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Une étude Ifop publiée jeudi 24 avril souligne différents points de la consommation française de films à caractère pornographique.
Une étude Ifop publiée jeudi 24 avril souligne différents points de la consommation française de films à caractère pornographique.
©Reuters

Pauvres et épilées, riches et fourrure

La lutte des classes se joue aussi dans les conséquences de la consommation de porno

Si la pornographie est présente et visible dans toutes les couches sociales, les comportements qu'elle véhicule sont le plus souvent reproduits dans les milieux modestes ou chez les personnes plus jeunes.

Michelle  Boiron

Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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Atlantico : Une étude Ifop publiée jeudi 24 avril souligne différents points de la consommation française de films à caractère pornographique. Ainsi, on remarque qu'un tiers des jeunes hommes de moins de 25 ans qui ont été interrogés disent avoir été complexés par la taille du sexe de l'acteur, contre seulement 14% pour les plus de 65 ans. Comment expliquer ce décalage selon l'âge ?

Michèle Boiron : Le décalage constaté entre la  génération 25/65 ans sur les complexes ressentis par les hommes nous montrent bien que les hommes plus âgés n’ont pas tous été formatés par les films pornos et ont eu suffisamment d’expériences sexuelles avant l’accès éventuel à des images pornos ; ils en sont donc moins affectés. Ils ne l’ont pas appréhendé comme modèle sexuelle mais comme piment éventuel d’une relation sexuelle à un moment donné de leur sexualité ou y on eut recours à des moments de célibat obligé. Ils n’en sont pas devenus dépendants. Alors que ceux de la jeune génération dont certains ont commencé à se masturber dès l’âge de 12 ans devant le porno du samedi soir, se retrouvent 20 ans plus tard addict à ses images et du même coup très défaillants face à l’excitation nécessaire pour un rapport sexuel dans la vraie vie qui soit digne de ce nom. Ils ont commencé l’apprentissage sexuel par du sexe virtuel qui leur a donné une fausse idée de ce qu’était la sexualité dans la vraie vie et dans le rapport charnel. Quand à la taille de leur pénis, les hommes ont de tous temps et quelque soit sa taille toujours eu la crainte qu’il en existait un qui en avait une « plus grosse » ! Et cela ne venait pas du porno mais de la vision du petit garçon avant la puberté qui apercevait le sexe de son père.  Maintenant, force est de constater que la taille du sexe des acteurs de film X ont été choisie avec une norme « énorme » et aussi avec la durée de l’exercice qui affiche une  performance pathologique quand on sait  que la plupart sont choisis anorgasmiques. Ce qui représente pour ceux qui en souffrent une réelle souffrance. Les hommes n’ont alors rien à leur envier !

On constate également que la pornographie aurait tendance à répandre des codes et des normes sexuelles. Ainsi la propension à l'épilation totale est encore une fois plus élevée chez les jeunes femmes que chez les autres. Cependant, l'étude souligne également  que les milieux populaires sont davantage sujets à ce genre d'influence : 20% des jeunes femmes pratiqueraient l'épilation totale dans les classes populaires contre 9% chez les classes plus élitistes. Pourquoi cette différence de classe ? Et pourquoi les poils cristallisent-ils cette différence ?

La banalisation de l’usage de la pornographie et des images vues par tout le monde tend de plus en plus à incarner un modèle de sexualité, voire une initiation pour les plus jeunes si ce n’est une source d’inspiration. L’épilation des poils qui semble se généraliser chez les jeunes femmes, du moins celles qui  sont nées au moment de cette tendance l’ont adopté naturellement comme elles ont pu adopter le jean à taille basse ou le string.  Cela vient valider que la pornographie sert de modèle identificatoire à des jeunes pour qui le film pornographique représente parfois la première expérience de leur sexualité. Dans une société hygiéniste où l’on aseptise tout l’épilation vient valider cette tendance. En revanche la distinction faite avec les classes populaires me semble pour le moins hasardeuse. A ceci près  peut être sur le mode d’épilation ? L’épilation définitive coûte chère alors qu’un coup de rasoir est rapide. Les femmes plus âgées et qui ont connu la mode avec poil et connu les débuts du « ticket de métro » obéissent peut être moins d’emblée à la mode et gardent leur libre arbitre.

47% des Français tenteraient de reproduire une scène ou une position vue dans un porno. Est-ce véritablement un problème ? Dans quelle mesure la pornographie a-t-elle pris une place aujourd'hui inévitable dans notre vie ?

Une relation sexuelle est une relation merveilleuse avec un apprentissage et une découverte du corps de l’autre à son rythme et avec une graduation dans l’acte : on ne dévoilait pas tout, tout de suite. Et l’on actait pas tout non plus la première fois.  Il y a avait des  codes, des interdits parfois  des maladresses. Aujourd’hui, on induit  l’idée que le sexualité n’est pas innée mais acquise et on a choisi le film porno comme modèle qui est celui d’une excitation pure et dure. Avant on savait que la pornographie existait mais elle ne remplissait pas nos écrans et ne servait pas de modèle d’initiation. Pour une jeune homme ou une jeune fille vierge ses images sont effractantes et constituent un modèle violent agressif et cru de la sexualité. Ce qui est montré est totalement dévitalisé d’émotions. Si certains ressentent le besoin la nécessité d’avoir accès à ces images c’est bien que la pornographie existe. En revanche ce qui est dommageable c’est qu’elle soit exposée dans tous les magazines, imposée  banalisée jusqu’à servir de modèle de référence. La pornographie a une place et elle en a toujours eu. Si elle est inévitable peut être peut on commencé à se poser des questions ?

S'il fallait avoir une vision plus transversale de la situation, quel portrait pourrait-on dresser de celui qui "gobe" tout sans recul ?

Celui qui gobe tout  a perdu ses instincts, sa spontanéité, il ne fait plus confiance à son corps à ses émotions et à ses pulsions. Il est en perte de repères  naturels et il va être obligé de fabriquer artificiellement une source d’excitation indispensable à l’acte sexuel qu’il ne sait plus ressentir instinctivement dans la réalité de son corps de son cerveau et de ses émotions.  Il  devient une machine excitable. En témoigne cette parole de femme : « je n’y arrive plus en ce moment je n’ai plus de désir : je n’arrive plus à lancer la machine! » Avant on se plaignait  parfois de se sentir être une « femme objet » aujourd’hui on tend à devenir une « femme machine! » 

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