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©MANDEL NGAN / POOL / AFP

La chronique de Dov Zerah

La grande purge de la Mecque

Dov Zerah revient cette semaine sur la situation en Arabie saoudite. Des arrestations ont été menées au sein de la famille royale saoudienne. Mohammed ben Salmane semble ainsi vouloir renforcer son pouvoir avant le futur G20 , organisé à Riyad le 21 et le 22 novembre prochain.

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Il se passe quelque chose de grave au Royaume d’Arabie saoudite, des règlements de compte dans la famille dynastique. Le frère du Roi, le prince Ahmed ben Abdelaziz al-Saoud et le neveu du monarque, qui était encore successeur jusqu’en juin 2017, le prince Mohammed ben Nayef, et d’autres membres de la famille royale, ont été arrêtés au motif ou prétexte qu’ils fomentaient un attentat contre le Prince héritier, Mohamed ben Salmane, également dénommé MBS.

Cela fait suite au remaniement ministériel du 25 février dernier, avec le limogeage du ministre de l’économie et la création de trois ministères, tourisme, sport et investissements.

Depuis cinq ans, la lutte pour le pouvoir à la Mecque est sans merci.

Un peu d’histoire peut permettre de comprendre l’enjeu de ces révolutions de palais. Le pays a été créé en 1744 par une alliance entre un chef de tribu, Mohamed Ibn Saoud et un prédicateur musulman, Mohammed Ibn Adel Wahab marqué par le radicalisme de sa doctrine et la violence de ses partisans, sur la base d’un pacte simple, à la famille la responsabilité des affaires, aux ecclésiastiques, la responsabilité de la conduite de la religion.

Le XIXème siècle et la première moitié du XXème ont été marqués par des luttes terribles au sein de la tribu. Il faut attendre Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud, également dénommé Ibn Saoud qui laisse de nombreux héritiers potentiels. Á sa mort, en 1953, s’établit un équilibre systémique entre les princes. Á chacun sa part du pouvoir, un département ministériel, une entreprise, un secteur d’importations…un partage du pouvoir où chacun y trouve son compte

Quand en 2015, le Roi Salmane, 79 ans, arrive est intronisé, il remet en cause cette tradition, et organise une concentration du pouvoir d’abord en privilégiant la famille directe au clan. Il choisit son neveu Mohammed ben Nayef comme héritier et son fils préféré MBS comme second. Le 23 juin 2017, MBS écarte Mohammed ben Nayef, et le met aujourd’hui en prison. MBS est suspecté de mener une répression implacable contre toutes les voix discordantes ; l’assassinat du journaliste américano-saoudien, de Jamal Ahmed Khashoggi dans un consulat saoudien en Turquie constitue un bon exemple. Chaque situation, privilège ou monopole est remis en cause.

Le projet du Roi et de son fils MBS est de faire évoluer le pays, à le faire entrer dans le XXIème siècle, notamment en accordant de nouveaux droits aux Saoudiennes (le plus emblématique et visible étant la capacité à conduire des automobiles), ou en accueillant le « Paris-Dakar », en ouvrant le pays au tourisme, en attirant des stars mondiales... Cela entraine des tensions avec le clergé.

Treizième pays au monde avec une superficie de plus de 2 200 000 km², l’Arabie saoudite a une faible densité avec moins de 35 millions d’habitants. Néanmoins, il regorge de ressources notamment pétrolières.

Avec sa « Vision 2030 », MBS cherche à réduire la dépendance du pays au pétrole, à diversifier ses activités économiques. Remise en cause de certaines subventions, d’exonérations fiscales, introduction de la TVA, libéralisation de nombreux secteurs économiques, mobilisation des ressources sur le numérique et la haute technologie, construction de la ville la plus intelligente au monde…

Un des projets les plus emblématiques est l’introduction à la Bourse de l’ARAMCO, la société pétrolière nationale, ou l’ouverture de son capital avec des placements privés pour 1 000 à 2 000 Md$.

La remise en cause des deux piliers du Royaume intervient alors qu’il doit faire face à une profonde modification de la géopolitique proche-orientale avec :

- Le désengagement américain

- L’intervention russe en Syrie

- La confrontation avec l’Iran et les Chiites. Le grand voisin a réussi en une vingtaine d’années à prendre le contrôle de l’Irak d’après Saddam HUSSEIN, à s’installer en Syrie directement et avec le Hezbollah, ainsi qu’au Yémen

- L’opposition au sein du monde sunnite avec les frères musulmans dont les parrains sont la Turquie et le Qatar.

Cela a conduit l’Arabie saoudite à s’armer, se surarmer… Le Royaume est entré dans une course aux armements avec l’Iran, notamment lorsqu’après la signature de l’accord sur le nucléaire en juillet 2015, le voisin chiite multiplie ses dépenses militaires par 2,5 en consacrant 5 % de son budget à la défense. L’Arabie saoudite est un des plus grands acheteurs d’armes au Monde ; elle assure 5,2 % des dépenses mondiales, plus que la Russie pour un résultat très faible, voire nul. Ni l’intervention au Yémen, ni celle en Syrie n’a été concluante. Pis, les Iraniens n’ont pas hésité à frapper le pays en détruisant la moitié de sa capacité de production pétrolière. Cela a démontré que malgré ses 230 000 hommes, ses collections de 760 chars, 440 avions de combat, 220 hélicoptères, le Royaume n’est pas en capacité de se défendre…

Fragilisée, la monarchie islamiste n’hésite pas à se tourner vers Israël pour se protéger, et, de facto, à sacrifier la cause palestinienne. Cela sera-t-il suffisant ?

Malgré la situation délicate dans laquelle se trouve le Royaume, MBS n’a pas hésité à faire chuter le cours de l’or noir à 30 $le baril. Le refus de la Russie de baisser sa production d’hydrocarbures pour faire face à la baisse de la demande a entrainé une réaction vengeresse de l’Arabie saoudite d’augmenter la sienne. Le cours s’est effondré., ce qui n’a pas amélioré la situation des marchés.

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