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Certains pays ont choisi de réduire leurs dépenses publiques quand d’autres ont préféré augmenter la pression fiscale sur la population.
Certains pays ont choisi de réduire leurs dépenses publiques quand d’autres ont préféré augmenter la pression fiscale sur la population.
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Au coin !

La France très mauvaise élève de l’austérité au niveau international… mais pas pour les raisons qu’on croit

Les politiques de restriction budgétaire ont été utilisées un peu partout dans le monde après la crise, mais selon des méthodes très différentes, et des résultats opposés. Certains pays sont parvenus à des résultats tangibles, alors que d’autres ont été sacrifiés par des politiques inadaptées. Et au milieu, la France a combiné un ensemble d’erreur, mais a été préservée par son immobilisme.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Lorsque la crise frappa l’économie mondiale en 2008, et provoqua une forte récession au cours de l’année 2009, de nombreux pays ont logiquement choisi de rétablir leur situation budgétaire. La chute de la croissance avait provoqué de lourds dégâts pour les gouvernements, aussi bien du côté des revenus, que des dépenses, et les Etats ont alors décidé de procéder à des ajustements ayant pour objectif de réduire leurs niveaux de déficits publics. Mais tous les pays n’ont pas été logés à la même enseigne, aussi bien en termes d’efforts réels, que de méthode. Certains ont privilégié la croissance, d’autres les déficits, et parmi ces derniers, certains ont choisi de réduire leurs dépenses publiques quand d’autres ont préféré augmenter la pression fiscale sur la population.

Dans un article publié par the economist le 12 septembre dernier, il apparaît qu’au sein de ce concert mondial, la France fait figure d’exception. D’une part, les efforts consentis par le pays peuvent paraître faibles par rapport à d’autres, mais, de plus, ces efforts ont été principalement portés sur la seule augmentation de la fiscalité. De ce fait, concernant la baisse des dépenses, rien n’est à signaler, c’est même une hausse qui est intervenue, faisant passer la dépense publique de 56.8% du PIB en 2009 à 57.5% en 2014, selon les données publiées par le moniteur fiscal du FMI.

Depuis 2009, et en prenant quelques autres exemples, les stratégies ont été très différentes selon les Etats. Sans surprise, les pays ayant manifesté le plus de rigueur sont ceux du sud de l’Europe ; Grèce et Espagne en tête, qui ont produit une considérable amélioration de leur balance primaire ajustée du cycle. C’est-à-dire le différentiel entre dépenses et recettes, tout en excluant la charge de la dette et de ses intérêts, et ajusté du cycle économique - outil qui représente la mesure la plus objective en termes d’efforts consentis.

Ajustement de la balance primaire ajustée du cycle. En points de PIB (2009-2014). FMI

L’addition de l’augmentation des impôts et de la baisse des dépenses, en Grèce, représente un total de 18.5 points de PIB du pays, contre 2.5% pour la France et 0.7% pour l’Allemagne. Concernant l’Allemagne, étant donné que le pays est en excédent budgétaire, toute mise en place de mesures d’austérité complémentaire se révèlerait inutile, à moins de saigner le pays pour rembourser la dette au plus vite. Ce chiffre n’est donc pas une surprise.

Par contre, concernant les hausses d’impôts, et en dehors de l’indétrônable Grèce, c’est bien la France qui fait figure de champion. Les prélèvements obligatoires ont ainsi progressé de 49.6% du PIB en 2009 à 53.3% du PIB en 2014, soit une hausse totale de 3.7 points de PIB.

Evolution des prélèvements obligatoires 2009-2014. En points de PIB.  Données FMI

Le plus inquiétant ici est que suite à l’augmentation des prélèvements dans chacun des pays, c’est à dire en 2014, aucun des autres candidats représentés ne parvient à rattraper une pression fiscale équivalente à celle de la France de 2009. Ce qui permet de se faire une idée du poids de la fiscalité française, comparativement aux autres Etats.

Dépenses publiques sur PIB. EN %. 2014. Données FMI

Et si la France a bien procédé à une forme d’austérité du côté des impôts, cela n’est donc pas le cas du côté des dépenses. Car la France a bien continué d’augmenter sa charge de 0.7 point de PIB entre 2009 et 2014. A l’inverse, la Grèce a procédé à un ajustement drastique de son niveau de dépenses publiques, réduisant son train de vie de 7.7 points de PIB, et ce, alors même que ce même PIB a chuté de 26% (en terme nominal) au courant de la même période. Ce qui augmente d’autant les efforts réalisés par la population grecque.

 Evolution des dépenses publiques 2009-2014. En points de PIB.  Données FMI

Parce que la baisse des dépenses publiques n’est pas sans effet sur le PIB, l’effort se trouve donc être démultiplié. Ainsi, et par exemple, lorsqu’un Etat affiche un niveau de dépenses publiques de 50 et que son PIB vaut 100, il dispose alors d’un ratio de 50% de dépenses publiques sur PIB. Si cet Etat baisse ses dépenses de 10 points, passant ainsi de 50 à 40, l’effet sur le PIB est alors compris entre 0.9 et 1.7, selon une étude menée par le FMI (ce qui correspond au "multiplicateur fiscal" soit le lien entre 1 euro économisé et son effet sur le PIB). C’est-à-dire, dans le pire des cas, une baisse du PIB de 17 points pour un ajustement des dépenses de 10 points (10 d’économies multipliées par 1.7). Au final, le pays se retrouve avec 40 de dépenses publiques (ce qui représente un effort colossal) et une grosse récession qui ajuste son PIB de 17 points, pour arriver à un niveau final de 83 (100-17). A la fin de l’exercice, le ratio de dépenses sur PIB passe alors de 50 à 48%, soit une amélioration ridicule par rapport aux efforts déployés. Ce petit jeu se trouve donc être totalement contreproductif. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en Grèce.

L’autre moyen, sans doute plus malin, est celui qui a été mis en place par les pays anglo-saxons, c’est-à-dire les Etats-Unis et le Royaume Uni. En l’espèce, et à l’inverse de l’Europe, la priorité a été donnée au soutien à la croissance par la voie monétaire. Entre 2009 et 2014, la croissance nominale américaine (c’est-à-dire tenant compte de l’inflation) a ainsi augmenté de 20.3% grâce à cette politique. Dans le même temps, le pays a simplement choisi de ne plus augmenter ses dépenses sur le même rythme, ce qui a permis de donner des résultats plus probants. En effet, si le même Etat qui dépense 50 avec un PIB de 100, parvient à un PIB de 120 suite à une politique de relance de la croissance, et continue d’augmenter ses dépenses de 10%, c’est-à-dire à un rythme moins rapide que cette même croissance, le résultat obtenu au final est de 55 de dépenses publiques pour un PIB de 120. A la fin de l’exercice, le ratio de dépenses publiques sur PIB atteint 45%, soit une baisse de 5 points, et ce sans véritablement réduire les dépenses. Ce qui est grossièrement le résultat obtenu par les Etats Unis.

La France a donc sans doute bien fait de ne pas appliquer une trop forte politique d’austérité sur son économie, car sans cela, sa situation serait encore pire que celle observée aujourd’hui. Parce que pour permettre une réelle amélioration budgétaire du pays, il est bien plus efficace de relancer la croissance avant tout. Cependant, en plus d’avoir participé à l’erreur européenne, c’est à dire de privilégier la réduction des dépenses pour relancer la croissance, au lieu de faire l’inverse, la France est quand même parvenue à faire le mauvais choix dans sa mauvaise stratégie. En effet, il est aujourd’hui avéré que la hausse des impôts est encore moins efficace que la réduction des dépenses publiques.

En effet, en janvier 2015, les économistes Alberto Alesina (Harvard), Omar BarbieroCarlo FaveroFrancesco GiavazziMatteo Paradisi, publiaient une étude permettant de faire le tri entre efficacité des baisses de dépenses publiques et hausse des impôts :

"Les mesures d’ajustement budgétaire basées sur la baisse des dépenses sont apparues bien moins couteuses en termes de pertes sur PIB, que celles basées sur la hausse des impôts. La différence entre les deux est très importante. Cependant, nos résultats restent muets sur la question de savoir si les pays que nous avons étudiés ont choisi le bon moment pour mettre en place des mesures d’ajustement budgétaire, c’est-à-dire entre 2009 et 2013."

Les auteurs confirment donc que la stratégie européenne d’austérité, sans croissance, n’avait pas de sens. Mais, de plus, au sein même de cette erreur s’en cache une autre, celle de la hausse des impôts. La France aura donc combiné les erreurs dans tous les sens. Mais il n’y a pas de regrets à avoir sur l’austérité. L’immobilisme français aura au moins permis d’éviter de commettre les erreurs commises dans le sud de l’Europe. 

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