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Remontée des taux

La Fed est-elle en train de se transformer en arme fatale anti-chinoise ?

La Chine, qui fait actuellement face à une fuite des capitaux inquiétante, va devoir composer avec la volonté de la Fed de remonter ses taux d'intérêts.

Jean-François Di Meglio

Jean-François Di Meglio

Jean-François Di Meglio est président de l'institut de recherche Asia Centre.

Ancien élève de l'École normale supérieure et de l'Université de Pékin, il enseigne par ailleurs à l'IEP Lyon, à l'Ecole Centrale Paris, à HEC ParisTech, à l'École des Mines Paris Tech et à Lille I.

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Atlantico : La Fed a récemment annoncé sa volonté de relever les taux d'intérêts, gardés jusqu'à présent très bas. Dans quelle mesure une telle décision est-elle susceptible d'inquiéter la Chine au vu du problème de fuite des capitaux auquel elle est confrontée ?

Jean-François di Meglio : C'est l'un des paramètres mais ce n'est pas le seul.

En effet, les fuites de capitaux en Chine ont commencé avant même les anticipations (sans parler de la réalité) de la remontée des taux américains. D'abord justifiées par la nécessité de trouver des rentabilité d'actifs (pas seulement financiers) supérieures, y compris dans le long terme et pour des raisons fondamentales qui ne sont pas seulement financières. La Chine s'est engagée dans le processus de "montée en gamme" qui a été la cause de l'"explosion" des sorties de capitaux, en moyenne plus de 50 milliards d'USD par mois, amenant les réserves à "seulement" 3000 milliards d'USD désormais. Les investissements industriels "directs" hors investissements financiers atteindront sans doute 200 milliards d'USD du fait de cette montée en gamme, qui va chercher des actifs industriels promettant une rentabilité supérieure.

Par ailleurs, il est exact que les banques chinoises ont procédé a des opérations d'arbitrage empruntant des dollars pour prêter en Chine à des taux beaucoup plus élevés en monnaie locale.

Ces arbitrages seront effectivement en baisse à la fois du fait des restrictions imposées par les autorités monétaires et par la réduction du différentiel amené par la remontée des taux américains.

Enfin, des mesures restreignant la possibilité de sortir des capitaux de Chine interviennent de plus en plus. Donc soit la situation chinoise préoccupe encore plus les acteurs chinois et ils outrepassent les difficultés à sortir des capitaux, donc les problèmes vont aller s'amplifiant, en particulier avec un impact supposé défavorable (en baisse) sur le taux de change, obligeant à de nouveaux ajustements complexes, soit les mesures prises sont suivies d'effet et la sortie de capitaux est jugulée.

Quelles pourraient être les conséquences indirectes de cette décision de la Fed sur les économies occidentales et tout particulièrement sur l'Europe ? Faut-il se réjouir ou craindre un affaiblissement du colosse chinois ?

Le "colosse chinois" est en phase de transition. Cette transition passe par la mise en place étalée sur une longue période d'un nouveau modèe de croissance, fondée sur une création de valeur plus efficace et une meilleure rentabilité du capital grâce à la montée en gamme. Si cette transition réussit, charriant la conquête par des acteurs chinois de parts de marché réservées autrefois aux Occidentaux, grâce en particulier aux développements de "standards" propres, la menace est réelle pour l'Occident.

Aujourd'hui la Chine reste très exportatrice vis-à-vis de l'Europe (Allemagne exceptée) et une dépendance est en train de se créer vis-à-vis des investissements chinois. L'Europe a besoin de capitaux, y compris pour que ses entreprises se développent, même en Chine, comme on le voit en Asie avec Accor. Si l'affaiblissement de la Chine entraîne une baisse de sa monnaie par rapport a l'Euro (aujourd'hui le Yuan ne baisse que par rapport au dollar principalement) les exportations chinoises, rendues plus compétitives, pourraient effectivement faire du tort a l'Europe. Pour finir, il faut se souvenir que la Chine pesant environ pour 15 % dans la croissance mondiale (qui ne devrait pas dépasser 3 % pour 2016), son ralentissement aurait un effet domino sur la croissance mondiale (censée repartir en 2016) et donc par voie de conséquence sur l'Europe.

Quelles sont les marges de manoeuvre de la Chine face à la fuite de capitaux et à la remontée des taux ?

Comme indiqué plus haut et dans un contexte où, il faut le rappeler, la devise chinoise n'est pas totalement convertible dans un environnement où le "compte de capital" n'est pas totalement libéralisé, des mesures ralentissant la libéralisation, mettant en place des batteries d'autorisation de plus en plus complexes pour permettre les sorties de capitaux (alors que depuis 3 ans on assistait à la mise en place d'une politique inverse) ont déjà été prises. Même si leur effet ne saurait être immédiat, il faut bien reconnaître qu'à part l'indéniable mise en veilleuse des "arbitrages bancaires" les effets restent limités. D'ailleurs le ralentissement des "arbitrages" a un effet pervers, la montée des "financements souterrains" (shadow banking) permettant de contourner la difficulté de petites entreprises à accéder au credit.

Alors que nombre de problèmes financiers ou économiques ont pu être jugulés avec plus ou moins d'efforts depuis le début de la crise financière mondiale (par exemple les crises boursières de l'été 2015 et du début 2016), cette fois, le problème est plus ardu et crée un nouveau défi aux pilotes de l'économie chinoise. La clé reste la confiance, dont la disparition progressive a accéléré le "vote financier" défavorable à la Chine. Il faut impérativement donc que la Chine redonne confiance à ses entrepreneurs, à sa population (surtout retraitée) qui s'inquiètent de l'appauvrissement possible ou en tout cas de l'arrêt de l'enrichissemen créé par les "trente glorieuses" chinoises. La "réinvention" de la "Route de la soie" ("une ceinture, une route" ou "one road, one belt" ) est certainement un ingrédient possible de ce retour de la confiance puisque son principal message audible est celui d'une initiative chinoise pour "recycler ses surcapacités domestiques" et retrouver la voie de la croissance grâce a la conquête de nouveaux marchés étrangers permettant aux entreprises chinoises d'engranger des bénéfices.

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