, une famille dotée des honneurs du Louvre, et qui, ayant épousé un secrétaire d’État, se mettait toujours aux dernières places, et cela si naturellement. Après ce panégyrique de Madame de Pontchartrain, le roi étonna l’assistance en reprenant sa tirade, cette fois contre Madame de Duras qui n’avait pas attrapé Madame de Torcy par le bras pour la faire sortir de force ; le lendemain, la colère du roi n’avait pas faibli. À un concert, Monsieur le frère du roi avait dû le retenir par le genou, pour l’empêcher de chasser, rouge de colère, Mademoiselle de Melun, qui s’était assise la première après la dernière duchesse, mais qui, à l’arrivée d’une autre duchesse, au lieu de lui faire de l’espace « en se baissant » de place comme tout le monde, n’avait fait que saluer puis se rasseoir.

Table

LE ROI ne permettait de s’asseoir au dîner en même temps que lui qu’aux enfants et petits-enfants de France. Les exceptions étaient pour Marly et lors des campagnes militaires. À Marly, parfois, il autorisait non seulement les dames priées, c’est-à-dire explicitement invitées, mais toutes les femmes présentes à s’asseoir en sa présence. À l’armée, il partageait ses repas avec les principaux seigneurs et les hauts officiers. Normalement, au souper du Roi-Soleil, seules les dames assises avaient droit au tabouret. Il y eut une tentative de révolte après la mort de la Dauphine, qui était arrivée en été. Monsieur et Madame restèrent toute la saison à Saint-Cloud, et les dames non titrées « osèrent prétendre, depuis toutes les confusions », dit Saint-Simon, faisant allusion aux désordres de rang, d’être toutes assises devant le roi, en l’absence des filles de France et de la reine. La demande « fut trouvée très mauvaise et refusée ». Quand le petit-fils du Roi-Soleil, le duc d’Anjou, devint roi d’Espagne, Louis XIV le traita en souverain : à souper, il avait un fauteuil et son cadenas (le coffret renfermant les couverts) à la droite du roi – Monseigneur et le reste de la famille royale, des pliants au bout et au retour de table, comme à l’ordinaire – et pour boire, une soucoupe et un verre couvert, et l’essai comme pour le roi.

Extrait de "L'Étiquette à la cour de Versailles : Le manuel du parfait courtisan" de Daria Galateria, publié aux Editions Flammarion

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