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Une équipe médicale examine les radios d'un blessé admis au Service d'Accueil des Urgences de l'hôpital de Charleville-Mézières.
Une équipe médicale examine les radios d'un blessé admis au Service d'Accueil des Urgences de l'hôpital de Charleville-Mézières.
©ALAIN JULIEN / AFP

Bonnes feuilles

Le combat de Didier Herbillon et de Boris Ravignon, maires de Sedan et de Charleville-Mézières, pour la défense de l'ambitieux projet de fusion des hôpitaux dans les Ardennes

Valérie Alasluquetas et Rémy Dessarts publient « Les Audacieux : Chroniques d'un territoire qui refuse le déclin » aux éditions Calmann-Lévy. Cette enquête raconte de l’intérieur le combat contre le déclin d’un territoire. C’est une chronique d’un quart de siècle d’initiatives locales dont les héros sont des chefs d’entreprise qui ne veulent pas mourir, des hommes politiques qui préfèrent s’unir pour être plus forts, des rockers aux ambitions folles. Extrait 2/2.

Valérie Alasluquetas

Valérie Alasluquetas

Valérie Alasluquetas, experte des enquêtes d’opinion, a travaillé à l’Ifop et chez BVA avant de créer une société d’études indépendante. Aujourd’hui, elle dirige un cabinet de coaching en orientation tout en poursuivant des activités de conseil.

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Rémy Dessarts

Rémy Dessarts

Rémy Dessarts, journaliste, créateur du magazine Capital, a notamment été directeur de l’information de M6, directeur de la rédaction de France Soir, de l’Équipe, rédacteur en chef au Journal du Dimanche, directeur délégué des rédactions du Parisien.

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Sedan, 1er avril 2019

Ils ne sont pas très nombreux devant l’hôtel de ville de Sedan mais ils ne passent pas inaperçus sur cette place d’ordinaire calme et réservée au parking des voitures. Quand le maire, Didier Herbillon, arrive, un peu avant 18 heures, il est accueilli par un concert de klaxons et de cris hostiles. Les slogans fusent : « Non à la fusion des hôpitaux », « Accès aux soins pour tous et pour toutes partout », « Des moyens supplémentaires pour nos hôpitaux ». Le comité de défense des hôpitaux de proximité des Ardennes ne laissera pas passer son ultime chance de contester la fusion des quatre établissements hospitaliers du nord du département. Ce soir, le conseil municipal de Sedan est le dernier, après ceux de Charleville-Mézières, Nouzonville et Fumay, à statuer sur ce projet porté par l’Agence régionale de santé. Dans la foulée de ce vote crucial, l’arrêté donnant naissance au Centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes sera publié.

Didier Herbillon se fraie un passage au milieu des délégués syndicaux de l’hôpital. Il leur propose d’assister en silence, comme c’est la règle, aux délibérations du conseil. Tous se retrouvent donc sur les chaises réservées au public dans la grande salle du premier étage.

Le conseil commence enfin mais pendant plus d’une heure ils doivent attendre que la résolution numéro  11, soumettant au vote des élus le projet de fusion des établissements hospitaliers du NordArdennes, soit débattue. Symboliquement, à cet instant, les opposants au projet se lèvent et brandissent leurs banderoles et leurs pancartes face aux élus. Les journalistes de L’Ardennais immortalisent la scène.

Didier Herbillon a conscience de l’importance de cette séquence pour l’avenir de son hôpital situé à seulement deux cents mètres de l’hôtel de ville. Président du conseil de surveillance de l’établissement, il est favorable à cette opération. Surtout depuis que son homologue de Charleville-Mézières, Boris Ravignon, lui a apporté son soutien total pour garantir le maintien d’une offre hospitalière de qualité à Sedan. Son conseil devrait le suivre mais il veut aussi donner du sens à cette approbation. Alors, dans un long exposé, il commence par rappeler le contexte de la politique nationale qui, depuis trente ans, cherche à concentrer l’offre hospitalière, ce qui favorise, selon lui, l’élu de gauche, la privatisation de la santé.

« Les petits hôpitaux de proximité ne sont pas mal gérés, ils sont victimes des conséquences de cette politique nationale, martèle-t-il ; plusieurs éléments impactent négativement le bilan financier de l’hôpital de Sedan : la tarification à l’acte et la baisse des tarifs hospitaliers défavorisent fortement les petits hôpitaux, qui touchent moins pour le même travail effectué.

Nos hôpitaux souffrent également de la démographie médicale : le nombre de médecins chute, de nombreux services manquent de praticiens. Enfin la population décroît, cela entraîne une baisse mécanique de l’activité. De ce fait, Sedan connaît un déficit récurrent de plusieurs millions d’euros, environ  6 aujourd’hui. »

Il prend à témoin les manifestants présents dans la salle :

« Je vois des panneaux qui réclament ce soir des moyens supplémentaires pour nos hôpitaux ; mais ce sont les députés qui ont le pouvoir de le décider en votant le budget de la nation, pas la ville de Sedan ! »

Le maire est persuadé que son action contre la fermeture de l’hôpital a permis d’éviter le pire.

« L’ARS a annoncé il y a un peu plus d’un an un plan de performance qui visait très clairement à fermer l’hôpital de Sedan, c’était parfaitement inacceptable. Nous nous sommes battus pour l’éviter. Nous sommes revenus autour de la table et il a été envisagé de fermer tour à tour la maternité, la pédiatrie ou les urgences : là encore, nous nous sommes battus. »

En fin politique, il donne un coup de chapeau aux salariés de l’hôpital qui se sont mobilisés depuis plusieurs mois.

« Nous nous sommes battus accompagnés par une très forte mobilisation. Je vois qu’elle n’a pas perdu de sa force aujourd’hui. Sans elle, l’affaire aurait tourné différemment. Cela nous a permis, à nous, les élus, de parler plus fort, plus haut, d’être mieux entendus. Cela a permis de sauver l’hôpital dans sa structure, même si rien n’est facile et s’il est amoindri par la perte de la chirurgie non programmée. Cela a permis, je l’espère, de le pérenniser. »

Le moment est solennel. L’hôpital de Sedan est sauvé mais sa tête sera désormais installée à Charleville-Mézières. Didier Herbillon doit ménager les salariés qui manifestent encore aujourd’hui leur mécontentement et leur inquiétude. Dans un an, il se présentera devant les électeurs pour briguer un troisième mandat. Il doit faire passer la fusion des hôpitaux si ce n’est pour une victoire, au moins pour un moindre mal. Pas si simple.

Après avoir remercié avec emphase les manifestants du comité de défense, il entame donc son plaidoyer en faveur de la fusion des hôpitaux.

« Il ne faut pas se cacher derrière notre petit doigt, le problème financier n’est pas réglé. D’où, je le crois, la nécessité d’une solidarité financière entre les quatre établissements concernés. Cette solidarité passe par la fusion des quatre hôpitaux, qui vont disparaître en tant qu’entités juridiques pour ne plus en former qu’une d’ici à quelques mois. »

Le maire égrène les mesures compensatoires obtenues. Il signale par exemple que la maison des internes a été rénovée, qu’un nouveau scanner a été installé à Sedan et que l’on peut désormais opérer les prothèses de hanche dans la ville.

« Je suis très vigilant sur l’application de ce plan de performance ; mais je crois vraiment qu’un établissement fusionné, plus gros de fait et qui ne crée pas de concurrence entre ses différents services, est fondamentalement plus attractif pour des praticiens et des internes. Nous recherchons des complémentarités et des économies. »

Didier Herbillon sait toutefois que le combat n’est pas terminé.

« Qu’il n’y ait demain plus qu’un seul établissement qui concerne un territoire de 200 000 habitants et qui ne peut plus être labellisé hôpital de proximité, c’est sans doute aussi une garantie de pérennisation de Sedan. Mais une extrême vigilance s’impose. Ne soyons pas naïfs, je ne suis pas certain que l’État s’apprête à débloquer des crédits considérables pour la santé, c’est sans doute tout le contraire qui s’annonce. »

C’est à ce moment qu’il met en avant un point crucial à ses yeux dans la gestion du dossier : le soutien apporté par Boris Ravignon.

« Le maire de Charleville avait une position plus simple que la mienne, il aurait pu totalement se désolidariser ; mais nous avons travaillé ensemble comme nous le faisons au titre de l’agglomération. Politiquement, il m’était très facile, très simple de vous proposer de voter contre cette fusion. Cela aurait été une position démagogique, non responsable. Car il y a des réalités. Elles ne sont pas contestables. Si demain il n’y a pas de solidarité financière, alors l’établissement sera très gravement menacé. »

Le moment du vote sur la résolution s’approche. La salle est silencieuse, tendue.

« J’émets ce vote favorable sous quatre conditions : la sanctuarisation de la maternité et de la pédiatrie de Sedan ; le respect des engagements sociaux et en particulier le maintien de l’emploi tel qu’il est inscrit dans le plan de performance ; que les 20  millions d’euros promis par l’ARS soient investis uniquement dans nos hôpitaux ; enfin, je demande que l’engagement pris par l’ARS de rechercher les ressources médicales nécessaires à l’accès aux soins de nos habitants soit tenu dans les semaines qui viennent. Je vous propose donc un avis favorable mais sous conditions. Je mets cette proposition au débat. »

Quatre personnes demandent la parole. Toutes soulignent le sérieux et la sincérité du discours de Didier Herbillon. Une seule exprime un avis négatif. Bertrand Bonhomme, qui dirige l’Union pour les Sedanais, l’une des deux listes d’opposition.

« Je regrette que l’on ne donne pas la parole aux personnes qui sont présentes dans cette salle, qui ont fait l’effort de venir. Ce serait un minimum. »

Avant de passer au fond du dossier.

« Que peut-on faire ? Les responsables, ce sont nos gouvernants. On nous parle de fusion pour faire des économies. Mais l’hôpital de Charleville est, sauf erreur de ma part, aussi en perte, ceux de Fumay et de Nouzonville le sont également. Je lisais dans Les Échos que, dans le secteur privé, trois fusions sur quatre ne réussissent pas en France. Je ne vois pas pourquoi celle de nos hôpitaux réussirait. C’est courageux de votre part d’approuver ce projet mais nous voterons contre, même si nous avons bien compris votre démarche et noté les quatre conditions que vous posez. »

Didier Herbillon reprend la parole.

« Merci, monsieur Bonhomme. Je mets donc cette proposition adossée aux quatre conditions aux voix. Trois voix contre, pas d’abstention. Cet avis est adopté à la majorité du conseil municipal. Je vous en remercie. »

Immédiatement, les manifestants présents dans la salle se lèvent et replient leurs banderoles. Malgré ce vote qu’ils désapprouvent, ils s’en vont, silencieux. La séance s’interrompt le temps que le calme revienne.

Juste après le conseil, Didier Herbillon appelle Nicolas Villenet pour lui annoncer la bonne nouvelle. La longue consultation sur la fusion des quatre hôpitaux est achevée. L’arrêté de l’ARS l’officialisant sera publié dans les jours qui suivent. Dans huit mois, le 1er janvier 2020, elle deviendra réalité. C’est une nouvelle victoire pour le tandem Ravignon-Herbillon. Leurs deux villes avancent plus que jamais main dans la main.

A lire aussi : Le combat des salariés de Thomé-Génot à Nouzonville et des élus locaux des Ardennes pour la sauvegarde des emplois et pour la défense du tissu industriel régional

Extrait du livre de Valérie Alasluquetas et Rémy Dessarts, « Les Audacieux : Chroniques d'un territoire qui refuse le déclin », publié aux éditions Calmann-Lévy

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