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La Russie, un allié imprévisible et « démonétisé » pour … la Chine ...
©Alexei Druzhinin / Sputnik / AFP

Nouvelle donne internationale

La Russie, un allié imprévisible et « démonétisé » pour … la Chine ...

Depuis le virage de 2007 et son discours de Munich lors de la conférence sur la sécurité, la Russie de Vladimir Poutine a développé une stratégie visant, à la fois, à éloigner les États-Unis de l’Europe, et à diviser l’Union Européenne. En préparant, et construisant les nouvelles Routes de la Soie, la Chine a suivi exactement la même stratégie, totalement dans son intérêt.

Gérard Vespierre

Gérard Vespierre

Gérard Vespierre est chercheur, conférencier en géopolitique. Gérard Vespierre est associé-fondateur de « Strategic Conseils » et chercheur associé à la Fondation d’Etude pour le Moyen-Orient (FEMO).

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En décidant l’invasion de l’Ukraine, cette décision longuement préparée, mais qui prend qu’une seconde, celle de lancer le signal de l’attaque, le chef du Kremlin a ruiné 15 ans d’efforts stratégiques. Désormais, les pays de l’Union Européenne ont reconstitué une unité, car il n’y a rien de tel que de se redécouvrir un ennemi commun, pour réunir 27 Pays. Le même processus s’applique naturellement à l’OTAN. L’invasion de l’Ukraine par une armée Russe de 200.000 hommes, créé un réflexe, fédérateur, et déclenche des volontés politiques de réarmement, à l’exemple de l’Allemagne.

Une nouvelle donne internationale

Enfin, ce resserrement des liens entre les pays occidentaux, permet aux États-Unis, comme vient de l’évoquer Joe Biden lors de son voyage en Europe, de pouvoir s’adresser à la Chine d’une seule voix. Un front uni est en effet souhaitable pour indiquer à la Chine qu’il convient pour elle de ne pas porter assistance à la Russie. La décision d’envahir l’Ukraine a donc également des répercussions dans le format des relations entre la Chine et les pays occidentaux, jusqu’alors divisés, même si cette division s’amenuisait, après Hong-Kong, le dossier Ouighour, et la diffusion du Covid

Retournement de situation, et de rapport de force naturellement à l’opposé des intérêts chinois. 

La Russie, mais plus spécifiquement, la Russie de Vladimir Poutine, créée donc un tsunami politique et stratégique. Il se répercute naturellement dans le domaine économique, et ne peut que rejaillir sur la coopération, et l’équilibre des rapports entre la Russie et la Chine.

Un effet boomerang vers la Russie

A l’évidence l’invasion de l’Ukraine provoque des déséquilibres dans les ressources énergétiques et agroalimentaires, qui vont se répercuter sur les prix, et impacter l’Europe. Mais la situation économique de l’Europe et les répercussions de la guerre ne sont en rien comparable avec celles que va connaître la Russie. Cette dernière va devoir faire face dès cet été un taux d’inflation de plus de 15% (déjà à 10% en janvier avant la guerre) et une dévaluation substantielle du Rouble. Pour la combattre la Banque Centrale de Moscou a déjà porté son taux directeur à 20%.... ! Quelle entreprise ou quelle famille peut investir dans de telles conditions..... L’investissement en Russie va donc se mettre à l’arrêt, et s’y ajoute ...les désinvestissements des sociétés étrangères qui quittent le pays.

Dans son discours de Varsovie, Joe Biden a annoncé que les États-Unis prévoyaient que la Russie passe de la 11ème place mondiale du classement des pays par PIB, à un classement au-delà de la 20ème.....

Des conséquences russo-chinoises

La Chine va donc se retrouver avec un allié-partenaire, dans une piètre situation économique. La Russie aura beaucoup de mal à sortir de cette crise, car il s’y ajoute des facteurs structurels. Les plus importants concernent le vieillissement et la diminution de sa population (plus que 140 millions de Russe en 2030) et la baisse structurelle de consommation mondiale des énergies fossiles, donc moins de ventes de pétrole et, ultérieurement, de gaz, pour lutter contre le réchauffement. Ces paramètres structurels vont donc s’ajouter aux sanctions, paramètres conjoncturels liés à la guerre.

La richesse du marché intérieur russe va accélérer son déclin. N’oublions pas que la croissance moyenne des 8 dernières années s’établit à 0,5%....

On entend, ou on lit, hélas trop souvent, que la Chine pourra servir de débouché aux volumes de pétrole et de gaz que l’Union Européenne refusera d’acheter à la Russie. Mais c’est méconnaître le fonctionnement de l’économie.... ! La Chine, ou tout autre pays, dans le domaine de l’énergie, ne peut acheter plus, que si elle consomme plus, ce qui avec son ralentissement progressif n’est pas à l’ordre du jour. Si elle le faisait cela serait au détriment de ses fournisseurs, principalement du Moyen-Orient, avec qui elle veut au contraire développer ses échanges.... !

Cette guerre d’Ukraine aura-telle une répercussion sur la mise en place des Routes de la Soie, qui visent, principalement, le marché Européen, deuxième du monde.... ?

Très probablement oui, déjà dans un ralentissement économique européen probable, et deuxièmement dans l’implication des pays traversés vis-à-vis d’un pays à système autoritaire, la Chine, alliée de la Russie....... Un autre regard va être porté sur la coopération avec les pays à système autoritaire..... Une opportunité pour l’Europe....

La décision de Vladimir Poutine de « prendre Kiev » aura donc des répercussions de grande ampleur pour la Russie, son allié, la Chine, et naturellement leurs relations bilatérales, en laissant de côté les jugements et évaluations que la Chine ne manquera pas de porter sur l’efficacité de l’appareil militaire russe.....terrible conséquence pour la Russie, qui a en face d’elle l’armée d’un pays de 1,4 milliards d’habitants, et un vide... Sibérien...

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