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La véritable histoire de la station spatiale secrète construite par le Pentagone au plus fort de la Guerre froide
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Drôle d'atmosphère

La véritable histoire de la station spatiale secrète construite par le Pentagone au plus fort de la Guerre froide

Sous couvert d'une expérience scientifique, les militaires américains ont vainement tenté de créer la première station spatiale pour observer les ennemis soviétiques.

Les grandes oreilles de l'espace. Voilà quel était le projet fou des Américains pour surveiller l'URSS pendant les années 1960, décennie marquée par une tension extrême mais aussi par des progrès scientifiques extraordinaires. Selon un ensemble de documents top secret de l'US Air Force, qui ont été déclassifiés au mois d'octobre, les Etats-Unis projetaient d'envoyer en orbite une station spatiale habitée pour mieux observer au télescope les infrastructures de l'ennemi soviétique.


Tout commence au début des années 1960, alors que la guerre froide bat son plein. Sur le plan diplomatique, la crise des missiles de Cuba en octobre 1962 a rendu les relations exécrables entre les Etats-Unis et l'URSS. Les deux blocs tentent d'étendre leur sphère d'influence dans tous les domaines. Et c'est sans doute la recherche spatiale qui bénéficiera le plus de cette course entre les deux géants. Les premières manches seront remportées par les Soviétiques, d'abord grâce à l'envoi de Spoutnik, en 1957, le premier satellite artificiel envoyé dans l'espace. Puis, c'est au tour de Laïka de devenir le premier être vivant à s'envoler en orbite (et qui mourut 7 heures après le lancement) la même année. Enfin, l'humiliation finale pour les Américains sera incarnée par Youri Gagarine, devenu le premier homme à atteindre l'espace, au nez et à la barbe de la NASA. Vexés, les Etats-Unis vont rattraper leur retard en quelques années, avant de dépasser largement leurs rivaux dans la course à la Lune. Les années 1960 restent l'âge d'or de la conquête spatiale et les progrès réalisés ne vont pas attirer que des scientifiques.


Les astronautes selectionnés dans le programme MOL

Toujours à l'affût de nouvelles techniques d'espionnage, les militaires se sont, évidemment, mêlés à la danse. Dès 1962, ils réfléchissent à ce que pourrait apporter l'espace dans leur lutte idéologique contre les Soviétiques. Rapidement, les progrès des outils d'optique laissent entrevoir les nombreuses possibilités que pourrait représenter un télescope spatial. Un tel engin donnerait une image précise des infrastructures, bases militaires ou dépôts de missiles partout sur la planète. Une fantastique mine d'information. Problème, les satellites de reconnaissance sont largement rudimentaires. La qualité est souvent insuffisante pour distinguer quoi que ce soit, malgré plusieurs essais. Les militaires de l'US Air Force ont donc estimé, selon les documents déclassifiés, qu'il était alors préférable d'envoyer des hommes pour observer pendant un mois les terres ennemies, avant de revenir avec les négatifs des photos. Evidemment, l'engin spatial serait détruit pour éviter toute suspicion. Car cela revient à créer une première station spatiale, un challenge énorme pour l'époque et qui coûte très cher. Annoncé publiquement en 1963, le Manned Orbiting Laboratory (MOL) est présenté comme un projet purement scientifique d'observation depuis l'espace. Pas question de raconter que les astronautes envoyés sont avant tout des espions.


Lancement de la maquette en 1966

Ambitieux, le projet se heurte néanmoins à des obstacles de taille. Techniques, d'abord, car il s'agit d'une station de plus de 20 mètres de long et l'envoi d'un tel objet représente un défi énorme. Le projet est lancé officiellement en 1963 et se voit doté d'un important budget de 1,5 milliard de dollars en 1965 par le président Lyndon B. Johnson. En 1966, une maquette est même envoyée depuis Cap Canaveral. Ce sera l'unique lancement. Le budget augmente rapidement et un second obstacle se heurte à la mission : la diplomatie. "Nous allons probablement à l'encontre de problèmes internationaux" écrit ainsi en 1965 le Secrétaire d'Etat Dean Rusk au ministre de la Défense Robert McNamara. Après avoir frôlé la guerre mondiale en 1962, les Etats-Unis et l'URSS entrent dans une période de "détente" et le projet, même présenté comme scientifique, ne trompe pas les Soviétiques. Dès 1963, les essais nucléaires atmosphériques et les sous-marins sont interdits et les deux camps réfléchissent à une démilitarisation commune. A en croire les renseignements américains, le MOL pourrait, au contraire, être considéré comme une nouvelle course à l'armement. Le projet stagne mais coûte toujours aussi cher, alors que les Etats-Unis se lancent dans une longue guerre au Vietnam. Finalement, le perfectionnement des satellites espions aura raison du MOL, projet abandonné par le Président Richard Nixon en 1969. Ce qui n'empêchera pas les Américains de lancer une véritable station spatiale scientifique par la suite. Aujourd'hui, ISS regroupe américains et… Russes.

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