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Frédérique Vidal à l'Elysée, le 19 juillet 2021.
Frédérique Vidal à l'Elysée, le 19 juillet 2021.
©Ludovic MARIN / AFP

Le wokisme en marche ?

La chasse aux "violences sexistes et sexuelles" (VSS) est ouverte à l’Université

La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a dévoilé un plan d'action pour combattre les violences sexistes et sexuelles à l'université. Or, des plans existent déjà et ces annonces relèvent surtout d'une motivation idéologique.

Marcel Kuntz

Marcel Kuntz

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale. Il est Médaille d'Or 2017 de l'Académie d'Agriculture de France

Il est également enseignant à l’Université Joseph Fourier, Grenoble.

Il tient quotidiennement le blog OGM : environnement, santé et politique et il est l'auteur de Les OGM, l'environnement et la santé (Ellipses Marketing, 2006). Il a publié en février 2014 OGM, la question politique (PUG).

Marcel Kuntz n'a pas de revenu lié à la commercialisation d'un quelconque produit. Il parle en son nom, ses propos n'engageant pas son employeur.

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La Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal, dévoile le 15 octobre son plan d'action pour combattre les « Violences Sexistes et Sexuelles » (VSS) : « un plan global de 7 millions d'euros pour que la peur change de camp ». Le contexte est évidemment la révélation d'une centaine de faits de harcèlements sexuels, agressions sexuelles et viols à l’école d'ingénieurs CentraleSupélec en 2020-2021.

« Les choses vont changer », assure la Ministre. Pourtant, dès le 1 août 2018, le Parlement avait adopté à l’unanimité le projet de loi contre les « violences sexistes et sexuelles ». Ses principaux articles portent sur les agressions sexuelles et viols, et en ce sens cette loi apparaît bienvenue à première vue. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions : non seulement l’efficacité opérationnelle de cette loi semble peu évidente, mais le concept de VSS prolifère aujourd’hui dans un sens idéologique. Démonstration.

En 2017, la Ministre déclarait vouloir lutter contre ces VSS à l'université : « nous avons besoin de mieux connaître encore et recenser les inégalités. Et je pense en particulier à ce qui en constitue la forme ultime et la plus détestable : les violences sexistes et sexuelles ». Depuis, des « formations » des personnels contre les VSS foisonnent à l’Université, intimement liées aux « missions égalité femmes-hommes et luttes contre les discriminations », témoignant ainsi du même glissement sémantique (et idéologique) que la Ministre, entre « inégalités » dont seraient victimes les femmes et « violences ». Entrons dans les détails.

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Extension du domaine des violences

Ces formations se réfèrent, entre autre, à l’enquête VIRAGE-Université sur les « Violences et rapports de genre », réalisée sur questionnaires auprès d’étudiants de 4 universités françaises. Cette étude a ses mérites (nul ne conteste la nécessité de caractériser les violences dans une société qui semble être de plus en plus violente), mais apparaît aussi critiquable. On passera sur la pratique de l’écriture inclusive dans le document de l’étude… Le point le plus contestable est d’englober dans le même terme de « violences » des réalités bien différentes. En bref : des « moqueries » et des « mises à l’écart » à une extrémité de l’échelle, et des viols à l’autre.

Dans les faits, comme le reconnait le rapport VIRAGE-Université dans son tableau 8, « la principale situation de violence dans les universités est celle de violences psychologiques pas ou peu graves ». Est-il bien pertinent de nommer « violences » des faits « pas ou peu graves » ? Comme le souligne David Lisnard et Christophe de Voogd dans un article dans la Revue Politique et Parlementaire et intitulé « le wokisme ou le grand retournement de la "violence symbolique" », « S’il est un terme dont le mouvement woke fait grand usage, c’est bien celui de "violence" ». Il est difficile de ne pas voir dans le concept de VSS une manifestation de cette idéologie.

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Il est indicatif d’une amplification idéologique que ledit rapport Virage-Université, publié en 2018 (l’enquête a été réalisée en 2014 et 2015), ne mentionne pas le terme VSS alors qu’il est central dans les « formations » aujourd’hui proposées. Il n’est pas anodin non plus que ces « formations » émanent d’une structure militante, l’Association Nationale des Etudes Féministes (ANEF), dont on notera parmi les « formatrices » l’inénarrable Sandrine Rousseau, « éco-féministe » et candidate à la radicalité assumée à la récente primaire d’EELV…

Culpabilisation des uns, victimisation des autres

Est-il approprié de réunir tous ces faits sous la dénomination de « sexiste » ? Des « moqueries » et des « mises à l’écart » ne sont pas nécessairement sexistes dès lors qu’elles touchent une femme. L’étude VIRAGE-Université a pris soin d’interroger aussi des hommes, mais cela n’efface pas cette critique. Cette obsession à voir partout du sexisme contre les femmes est déjà présente dans le monde académique et de la recherche, notamment en se basant sur le fait qu’il n’existe pas une parité homme-femme absolue dans toutes les disciplines scientifiques et à tous les niveaux hiérarchiques (un état de fait lié à des causes complexes, et non pas du « sexisme »).

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Ces « formations » contre les VSS se limitent-elles, pour les faits « peu graves », à former le personnel universitaire à une forme de médiation pour faire cesser lesdits faits, voire à un soutien psychologique lorsqu’il est bienvenu ? Pour les faits graves, le but visé est-il d’accompagner éventuellement les victimes vers le dépôt d’une plainte justifiée ? Ces « formations » ne s’inscrivent-elles pas plutôt dans la « culture de la victimisation » ? Autrement dit, favoriser le sentiment d’être « victime » pour les faits les plus bénins. Par exemple des « micro-agressions », terme cher au wokisme, c’est-à-dire une expression qui sera jugée « offensante » par des personnes hypersensibilisées à certains thèmes de la panoplie victimaire des « éveillés » (dont le « genre »).

C’est ce que semble confirmer l’affirmation, contestable pour le milieu universitaire, dans la présentation d’une de ces « formations » que « l’enquête dévoile tout particulièrement la place cruciale des violences sexuelles et sexistes dans le vécu professionnel ». De plus, que signifie réellement « un rôle de sensibilisation et de conscientisation » que se proposent de jouer ces « formations » ? Ne vont-elles pas en réalité favoriser un sentiment de culpabilité ?

L’Université se tire-t-elle une balle dans le pied ?

L’étude VIRAGE-Université n’a interrogé que les étudiants, et tous les faits recensés ne se sont pas déroulés dans les universités. Ainsi, est-il bien judicieux de donner l’impression, par le titre de ces « formations », qu’il existe un problème endémique de violence dans le monde académique ? Associée à la victimisation des femmes en prenant argument qu’il y a moins de femmes que d’hommes dans certaines disciplines scientifiques, une telle tendance est de nature à donner une image négative injustifiée (sexiste et violente par nature) des universités en général.

Bien sûr il faut se préoccuper des vraies violences, et l’actualité montre qu’elles existent. Mais eu égard aux dérives du wokisme dans le monde anglo-saxon, il est légitime d’exercer une grande vigilance à propos de ce qui peut apparaître comme des manifestations précoces de la même idéologie dans les universités françaises. On peut donc craindre que la n-ième lutte contre les « violences sexuelles et sexistes » annoncée par Madame Vidal ne nous y enfonce davantage. Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde, disait Camus…

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