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La kétamine, nouveau médicament miracle contre la dépression : charlatanisme ou véritable espoir ?
©wikipédia

J'ai attrapé un coup de blues

La kétamine, nouveau médicament miracle contre la dépression : charlatanisme ou véritable espoir ?

Plusieurs études récentes montrent les effets bénéfiques d'un vaccin à base de kétamine contre la dépression. Si ces études sont intéressantes sur le plan théorique, il n'en demeure pas moins qu'elles restent totalement hypothétiques.

 Michel Lejoyeux

Michel Lejoyeux

Michel Lejoyeux est professeur de psychiatrie et d’addictologie à l'université Denis Diderot. Il y enseigne aussi la psychologie médicale et coordonne le Diplôme d’études spécialisé en addictologie. Il est chef de service de psychiatrie et d’addictologie de l’hôpital Bichat et de Maison Blanche. Michel Lejoyeux est Président d’honneur de la Société Française d’Alcoologie et président en titre du Syndicat des Médecins des hôpitaux de Paris. Il a écrit aux Editions Plon est Réveillez vos désirs et Tout déprimé est un bien portant qui s'ignore aux Editions Jean-Claude Lattès. 

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Atlantico : Plusieurs études évoquent l'hypothèse d'un vaccin à base de kétamine qui fonctionnerait parfois mieux que les antidépresseurs. Où en est la recherche dans ce domaine ?

Pr Michel Lejoyeux :Quelques études montrent un effet bénéfique de la kétamine sur l'humeur dépressive. Mais par rapport aux données sur les traitements médicamenteux de la dépression, cela reste tout à fait marginal. Ces études sont intéressantes sur le plan théorique, mais totalement hypothétiques.

Aujourd'hui, la prévention du stress se fait par des techniques non médicamenteuses qui fonctionnent comme traitement et prévention de tout ce qui n'est pas la dépression majeure et qui sont extrêmement efficaces. On sait que l'activité physique donne à peu près les mêmes effets que la kétamine et ce, sans aucun effet indésirable. Cette activité doit avoir lieu 2h30 par semaine sans stress. Donc n'imaginons pas aujourd'hui qu'il n'y a que la kétamine qui puisse agir comme traitement actif à la fois sur le stress et sur les neurones. Les caractéristiques biologiques de notre cerveau peuvent aussi être influencées par notre comportement et notre manière de penser. C'est ce que j'explique dans mon ouvrage "Tout déprimé est un bien portant qui s'ignore". Comme pour la prévention cardiaque, une hygiène de vie et des habitudes de penser sont nécessaires.

Si cette histoire d'un vaccin contre la déprime est totalement hypothétique, il existe un effet vaccin indiscutable lorsque l'on sort de sa déprime : avec une meilleure humeur, on est moins sensible aux infections. Suite à une étude dans ce domaine, on s'est aperçu que ceux qui sont de bonne humeur ont 5 fois moins de rhume que ceux qui sont de mauvaise humeur. Là, les effets sont indiscutables.

D'après vous, le vaccin contre la dépression a-t-il des chances de voir le jour ? Quelles hypothèses sur la nature même de la dépression cela remet-il en question ?

Le vaccin par définition est un protecteur d'une infection. Or la dépression n'a pas d'origine infectieuse. S'en protéger avec un vaccin constitue donc une aberration.

Par ailleurs, donner de manière préventive des médicaments pour quelque chose qui peut se traiter par des méthodes non médicamenteuses me paraît aussi être aberration.

L'idée d'une sorte de médicalisation systématique de l'émotion me paraît dangereuse. La réponse à l'humeur n'est pas uniquement médicamenteuse. Elle est davantage dans le mode de vie que dans la chimie.

La kétamine n'a pas encore obtenu l'autorisation de mise sur le marché de la FDA dans le cadre du traitement de la dépression malgré les résultats probants obtenus à travers quelques études. Pourquoi ?

Les médecins sont confrontés à une double demande lorsqu'il s'agit d'autorisation de mise sur le marché. On leur demande en général d'autoriser très vite les nouveaux médicaments qui sortent, et dès qu'il y a un effet indésirable, on leur dit qu'ils ont été très imprudents parce qu'ils n'ont pas pris le temps d'en mesurer la tolérance et l'efficacité.

Au départ, la kétamine est utilisée en tant qu'anesthésique pour ralentir l'activité cérébrale et l'excitation des neurones. Mais le temps de la tolérance et de l'efficacité complète de la kétamine sur la dépression n'est pas arrivé. Nous ne sommes donc pas du tout au stade d'une autorisation de mise sur le marché.

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