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Emmanuel Macron lors de son premier rassemblement politique avant l'élection présidentielle, le 7 mars à Poissy
Emmanuel Macron lors de son premier rassemblement politique avant l'élection présidentielle, le 7 mars à Poissy
©LUDOVIC MARIN / AFP

Président candidat

La non-campagne très mise en scène d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a effectué sa première sortie en sa qualité de candidat au renouvellement de son mandat, à Poissy, dont le maire ex-LR, Karl Olive est un de ses amis. Il avait concocté une réunion à laquelle assistaient quelque deux cent personnes qui ont interpelé le « président candidat » sur les sujets brulants d’actualité que sont le pouvoir d’achat, le coût de l’énergie, l’accueil des réfugiés.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Cela ressemblait à la formule de questions-réponses qui avait fait son succès pendant «  le Grand Débat » post gilets jaunes, la spontanéité en moins, les intervenants ayant été soigneusement sélectionnés et la séance calibrée en temps, situation internationale oblige. Emmanuel Macron se veut « président autant que je le dois, mais assure-t-il, je serai candidat chaque fois que je le peux », et cela ne s’avère pas simple car tout est calibré.

Le candidat a promis la suppression de la redevance télé (déjà revendiquée par Marine Le Pen et Eric Zemmour), plus de sport à l’école ; il veut améliorer ou mettre en place des mécanismes d’intéressement et de participation , avec le triplement de la prime Macron … non imposable afin que le travail paye mieux. Il vante aussi son bilan de président, avec la réussite de l’apprentissage .

Emmanuel Macron promet  un « pacte européen, productif, générationnel, républicain » s’il est réélu, mais le président promet aussi des mesures plus rapides pour compenser la hausse du prix de l’essence, mais prudent reconnait que « Si la Russie décide de contre-sanctions sur l’énergie, ce sera encore plus dur l’hiver prochain ».

Emmanuel Macron  qui « sollicite la confiance de ses concitoyens pour un nouveau mandat », est contraint de jongler avec les visio-conférences et une présence sur le terrain dont la situation internationale le prive, mais d’une certaine manière le protège … Le conflit russo-ukrainien rend impossible cette dichotomie consistant à séparer totalement activité présidentielle et candidature, travailler à son bureau de l’Elysée le matin, et à faire campagne l’après-midi et dans la soirée, ainsi que pendant les week-ends. Valéry Giscard d’Estaing avait tenté la formule en son temps…calme sur le plan international. Elle ne lui a pas réussi puisqu’il a été battu par François Mitterrand en 1981… Nicolas Sarkozy qui a multiplié les meetings en 2012,  n’a pas eu plus de chance. François Mitterrand et Jacques Chirac, en campagne pour leur réélection à l’issue d’une cohabitation, ont connu un sort plus heureux, puisqu’ils ont été réélus : François Mitterrand en 1988, à l’issue d’une campagne centrée sur les réunions publiques, avec une entrée triomphale dans les meetings retransmise en direct dans les 20H à la télé ; Jacques Chirac, en 2002, après l’élimination de Lionel Jospin et une confrontation inattendue avec Jean-Marie Le Pen. Au début de la campagne pour sa réélection, Jacques Chirac avait tenté de renouer avec des séquences de proximité avec les électeurs. Victime de crachats, il a dû réviser ses plans et redevenir « président candidat » en évitant le «  contact » trop rapproché avec les électeurs …A cet égard Emmanuel Macron a déjà essuyé l’épreuve de la spontanéité avec une gifle, alors qu’il sillonnait la France, président « vendant »  son bilan, au grand dam des oppositions..…

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L’effet miroir : « Macron avec vous », soit. Mais « nous » qui, « nous » quoi ?

Aujourd’hui le contexte ne se prête guère aux bains de foule improvisés pour le locataire de l’Elysée. Emmanuel Macron n’a pas encore trouvé son tempo de campagne. Hier matin , avant de se rendre à Poissy, il a réuni une partie de ses «  parrains » à son QG de campagne. Au premier rang, formant un demi cercle, on a pu reconnaitre les visages de ces nouveaux ralliés de droite, Natacha Bouchard, la maire Calais, Hubert Falco, le maire de Toulon, Christian Estrosi, Renaud Muselier , le président de la région PACA. Une réunion à huis clos cette fois, avec des propos rapportés : « j’ai besoin de vous ; je sonne le tocsin », aurait déclaré le candidat  à ses interlocuteurs en les invitant à ….faire campagne pour lui et à mobiliser contre l’abstention, à l’instar des ministres sur leurs terres électorales. Pour l’heure, Emmanuel Macron distance largement ses concurrents dans les sondages. Aucun de ses challengers n’a réussi à imposer un thème de débat dans la campagne. Même celui de l’immigration dont se nourrissaient ses adversaires et mis en sourdine  devant l’élan de générosité des Français pour accueillir les réfugiés ukrainiens. Cela dispense le « président candidat » d’ attaquer leurs propositions... Loin d’être un avantage, cette donne rend la situation encore plus mouvante. La campagne ressemble pour l’heure à une « non campagne » rendant les lendemains encore plus incertains .

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